RACONTÉE PAR LUI-HÈVE
ville morte depuis des siècles et retrouvée dans des fouilles; enfin, la ville semblait s'être dépeuplée au profit du cimetière.
«c Nous marchions sans entendre un bruit, sans rencontrer une ombre. Le chemin fut long à travers cette ville effrayante de calme et de repos; enfin, nous arrivâmes à notre maison.
ce — Te reconnais-tu? me dit Satan.
tt — Oui, répondis-je sourdement ; entrons.
« — Attends, il faut que j'ouvre : c'est encore moi qui ai inventé le vol avec effraction. J'ai une seconde clef de toutes les portes, excepté de celle du paradis, cependant.
«Nous entrâmes.
M Le calme du dehors se continuait au dedans : c'était horrible.
« Je croyais rêver. . • je ne respirais plus* . . Vous figurez-vous, rentrant dans votre chambre où vous êtes mort depuis deux jours, retrouvant toutes choses telles qu'elles étaient pendant votre maladie, empreintes seulement de cet air sombre que donne la mort; revoyant tous les objets rangés conmie ne devant plus être touchés par vous? La seule chose animée que j'eusse vue depuis ma
353 HISTOIBE D^UN MORT
sortie du cimetière, fut ma grande pendule, à côté de laquelle un être humain était mort, et qui continuait de compter les heures de mon éternité comme elle avait compté les heures de ma vie.
(c J'allai à la cheminée , j'allumai une bougie pour m'assurer de la vérité ; car tout ce qui m'entourait m'apparaissait à travers une clarté pâle et fantastique qui me donnait, pour ainsi dire, une vue intérieure. Tout était réel... c'était bien ma chambre. Je revis le portrait de ma mère, me souriant toujours; j'ouvris les livres que je lisais quelquesjours avant ma mort.Seuleinent, le lit n'a» vait plus de draps et il y avait des scellés partout.
(c Quant à Satan, il s'était assis au fond et lisait attentivement la Vie des Saints.
(C £n ce moment, je passai devant une grande glace, et je me vis dans mon étrange costume, couvert d'un linceul, pâle, les yeux ternes... Je doutai de cette vie que me rendait une puissance inconnue, et je mis la main sur mon cœur...
» Mon cœur ne battait pas.
« Je portai les mains à mon front : le front était froid comme la poitrine, le pouls muet conune le cœur, et cependant je reconnaissais tout ce que