‹ Une Famille au XVIe siècleChapitre 18 sur 21 · Henri IV écrivait, le 14 novembre · texte numérisé non relu

Henri IV écrivait, le 14 novembre

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visiter ma mère à raccoiistumée^ je le menay avec moy. Mais^ comme il fut à la porte^ il dit avoir mal au pied, ayant honte de se monstrer & de se présenter devant sa grandemère. Je monte le laissant en bas & le dis à ma mère. Elle descend &, portant quelques cerises, elle luy

à M"^^ de Montglat, gouvernante des Enfants de France : « Madame de Montglat^ je me plains de vous de ce que vous ne m'avés pas mande que vous aviês fouetté mon fils ; car je veulx et vous commande de le fouetter toutes les fois qu'il fera Vopiniastre ou quelque chose de mal^ saichant bien par moy-mesme qu'il n^y a rien au monde qui lui face plus de profit que cela* ce que je recognois par expérience m' avoir profité. Car estant de son âge ^ fay esté fort fouetté. C^est pourquoy Je veulx que vous le faciès et que vous luy faciès entendre, A Dieu^ Madame de Montglat; ce xiiij novembre^ à Fontainebleau. » Lettres missives de Henri IV publiées par M. Berger de Xivrey, t. vu; Collection des Documents inédits de l'histoire de France»,

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dit : (( Je vous poj^te ces cerises. Vostre mère ni a dit que vous ne serie^ plus larron, ce dont je vous aimeray bien. » Cet enfant mourut âgé de quatre ans.

Sur cette action que je viens de dire^ ma mère fit une belle remonstrance : de prendre bien garde à mes enfans^ que j^estois obligée de cefaire^ que j'en recevrois de Fhonneur & mes enfans du profit : car rhonneur des pères & mères est que leurs enfans soient bien sages & vertueux. N'estant bien instruits ni chastiés^ ils viennent en liberté de conscience & ne peuvent faire que mauvaise fin\ Elle me dit en-

I. Vers le même temps, le Père Caussin caractérisait, en des termes dignes d'être reproduits, les mœurs dont il était témoin dans les

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core : a Ma Jîlle, je vous i^ecomande vos enfans, faites leur apprendre une vacation ; ayant cela & la crainte de Dieu ils ont asse\. Qu'est-ce qui manque à vos frères ? Qiiandjefiis veufve avec tant d'en/ans, je navois après Dieu que mes voisins & amis ; car de parens, je nen avois point icy, vostre

hautes classes sociales, livrées à l'orgueil de la richesse ; elles contrastent avec celles de la famille du Laurens.

(( Le cœur me saigne quand je considère comme on nourrit aujourd'hui plusieurs enfants de qualité, qu'on étouffe avec des indulgences serviles sous ombre de les caresser. Dieu les donne comme des créatures avec lesquelles il prétend soutenir le monde, gouverner les républiques, peupler le ciel & orner même la conversation des anges. Mais à voir comme on les traite, il semble que ce soient des pièces de chair qu'il ne faille que lécher comme des ours pour leur donner leur perfection. On les charge de graisse & de cuisine, on les entretient dans l'assouvissement de tous les désirs de leur cœur,

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feu père estant de Savqye, & moj de la haute Provence. Mes amis donc, voyant que festois chargée de tant d'enfanSy me disoient : a De deux Jîlles que vous ave:{, faites-en une religieuse, vous logerez mieux Vautre ; de vos fils y mettez-en un à chaque couvent de la ville, & les autres seront

oïl les sert comme de petits rois, ils n'ont pas encore quelquefois l'âge de cinq ans & ils exercent déjà une absolue monarchie dans la maison de leur père.

« Jésus-Christ a banni Tidolâtrie du monde, avec tant de sueur & tant de sang, & on la renouvelle tous les jours, lorsqu'on fait des enfants de certaines petites idoles à qui on sacrifie tous les cœurs, tous les soucis, les espérances, les craintes & les hommages. » La Cour sainte ^

M. Bathild Bouniol a publié naguère des fragments de ce curieux ouvrage, écrit dans la retraite par le confesseur de Louis XIII. V. La Femme ^ ses vertus et ses défauts^ Paris, 1864, p. 96 & 97.

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mieux à leur aiie, & faire^ ïine bonne maison )> Ma fille , fentendois tout cela qui estoit pour espar gner le bien & mettre en repos mon corps. Mais, après avoir tout ouy, je me recomandaj fort à Dieu & le priaj- de ni inspirer de bien gouverner mes enfans, estant sortis d'un si bon & si sage père. Que je fus heureuse & plusquliew relise d'avoir eu tant d'enfans de luj^! Il estoit venu de rien, & espérant que mes enfans estant bien instruits suivroient les traces de leur père, je me résolus de faire tout mon pouvoir à les bien gouverner & de nen point faire de religieux, s il ne venoit de leur mouvement ; ains les élever le mietix qu'il me ser oit possible, & puis, quand ils seroient grands, s'ils navoient asse^ de se faire religieux.

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qu'ils se fissent hermites. J'en serais contente. »

Elle a si bien fait^ loué soit Dieu!

que devant que de mourir elle les a veus tous log^és honorablement^ comme j^ay escrit cy-dessus.

Après sa mort^ en Fannée 1600^ mon frère le médecin du Roy eut en don de Sa Majesté Tarchevesché d^Ambrun qu^il manda présenter à mon frère le capucin 5 mais celuycy le refusa disant qu^il avoit fait vœu de pauvreté^ & partant qu^il vouloit mourir pauvre. Puis il l'envoya présenter à mon frère Honoré, Fadvocat du Roy, qui, pour lors, estoit veuf & vivoit en religieux; mais celuy-cy s^en excusa aussi disant qu^il estoit indigne de cette charge & qu'il avoit assez à faire à

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gouverner son âme^ sans conduire celle des autres \

I. Jeanne du Laurens omet de mentionner le rôle très actif de son frère Honoré, pendant la Ligue. Il a été indiqué dans une notice biographique, où l'auteur, M. Mouan, secrétaire perpétuel de l'Académie d'Aix , a cité quelques passages de notre manuscrit. (V. Mémoires de V Académie d'Aix ^ 1857.)

Il sufEra de dire ici qu'Honoré du Laurens fut député par la Provence aux seconds Etats de Blois en 1588, puis en 1591 à Rome où il demanda des secours au Pape, en décembre 1591 aux Etats généraux tenus à Reims, enfin aux Etats convoqués à Paris en janvier 1593 par le duc de Mayenne; qu'il prit part aux Conférences de Suresne & en fît l'histoire dans un ouvrage devenu très-rare, bien qu'il ait été réimprimé.

Dans cette occasion il entra en relation personnelle avec Henri IV. Plus tard, lorsqu'il eut été nommé à l'archevêché d'Embrun, il le vit une nouvelle fois, & ce prince lui dit : « Faites moi désormais autant de bien que vous ave:[ voulu me faire de mal, »

Henri IV n'oublia pas Honoré du Lau-

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Alors^mon dit frère escrività mon mari d^aller à Aix le prier d^accepter la dite charge : ce qu'il fit à son instance^ non sans beaucoup de peine & de difficulté. L'ayant acceptée^ il tascha de s'en acquitter

rens. Plus tard^ il en demandait des nouvelles à François Dupérier, l'ami de Malherbe & chargé d'une mission par la Provence. « Qiie fait le bonhomme Laurens? Il estoit grand ligueur^ fort contre mol ; mais je ne lui en sais point mauvais gré^ il ne le fais oit pas pour les Guise ^ mais pour la religion. » L'anecdote est racontée dans une curieuse correspondance du xvill*^ siècle, par un survivant du xvil*^. V. notre travail intitulé : V ancien Barreau au Parlement de Provence^ Paris, Durand, 1862.

Enfin, s'il fallait en croire les historiens de Provence, Honoré du Laurens aurait prouvé à Henri IV son dévouement par un grand acte de zèle apostolique. Se trouvant à Paris, lorsque fut commis l'attentat de Ravaillac, il aurait eu le temps de se jeter dans le carrosse du Roi & de lui donner l'absolution. Le fait de l'absolu-

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au plus près de son devoir^ menant une vie apostolique & fort exemplaire. Il alloit tous-jours à pied en ses visites^ il preschoit ordinairement^ & estant en un lieu d^hérétiques il en convertit beaucoup^ es-

tion donnée est plus que douteux. Pierre de FEstoile se montre très-incrédule à propos d'un certain discours, alors publié, « par lequel l'archevesque d'Ambrun auroit confessé & exhorté au Louvre le Roy qui, tout mort qu'il estoit, auroit eslevé les yeux & les mains en haut, témoignant par là qu'il mouroit vrai chrestien & bon catholique. ))

Un père jésuite nommé Fournier, auteur d'une histoire manuscrite de l'archevêché d'Embrun, a dit d'Honoré du Laurens : « Depuis saint Marcellin, premier évéque de cette ville Fan 310, & saint Pelade qui vivoit l'an 513, il ne s'est pas présenté de personnage en Tarchevesché d'Embrun qu'on puisse plus assurément qualifier du nom de saint. )) Histoire chronologique de Provence^ par Honoré Bouche, t. II, p. 840.

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tant bien versé aux controverses.

Il vescut douze ans archevesque, mourut pauvre en 1612^ donnant tout aux indigens. Il avoit un fils nommé Jean- Baptiste qui mourut abbé de Sénanque^ & encore une fille nommée Loyse^ mariée à Manosque avec M. Hubert de Lincel, seigneur de Saint - Martin ^ Fan

En Fannée 1603 ^ M. Farchevesque d^Arles^ nommé Horace Montanus^ estant décédé de mort soudaine^ mon mari en donna Favis à mon dit frère le médecin qui estoit à Paris auprès du Roy. Il demanda cet archevesché pour mon frère Gaspard^ abbé de Saint-Pierre-de- Vienne ^ & Fobtint de Sa Majesté :

tellement que deux de mes frères

se trouvèrent archevesques en mesme temps^ rim en Dauphiné & Tautre en Provence. Je les ay veus tous deux prescher à Arles dans réglise de Saint-Trophime ^ la mitre en teste. J^ay veu prescher en la mesme chaire mes deux autres frères^ le théologal & le capucin^ par plusieurs & diverses fois.

Mon frère Gaspard estant archevesque donna Fune de ses abbayes au iîls de feu M'^ d^Ambrun nostre frère^ comme j^ay dit^ & il donna celle de Saint - Pierre à un autre nepveu^ iils de mon frère Antoine^ Tadvocat de Paris. J^ay veu ce nepveu prescher en cette ville d^Arles^ dans Saint-Trophime ; il est aumônier du Roy^ conseiller clerc & docteur en Sorbonne.

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Mon dit frère rarcheyesque d^ Arles mourut à Salon ^ le 12 juillet 1630, fut porté & enterré à Arles.

Il a esté archevesque vingt-six ans^ dix mois^ a tous-jours bien vescu & fait belle mort^ regretté de tous généralement. Il est mort pauvre^ employant tous ses revenus ou à la substantation des pauvres^ ou aux églises. Il £t son testament & institua pour ses héritiers deux de nos neveux y le iils de feu mon frère le médecin du Roy & Fautre qui est abbé de Saint-Pierre^ tous les deux aisnés de leurs maisons. Il fit de belles réparations aux églises^ & particulièrement à Saint-Trophime

I. Petite ville, située à 24 kilom. d'Aix, sur le canal de Craponne, et dont les archevêques d'Arles avoient le domaine temporel.

une belle & grande chapelle où il est enseveli. Il y a fondé les litanies de Nostre-Dame à dire douze fois Fannée^ avec le pseaume du Roy^ le tout chanté en musique avec les orgues. Il a fondé encore au mesme lieu une petite messe à dire tous les jours^ & aussi un obit perpétuel le jour (anniversaire) de son décès.

Ses héritiers ont payé ce qu^il avoit laissé pour ce faire & ont donné charge à mon iîls Taisné de prendre garde que sa volonté fust effectuée de luy aux siens. Il fît faire une tomb e pour les pauvres prestres dans la chapelle. Durant sa vie ^ toutes les bonnes festes^ il preschoit & confîrmoit^ outre les autres prédications qu'il faisoit en ses visites aux confréries de Pénitents^

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jiisqii^à faire la doctrine chrestienne pour mieux Fauthorizer. Il avoit dressé une confrérie pour la Conférence de tous les cas de conscience^ & tous les jeudis il y avoit assemblée à Tarchevesché^ luy estant toujours le premier en teste ; & il falloit que tous les curés & ceux ayant charge drames se trouvassent là.

De trois en trois ans^ il visitoit tout son diocèse^ y faisant faire tout ce qui estoit de besoin & luy fournissant le premier. Tous les quatretemps il ne failloit à donner les Ordres. Le jour avant son décez^ il prit le Saint-Sacrement; dès aussitost qvi^il entendit la cloche^ il se fit porter hors du lit^ mettant les genoux en terre ; & adorant le Sei-

gneur le receut avec grande humilité^ faisant de belles & grandes exortations à tous les assistans. Le lendemain^ il prit TExtrême-Onction avec belle cognoissance & grande dévotion.

Estant mort^ on le porta à Féglise paroissiale de Salon. Les pauvres gens, sans que Ton s^en prît garde^ luy arrachoient les cheveux de la teste & tout le poil de la barbe comme des reliques. Il fut embaumé y puis emporté à Arles dans son carosse couvert de noir. Les Pères Capucins luy allèrent au devant & Fensevelirent dans leur couvent, en la chapelle Saint-Félix que feu mon frère Richard avoit fait faire , lequel estoit mort un an auparavant en juin 1629.

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Voilà sommairement tout le discours de la naissance , vie & mort de feus mes père & père^ de mes frères^ de ma sœur... De tous^ il ne reste en vie que mon frère Antoine^ adyocat au Conseil privé dans Paris^ lequel au 15 janvier 1631 a eu septante-un ans & a dix enfans, trois fils & sept filles^ tous bien instruits, dont il n'y a que Faisné de pourveu & qui est abbé^ comme j'ay escrit cy dessus^ & quelques iîUes religieuses. — De feu mon frère Farchevesque d'Ambrun^ il n'y a que sa iîlle mariée à M. de Saint- Martin. — De feu mon frère le médecin du Roy^. il y ^ ^^^ ^Is fort sage qui est maintenant au service du Roy^ & deux sœurs ^ Tune mariée avec M. de Monceau de Paris.

La mère veiifve est fort sage^ fort vertueuse^ de la maison honorable des Sanguin^ dont il y a un évesque de Senlis^ un premier maistre d^hostel du Roy & d^autres en grand honneur.

Mon iîls Honoré estoit à Salon^ quand mon frère Tarchevesque s'en alloit mourir ; il courut la poste jusqu'en Piémont^ pour le sieur de Senlis^ le frère duquel^ comme j'ay dit^ est maistre d'hostel du Roy.

Mon neveu de Ferrières se trouva en chemin avec mon iîls^ lorsqu'il alloit servir son quartier. Ils portèrent la nouvelle au Roy auquel le dit sieur Sanguin demanda le dit archevesché. Le Roy dit : « Il faut y penser. » Mg"" Févesque de Bazas de la très-noble & illustre maison

au xvi"^ siècle.

de Barreau en Gascogne^ personage de grande piété^ vertu & doctrine % & qui a fait de très-beaux livres pour le soutien de la foy catholique contre les erreurs calvinistes^ a eu ledit archevesché. Dieu nous le conserve !

Descrire au long toutes les particularités de la vie & déportemens ^ de feus mes père & mère^ de tous mes frères & sœurs ^ seroit trop long & ennuyeux. Mais j^ay escrit ce discours le plus briefvement qu'il m'a esté possible ^ afin que mes enfans & ceux qui despen-

1. Le manuscrit ajoute entre deux parenthèses : (( Le père duquel estoit ambassadeur en Espagne pour le Roy comme M. le comte de Barreau son frère l'est aujourd'hui. ))

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