TIENS BON I
de Constantine, on en sait autant sur ce siège redoutable que Lamoricière ou Changarnier. On assiste à l'action, on monte à l'assaut avec ces troupiers naïvement sublimes; on entend les bons mots du loustic qui volent parmi la mitraille; la ville est prise, et chacun se retire ému de l'émotion que le peintre voulait produire, celle qu'aurait produite la réalité même. Oui, en fait de batailles^ ce sont les chefs-d'œuvre de Vernet que les tableaux de Constantine. Au feu ou au repos, les soldats français y sont
admirables parce qu'ils sont vrais de la tête aux pieds^ chacun dans son arme et à sa manière, le zouave autrement que l'artilleur. On les voit sur la même toile attendre la mort avec calme ou courir sus avec furie, et l'intrépide élan de Lamoricière n'est pas plus saisissant que le sang-froid du général Valée, qui, assis sur l'affût d'un canon, donne ses derniers ordres pour l'assaut. Et ce qui intéresse à un très haut degré, c'est l'évidente exactitude des faits et des lieux, car le spectateur a conscience d'avoir sous les yeux un certificat d'identité, et que faut -il de plus quand les personnages représentés se chargent eux-mêmes d'être héroïques !
Mais si le peintre a le bénéfice du détail et de l'épisode, en revanche il ne sait pas éviter l'inconvénient du décousu. A tous ses tableaux, il manque une qualité essentielle, le concours des parties accidentelles à l'effet d'ensemble, la concentration de l'ordonnance, l'unité. Un peintre comme Gros, par exemple, choisirait un épisode caractéristique, le moment fameux et décisif de la bataille, le trait saillant, dominant. Vernet, constamment séduit par le pittoresque de l'anecdote et par son propre talent à le mettre en jeu, éparpille l'intérêt et laisse échapper le principal pour l'accessoire, ou plutôt il n'y a pas d'accessoire à ses yeux. Voyez la Smala : Des cavaliers envahissant à l'improviste une cité mobile de tentes arabes, toute remplie de femmes et d'enfants endormis : il y avait là de quoi composer un tableau très passionné, où le détail aurait pu jouer son rôle, mais subordonné à une forte unité, où les groupes, quoique distincts, auraient vaincu ensemble ou auraient été enveloppés dans le même désastre. Au lieu de cela, il semble
que le peintre ait sténographié les conversations du bivouac, qu'il ait eu à illustrer le journal d'un trompette ou les mémoires d'un maréchal des logis. On parle d'une vache qui se trouvait