‹ Une famille de peintres parisiens aux XIVe et XVe siècles: documents et pièces originalesChapitre 3 sur 12 · GIRARD D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

GIRARD D'ORLÉANS

ET artiste figure pour la première fois dans un acte du i" avril 1344, suus le titre de maistre Girart d'Orliens, peintre, demeurant à Paris, à l'occasion d'une litière ou chaise à porteurs. Dans les autres actes relatifs aux travaux du château du Vaudreuil, il reçoit de plus la qualification d'huissier DE salle du Roi, ce qui explique son intervention dans l'acte de i355, comme entrepreneur de travaux.

1 344* De par le comte de Bloiz (Louis de Châtillon), les gens servans nos comptes, nous vous mandons que la somme de huit livres tournois, que nous avons fait paier à mestre Girart d'Orliens, paintre de M. S., à Paris, en rabat de plus grant somme d'argent en quoy nous estions tenus à li, pour cause de la façon de la litière de nostre très-chière et amée compaigne la comtesse, vous allouez es prochains comptes.

Donné à Paris, le xxv® jour d'octobre mil CGC quarante et quatre.

De Laborde. Ducs de Bourgogne III.

1348. Au mois de décembre le Roi Philippe VI avait amorti 20 livres de rente que ce peintre devait consacrer à la dotation de la chapelle de sainte Marguerite dans réglise du Saint-Sépulcre, à Paris.

Par le Roy.

Admortissamentum xx lib. terre pro dotatione cujusdam capellanie per Girardum pictorem fundandum. - Philippe, etc.

Savoir faisons à tous présens et à venir

que comme nostreamé Gérart d'Orléans, paintre, eut affectionné de fonder en Phonneùr de Dieu une chapelle en Téglise du S.-Sépulcre de Paris pour le salut de son âme, et de douer la dicte chapelle de vingt livres de rente annuelle en censive hors fiez et justice, laquelle rente il a entencion de achater pour ceste cause. Nous au dit Gérart, pour considération de ce qu'il nous a accompaignié (associé) à la dicte chappelle et des services qu'il nous a faiz en son dit mestier, avons ottroié et ottroions par la teneur de ces présentes de notre grâce espedale, povair et auctorité royal qu'il puisse acquérir et achater la dite rente en censive ou autre hors fiez et justice comme dit est pour la dite cause, et que le chappellain qui esj ou sera par Tordenance du dit Gérart ou des siens exécuteurs ou successeurs establis à deservir la dicte chappelle tiengne et puisse tenir à tous jours mais la dicte rente senz ce qu'il soit contraint à la vendre, aliéner, ne mettre hors de sa main et sans paier à

nous ou à nos successeurs pour ceste cause aucune finance, laquelle nous avons quictié et quictons de note dicte grâce au dit Gé- RART, pour considération des choses dessus dictes, et que ce soit ferme chose et establie à toujours mais. Nous avons fait mettre scel à ces présentes lettres. Donné à Fontenay, en Pan de grâce mil cccxl et huit au mois de décembre.

Par le Roy tenant ses requestes.

Signé: J. de Vernon.

ReX sic CONCESSIT me PRESENTE.

p. Blanchet.

Arch. Nat. Très, des Chartres. II. 77. 410.

Cette chapelle fut fondée en Péglise du Saint-Sépulcre, à Paris, par Girart d'Orléans, imagier du duc de Normandie (Charles V). Lebeuf. édit. Cocheris. II.

Après suivent des extraits de comptes où sont mentionnés diverses ouvrages de peintures exécutées par Girart d'Orliens.

1 3 5 2 . Pour une aulne de veluyau vermeil,

en grayne, baillie à maistre Girart d'Or- LiENS, paintre, pour faire les sièges de ij chaières délivrées par le Roy au dit terme de la Toussaint, vu escus.

— Le dit maistre Girart d'Orliens, pour la façon des dites chaières, lesquelles sont ouvrées à orbe voies et paintes d'azur à fleurs de liz, de fin or, pour le fust, clo, franges de soye et façon de chacune, vj escus.

— Prince Guillaume, pour une aune de velluau vermeil des fors, bailliée à maistre Girart d'Orliens, paintre, pour couvrir deux chaaires, l'un à dossier pour atourner la dite dame, l'autre pour soy laver, vi escus et demi.

— Le dit maistre Girart, pour la façon des dites deux chaaires, lesquelles furent paintes d'azur et les testes estancelées de fin or. xiv liv.

— Pour une damoiselle à attourner lx s. p. Et pour une nécessaire eou verte de cuir et enveloppée de drap, iv liv. Pour ce XXI livres par.

— A maistre Girart d'Orliens pour 1 1 selles nécessaires, feutrées et couvertes de cuir et de drap, délivrées pour l'ordinaire de la chambre du Roy.

— A maistre Girart d'Orléans, peintre du Roy, pour vi selles nécessaires, feutrées et couvertes de cuir — xviii liv. p.

— A maistre Girart d'Orliens, paintre, pour la façon de viii chaaires et viii selles nécessaires, délivrées par lui au terme de Pasques, es chambres du Roy et de M. S.

le Dauphin et de nos autres seigneurs, par cédule de l'argentier pour tout Ixiiij liv.

Comptes royaux.

i353. Amaistre Girart d'Orliens, pourv la façon, painture, les chaaines et les iiij chaaires à dossier couvertes de velluau par dessus, — que Madame la Royne, la Dauphine, la Royne de Navarre et la Duchesse d'Orliens ont eues, en ce terme, pour cause de leur atour et de laver leurs chiefs, X escus la pièce, xl escus.

— Communes choses pour les dons tant du Roy comme de M. S. le Dauphin.

De rinventoire Guillaume de Montereul :

Pour une aune de veluiau baillié à maistre GiRART d'Orliens, paintre, pour couvrir n chaires, pour Madame la Dauphine, Tune pour atoumer et l'autre pour laver.

— Néant.

— Le dit maistre Girart, pour la fasson des dictes ii chaires, xiiii liv. par. pour une damoiselle à li atourner xl. s. p. et pour une selle nécessaire feutrée et couverte de drap. Ix s. par. pour tout xix liv. p.

Comptes royaux KK. 8.

1354. Pour une aulne de velluau vert, baillié à maistre Girart d'Orliens, — pour faire les sièges de ij chaières à pigner le Roy, délivré par la dicte chambre de Pasques. v escus.

— A piaistre Girart d'ORLiENS, paintre, pour la façon, la peinture et les franges de soye de vi chaières à parer.

Le même paintre en exécutera dix huit autres la même année.

Comptes royaux en possession de M« Th. Philipps.

i355. Ledit maîstre Girart d'Orliens, paintre, pour la façon de iiij damoiselles de fust, nettement ouvrées et paintes, à bon or bruni, à tenir les miroirs des dictes dames, à cause de leur dict atour iij escus la pièce.

Comptes royaux.

Damoiselle à atourner. — Cet objet était à la fois un meuble et un ustensile.

C'était un porte-miroir fait de bois ou de métal, tournant sur un pied, et auquel on pouvait suspendre des coiffures et de menus objets de toilette. Le nom de damoiselle avait été donné à ces meubles parce qu'ils se composaient de deux bras, d'un pied avec guéridon et d^une tête sur laquelle on apprêtait la coiffure. Un des bras portait le miroir, l'autre des épingles, et sur le guéridon étaient posés les peignes, cosmétiques et affiquets de coiffures. Les ornements de têtes pour les femmes, entre le XII* et XV* siècles étaient fort compliqués, et depuis le milieu du xiv* siècle notamment jusque vers le milieu du xv*.

les coiffures des daines nobles exigeaient des soins infinis et un temps très-long pour être convenablement posées, il était naturel d'avoir à cet effet dans les garde-robes, des meubles et des ustensiles spéciaux.

VioLLET Le Duc. Dict. du Mobilier,

Il faut distinguer plusieurs espèces de sièges. Le fauteuil siège qui se plie [Falten, saxon), est proprement le siège d'honneur, la chaise par excellence ; par extension, on applique ce nom à toute espèce de siège.

La fourniture de toutes ces variétés de chaises était dans les attributions du peintre de la cour, ce privilège fut attaché à cette charge, d'abord parce que ces meubles étaient ornés de peintures, ensuite parce qu'étant placés près du lit ou servant à la toilette, ils appartenaient à Tintimité. Quand un roi fait faire un fauteuil de cérémonies il le commande à fon orfèvre. Le bois ou la charpente étaient exécutés par Timagier, les décorations peintes par le peintre de la cour.

De Laborde, Emaux du Louvre, Glossaire.

Cette même année nous trouvons les devis des travaux de peinture exécutés dans l'ancien château royal du Vaudreuil, en Normandie. Il offre de curieux détails sur le genre de décoration intérieure en usage au xvi' siècle, et donne une preuve sans réplique des grands travaux de peinture à Phuile antérieurement à Jehan Van Eyck.

Les travaux à exécuter étaient : dans la grande salle du château de Vaudreuil, la vie de Jules César; dans la galerie attenante, une chasse; dans la chapelle autour du chœur, divers sujets tirés de la vie des saints et de la Passion, ainsi qu'un tableau à trois panneaux; dans Toratoire du prince, un Couronnement et une Annonciation de la Vierge ; toutes ces peintures devaient être faites de fines couleurs à Vhiiile sur fond d'or. Travaux d'art dMne haute importance, importance qui ressort encore du prix auquel ils sont fixés. Ce prix est de 600 florins d'or au mouton.

Le petit mouton d'or étant de 1 2 s. 6 d.

en i357, cela équivaut à une somme de plus de 3,i3i francs 25 centimes de notre monnaie et à une valeur relative d'au delà de 1 5,656 francs, 25 centimes.

Voici cette pièce reproduite d'après les Archives de PArt français IL 340.

— C'est Tordenance de ce que je, Girart d'Orliens ai cautiéà fere par Jehan Coste, ou chastel du Val de Reuil, sur les ouvrages de peincture qui y sont à parfaire tant en la sale corne alleurs, du commandement M. S. le duc de Normandie, Tan de grâce mil ccc cinquante et cinq, le jour de la Nostre Dame (25) en Mars.

Premièrement, pour la sale assouvir (assouffir, rendre suflBsant, terminer) en la manière dont elle est commenciée ou mieux ; c'est assavoir : parfaire l'ystoîre de la vie de César, et au dessouz, en la derrenière liste (rangée) des bestes et d'images, einsi comme est commenciée.

Item, la galerie à l'entrée de la sale, en laquelle est la chace parfaire einsi comme est commenciée.

Item, la grant chapelle fere des ystoires de Nostre Dame, de sainte Anne et de la Passion, entour Pautel, ce qui en y pourra estre fet.

Item, pour le dossier ou table (retable de Pautel) dessus Tautel m hystoires; c^est assavoir: ou milieu, la Trinité et en Tun des costez une hystoires de saint Nicolas et en l'autre de saint Loys ; et au dessouz des hystoires ou tour de la chapelle, parfaire de la manière de marbre einsi comme il est commencié.

Item, lentreclos qui est ou milieu de la chapelle, estanceler et noter de plusieurs couleurs estancelées (peindre de couleurs étincelantes, brillantes.)

Item, l'oratoire qui joint à la chapelle parfaire; c'est assavoir: le couronnement qui est ou pignon avec grant quantité d'angres (anges) et l'Annonciation qui est à l'autre costé.

Et en VII archez qui y sont, vu images, c'est assavoir: en chascun archet unymage et les visages qui sont commenciez par-

faire, tant de taille (ronde bosse) comme de couleurs; et les draps diaprez nuer (nuancer) et parfere; et une pièce de merrien qui est au dessous des archez armoier de bonne armoierie ou de choses qui le vaille.

Et toutes ces choses dessus devisées seront festes de fines couleurs à l'huile, et les champs de fin or eslevé (en relief) et les vestements de Nostre Dame de fin azur, et bien et laialement toutes ces choses vernissées et assouvies entièrement sans aucune deffausse. Et fera le dit Jehan CosTE toutes les oeuvres dessus dictes et trouvera toutes les choses nécessaires à ce, excepté bûche et ardoir et liz pour hosteler ly et ses gens en la manière que Ten l'y a trouvé ou temps passé. Et pour ce faire doit avoir six cens moutons (dans les autres actes relatifs au château de Vaudreuil on lit: six cents florins d'or au mouton), desquiex il aura les deux cens (écus) à présent sur le terme de Pasques (arrivant le 9 avril) et deux cens à la

Sainct-Michel prochainement venant; et les deux autres cens ou terme de Pasques après en suivant.

Accordé et commendé par Mons' le Duc

de Normandie, au Val de Rueil, le xxv*

jour de mars mccclv(i 356). Signé Mareuil.

(Collection de M. Salmon, à Tours),

Cette pièce dans laquelle il est si nettement question de Temploi de Thuile est très-importante au point de vue de Tart et des procédés techniques en France, en rapprochant la présence de Girart des faits contenus dans la lettre de rémission du roi Jean, citée plus loin, il est difficile, dit M. de Montaiglon, de ne pas croire qu'il ait été précisément chargé de l'administration des deniers et comptes à tenir.

Quoique les peintures du Vaudreuil ne soient pas un sujet parisien, la part qu'y a prise Girart d'Orléans et les détails de mœurs qui se rencontrent dans les pièces qui y ont trait, nous ont engagé à les donner

Voici le dossier spécial de Jehan Coste

OU G)STEY. Ce peintre nous est connu exclusivement par ses travaux du Vaudreuil, ancienne résidence des Mérovingiens, où fut exilée Frédégonde, mais qui fut affectionnée par les Rois Jean et Charles V. Le Puget y travailla au XVII siècle . Girart d'Orléans se trouve en collaboration avec Jehan CosTE et son nom y est mêlé à des négociations que nécessitèrent les travaux d'art de ce manoir royal ; à ce titre nous reproduisons les pièces suivantes qui donnent des détails sur Tart et la vie des peintres à cette époque.

Jean Coste était aimé du roi Jean qui, trois jours après son sacre à Reims lui confia les travaux du Vaudreuil. Est-ce à lui qu'il faut attribuer le portrait de ce roi qui était au Musée des souverains ? ou à son compagnon Girart ? Nous pencherons pour ce dernier qui vécut dans Tintimité du roi pendant sa captivité en Angleterre.

i353 Nous empruntons à M. de Montaiglon l'analyse d^un document dont le texte

latin se trouve aux pièces justificatives n** 5, p. XXX.

Le roi nous y apprend que trois ans auparavant, vers la Saint-Michel, il avait chargé Jean Coste de peindre la grande salle, la chapelle et la chambre de son château du Vaudreuil. Cette date est à remarquer: la Saint-Michel tombe le 29 septembre. Or, le Roi Jean fut couronné à Reims, le 20 septembre i35o. Ce fut donc dans les premiers jours de son règne qu'il confia à Jean Coste les travaux dont il vient d'être question. Le roi Jean ajoute qu'il désirait beaucoup que Jean Coste exécutât ces travaux, hoc per ipsum fieri desiderabiliter affectantes ; que celui-ci s'empressa d'obéir; qu'il se mita composer ses histoires et ses dessins; qu'il eut à retoucher plusieurs parties de son travail, d'une part à cause des détériorations causées par l'humidité des murs et aussi parce qu'on lui fit refaire en or pur certaines portions faites avec de l'étain doré. Pour ces divers travaux, Jean Coste avait reçu^

tant des trésoriers de France que du vicomte de Pont de l'Arche, certaines sommes d'argent, dont il ne savait comment rendre compte, d'abord, disent les lettres, parce qu'il est tellement étranger à toute espèce de comptabilité qu'il ne saurait dresser son compte et qu'il n'a pas de clerc pour le faire pour lui, ainsi quUl serait convenable, qiiod tamen fuisse conveniens reputamiis; que de plus, il a à vaquer continuellement à ses travaux ; qu'il lui faut chercher dans un livre ses sujets, se rendre à Paris pour se procurer les couleurs qui lui sont nécessaires; enfin qu'il est tombé gravement malade. Pour ces raisons, le Roi, qui désire le prompt achèvement des travaux, mande à ses gens des comptes d'en croire le dit Jean Coste sur parole touchant l'emploi des sommes qu'il aura reçues jusqu'à ce jour, bien qu'une telle manière de procéder n'ait pas encore été pratiquée, non obstahte quod simile nundum Jîeri consuevit. Les lettres suivantes ont trait au même sujet.

1 355.Chariesainsnéfilsdu Roy de France, duc de Normandie, Dauphin du Viennois et Comte de Poitiers, à nostre amé et ieal trésorier, salut et dilecdon. — Nous, aiens fait aviser et visiter louvrage des peintures faites et à faire en nostre Ghastel du Val de Rueil par Girart d'Orléans, peintre et huissier de sale de nostre dit Seigneur et le nostre, lesqueles nous voulons estre parfaites le plus tôt que Ton pourra, et Jehan CosTE peintre, qui a fait les diaes peintures, ait promis et accordé à les parfaire en certaines manières et quérir tout ce qu'il faurra pour la somme de six cens florins d*or au mouton que il en doit avoir de nous en certains termes, c'est assavoir, deux cens moutons d*or à présent sur le terme de Pasques prochaines venans, autres deux cens moutons à la Sctint-Michiel et les autres deux cens moutons à Pasques en suivant, si comme il pourra plus à plain apparoir par une cédule faite suivi de nostre commendement par le dit Girart, et de la voulenté et consentement dudit

Jehan Coste, scellée de nostre scel secret et lequelz Jehan se doit obliger sous le scel du vicomte du Pont de l'Arche à parfaire les dictes peintures selons le contenu de la dite cédule. Delaquelle ycelui Jehan a copie. Nous vous mandons et commendons que, veue ycelle cédule et ces présentes, vous paiez audit Jehan Costè les diz six cens florins d'or au mouton aus diz termes ou vous Pen assignez en tel lieu et especialement tantost des diz premiers cens moutons qu'il en peust estre paiez pour acheter ce qu'il li faudra pour son vivre et de ses gens et pour or, couleurs et autres choses nécessaires à faire les dictes paintures et ce faites en telle manière que par vostre deifaut ycelles pointures ne soient retardées.

Et nous mandons à nos amez et féaulz gens de nos comptes qu'ils allouent es vostres les diz six cens moutons d'or ainsi paiez, non contrestant quelconques ordenances contraires.

Donné au Val de Rueil le xxv« jour

de mars, Tan de grâce mil ccc cinquantecinq.

Par nous le Duc. . . Signé : Mareuil.

— Jean Baillet, trésorier de Monseigneur le Duc de Normandie, Dalphin de Viennois, au Viconte de Pont de l'Arche ou à son lieutenant, salut :

Par vertu des lettres de Mon dit Seigneur nous vous mandons et estrictement enjoignons de par ycelui Seigneur et de par nous que de la somme de six cens deniers d'or au mouton, lesquels Jehan Coste doit avoir pour faire et parfaire les peintures à luy ordonécs à faire au Chastel du Val de Rueil, si comme il est plus à plain contenu es dictes lettres et en une cédule faite sur toute la dicte ordenance soulz le scel du secret de Mon dit Seigneur lesquelles nous vous envolons cousues à ces présentes souz nostre signet, vous peiez et délivrez, tantost et senz délay audit Jehan ou à son certain commandement des deniers de votre recepte receuz ou à recevoir la somme de deux cens deniers d'or au mouton ou la

value, sur le terme de Pasques prochainement venant et la somme en la fourme et manière es dictes lettres et cédule, en prenant de lui les lettres obligatoires dont mencion est faite es dictes lettres de Mon dit Seigneur par lesquelles rapporter avec la dicte cédule, ces présentes et lettres de recognaissance dudit Jehan, la dicte somme par vous ainsi poiée sera alloée en voz comptes de mon dit Seigneur, senz aucun contredit, nonobstant quelconques mandemens ou deffenses à ce contraires.

Donné à Roen, soulz mon scel le iiij*' jour d'avril, Tan mil ccc cinquante cinq. .

Signé : Baillet.

— Jehan, par la grâce de Dieu, Roy de France, au Vicomte de Pont de l'Arche ou à son lieutenant, salut : Autreffoiz t'avons mandé que à Jehan Coste, nostre painctre, tu baillasses et délivrasses deniers pour faire certains ouvrages de painture, que nous . avons ordenées estre faites en nostre Chastel du Val de Rueil, et nous avons entendu que par deifaute de paiement, les dits ou-

vra2c> Jemourcr.t j. parfaire, dont forte* ment nous dcppiait. Si te manions de rechief et commanAjns estroictement, que toutes excusacionsccs>ans, et si chier comme tu doubtes encourre notre indignation, tu bailles et délivres audit Jehan deniers pour faire et parfaire Ls dits ouvrages, selon la forme et manière que autreffois ta été mandé, et tellement qu'il ne conviengne que plus en retourne par devers nous ; et nous voulons tout ce que tu auras baillié et baudras pour ceste cause estre alloué en tes comptes sans aucun contredit, non contrestant quelconque ordenance, mandements ou defanses faites ou à faire au contraire. Donné à la noble Maison [de Sainl'Oiien), le xxIx^ jour de may. Tan de grâce mil ccc cinquante et cinq.

Par le Roy . Signé : Ogier.

— Jehan, par la grâce de Dieu, Roys de France, au Vicomte de Pont de l'Arche et au Verdi er de la forest de Bord ou à leurs lieux tenans, salut. Comme autreffoix à toi Vicomte eussions mandé que tu feissez

Gopper et ouvrer busche pour ardoir et à charrier en nostre Chastel du Val de Rueil, pour faire les œuvres de peinture que nous avons ordenées estre fectes par Jehan CosTE, et aussi d'autre bois convenable pour faire ses eschauffaux et pour chauffer nos cheminées dudit Chastel, et à ton Verdier livrer ledit bois, et Ton nous a donné à entendre qu'il y a deffaut par toy, dont fortement nous desplait. Si te mandons de rechief et commandons extroictement que, toutes escusations cessans et si chier comme tu doubtez encourre nostre indignacion, tu fauz ledit bois coupper, charrier et ouvrer, parquoy nos dites euvres n'en soient retardées et qu'il n'en retourne plus plaintes par devers nous, et du Verdier, de ton office aussi. De tout ce que ledit Jehan Coste confessera avoir eu pour la cause des sus dicte, nous voulons qu'il soit alloué à ses comptes sans contredit.

Donné à Paris, le vif jour de juing, l'an de grâce mil ccc cinquante et cinq.

Par le Roy. Signé : Yvo.

Le nom de Jehan Coste ne se rencontre plus dans les Comptes royaux, ni dans les Statuts de iSgi.

En 1405 on trouve un Jehan Coste directeur de la Confrérie du Saint-Sépulcre et en 141 7 un Girart d'Orléans a le même titre de directeur de la Confrérie du Saint- Sépulcre. Vers la même époque un Jehan Coste exécute la charpenterie des voûtes et clochers de l'église de Rueil.

Ces personnages sont-ils parents de ceux dont ils portaient les noms, nous ne saurions l'affirmer.

i356. Les événements politiques vinrent faire diversion à ces travaux ; après la bataille de Poitiers, le Roy Jean fait prisonnier fut emmené en Angleterre, nous retrouvons auprès de lui Girart d'Orléans. « Le roi » Jean avait aussi parmi ses valets de » chambre un peintre assez distingué, » maistre Girart d'Orléans^ qu'il avait » déjà employé en i356 à décorer le châ- » teau de Vaudreuil en Normandie, les » comptes nous apprennent que durant sa

» captivité, il fit exécuter à cet artiste » quelques tableaux et d'autres œuvres » d'art, telles que compléter un jeu » d'échecs, orner des meubles, etc. » H.

d'Orléans , duc d'Aumale . Notes et documents relatifs à Jean, roi de France, et à sa captivité en Angleterre. Londres, 1857, in-8°. Introduction, p. xlvu. C'est probablement avant de rejoindre son roi malheureux, qu'il fit confirmer l'amortissement des 20 livres de rente par le Dauphin, document que Ton trouvera plus loin.

Pièces ju-ïtilicatives 110 6.

Il exécuta pendant son séjour en Angleterre un assez grand nombre de travaux d'intérieur.

i358. Maistre Girart d'Orliens pour i cuir de vache pour covrir la selle du Roy \ui s.

Magister (officier de la chambre du Roi Jean) pour faire rappareiller le fust de la dicte selle qui estoit rompue, et mettre iiij bandes de fer. xvi d.

— Maistre Gérart d'Orliens, pour v paonnez(pionnets, pions pour les échecs) et I fol, tant d'ivyre comme de coir, pour le jeu des esches du Roy, du tablier qui fut maistre J. de Savoie, fait du commandement du Roy. XVIII d.

— Maistre Girart d'Orliens, paintre et varlet de chambre du Roy, pour plusieurs otilz achetez du commandement du Ro)^ pour faire, certains tableaux que le Roy le a commandé à faire pour li, paie du commandement dudit Seigneur, pour tout xxxii s. un d.

Le mot valet avait quelquefois l'acception d'élève d'un artiste, ici il désigne un officier royal. Les vassaux d'un suzerain en avaient à leur tour qui prenaient le nom de petits vassaux, vasseleti, vasleti, puis VALLET et varlet. Les us des Mestiers d'Etienne Boileau (1280) nous montrent le valet comme intermédiaire entre le maître et l'apprenti, c'est-à-dire l'élève qui a fait ses preuves. En même temps, il est vrai, il est question du valet à servir, c'est la seule

acception que nous ayons conservée. Ce mot au XV® siècle n'avait rien d'humiliant appliqué au service des princes, c'était un titre, une charge de cour qui donnait droit à des privilèges et à des émoluments.

De Laborde. Glossaire.

— Maistre Girart d'Orliens, pour 1 1 paniés d'osier fermant à clef pour mettre certains ymages de fust (bois) pour le Roy et pour la serrure dudit panier. ni s.

— Maistre Girart d'Orliexs, pour certains hotilx à faire son mestier en certains tableaux que le Roy fait faire, paie du commandement du Roy. II s. iiii d.

— Li (Hannequin Porfèvre) pour l'argent de 1 1 paires de charnières pour iabliaiix que maistre Girart fait pour le Roy xx s.

— Pourlafacon des ditescharnières. vins.

Comptes du Roy Jean en Angleterre

1 359. Edouard Thadelin dessus dit, pour une aune de veluyau asuré des fors, bailliées à mestre Girart d'Orliexs, paintre, pour faire les sièges de ij chaières pour le Roy, livrées en la dicte chambre, au terme de Pasques. viu escus.

— Des garnisons de l'argenterie pourtrois aulnes et un quartier de veluyau bailliées à maistre Girart d'Orliens, paintre, pour faire les sièges de \'j chaaires délivrées au terme de Pasques parMons^"" le Dauphin, pour Alons^' le Duc d'Orliens, pour le Comte d'Anjou, pour ses deux joines frères, et pour Monseigneur Loys de Bourbon, lesquelles furent ouvrées à orbevoies à deux endroiz, et paintes à leurs armes. — Néant.

— Le dit maistre Girart, pour le fustet

façon de chaaires faites et ouvrées comme >

dit est. loo s. p. pour pièces, valent 3o 1. p.

— Le dit maistre Girart, pour vi selles nécessaires (chaises percées) feutrées et couvertes de cuir et de drap délivrées au dit terme pour les diz seigneurs lx s. p.

pièce i8 1. p.

Donet d'Arcq. Comptes royaux.

— Maistre Girart, pour un chaière neuve nécessaire pour le Roy, c'est à sav^oir pour le fust et la façon du charpentier 20 s. pour

cuir et la garnison par le sellier, 1 3 s. 4 d. pour tout, 33 s. 4d.

— Pour I drap d'or à couvrir chaières pour le Roy, dont l'on a couvert une chaière, et a le demourant, maistre Girart, si comme Ton dit. Pour ces, 46 s. 8 d.

— Maistre Girart d'Orliens, pour refaire de charpenterie et repaindre de nouvel la chaière du Roy, par Giles de Melin (Melun) et Copin le paintre, à la relacion maistre Jehan le Roier, 1 6 s. 8 d.

— Mercredi xvni® de décembre. Les gens de 1 ostel du Roy, estant et demourant avecques U à Sommertonne, à Noël ccclix, pour don fait à eulx par le dit Seigneur, lors, pour quérir leur nécessitez, à la relacion de M P. J. le Royer et du maistre d'ostel: P Chapelle. Maistre G. Racine, fisicien, 5o escuz. Chambre. — Tassin du Breuil, 20 escuz. — Maistre Girart, néant. — Aymonnet, 20 escuz. — Jehan- NiN l'espicier, 20 escuz. — Magister, 16 escuz. ,

Douet d'Arcq. Dépense du Roi Jean.

Le service de la chambre du Roi se co;nposait de plusieurs personnes ici nommées : Tassin du Brelil, son tailleur, GiRART d'Orléans, son peintre, Aymonnet, son barbier, et Jehannin l'espicier, son pharmacien qui joue un grand rôle dans les comptes du séjour en Angleterre, ses achats sont nombreux, importants et variés, non moins que curieux et donnent une idée de la pharmacopée de Tépoque et des fonctions de celui qui se livrait à ces manipulations, aussi culinaires que scientifiques, si ce mot n'est pas trop ambitieux.

Le don est en proportion avec Pimportance du personnage. Le physicien, un clerc, figure en première ligne, puis viennent Denys de Collors, secrétaire et chapellain, 40 escuz. Aymard Gascoing, chapellain, 24 escuz. Clément, clerc, 10 escuz.

— Pour estopes pour le Roy, achetés par maistre Gérart et pour portage, nn s.

VI d. Pour ormaux pour le Roy achetés par le dit maistre Gérart, vi d., et pour

rappareiller une maie, viii d., pour tout le xxvf jour de janvier, iiii s. vni d.

— Pour une clef à une serreure que maistre Girart lui a fait faire (à Hannequin rorfèvre)pour le Roy, n s. vi d. ledarrain jour de Janvier.

— Maistre Girart pour plusieurs mesmes choses nécessaires et appartenant à son mestier, achetées par li, paiées par le commandement du maistre d'hostel. nii s.

La dépense du mois de juin manque.

H. D'oKLÉANS, DUC d'Aumale. — Notcs et documents relîtifsà Jjin, rii di' Fr.ince et à s.i captivité en Angleterre. — Passim.

Ici se présente une question intéressante pour l'histoire de l'art à cette époque et qui est loin d'avoir été tranchée, savoir qui a peint le portrait du roi Jean si souvent reproduit par la gravure et dont une copie si ce n'est loriginal, se trouvait au Louvre. Les uns l'attribuent à Jkhan Coste, le peintre de prédilection de ce prince, les autres, se fondant sur le séjour de Girari d'Orléans en Angleterre sont d'avis de le lui attribuer, ce dernier sentiment nous

paraît plus probable, c'est celui de MM.

Douet d'Arcq, duc d'Aumale : Comptes du roi Jean en Angletey^re, Gh. Tennyson d'Eyncourt, Archeologia.

Indépendamment de cette question, on peut remarquer à Thonneur de notre peintre, non moins qu'à celui du royal prisonnier, que ce prince ayant été forcé de se séparer d'une partie de ses compagnons de captivité, dont nous avons les noms, GiRART eut le privilège de rester avec lui jusqu'à son retour en France.

Les bruits d'une descente des Français en Angleterre pour délivrer le Roi Jean s'étant répandus, ses gardiens en furent alarmés, on s'apprêta à l'éloigner de Londres et à le reléguer dans l'intérieur du pays. Le 21 juin iSôg, trente-cinq personnes attachées au service du Roy reçurent des saufs-conduits pour rentrer en France, plus tard (26 juillet), vingt de ses compagnons d'infortune furent autorisés à rester attachés au service du Roy et de son fils, enfin il obtint que dix- neuf noms

fussent ajoutés à cette liste et il put garder auprès de lui son tailleur Tassin du Breuil, son paintre Girart d'Orléans et le fauconnier de son fils Jehan de Milan, qui avaient d'abord été exclus.

Rymer. Fœdera.

A partir de ce moment, Phistoire est muette sur le compte de Girart; retournât-il en Angleterre avec le Roi Jean, restat-il en France ? on l'ignore. Quelle fut la date de la mort de Girart d'Orléans^ on ne la connaît pas, nous la placerions vers i363 ou i364; en tout cas, on peut affirmer qu'elle ne dépasse pas Tannée

Dans un inventaire des « vêtements, calices, reliques, joyaux d'argent, appartenant à l'Eglise du S. Sépulcre à Paris, en la grant rue St-Denis, » manuscrit infolio sur parchemin daté de iSyg que A. -A. Monteil possédait, on trouvait :

« Item en la dessus dite chappelle a » une fondation fondée d'une chappellenie » que fonda Jean Maistre Girart d'Or-

» LÉANS, peintre du Roy, chargée de iiij » messes la sepmaine. »

A.-A. MoNTEUiL, Hist, des Franc. T. I, chap. LX.

C'est la même fondation dont il a été déjà question aux années 1348, 1349 et i356. Ce serait donc à tort que M. De Laborde, trompé par la similitude du nom, a attribué à cet artiste les deux articles suivants :

1 387 Pour vni livres de cire blanche pour faire les cierges du Roy xi s. p.

— A GiRART d'Orléans, le paintre, pour paindre et armoier les diz cierges aux armes du Roy et de nos diz Seigneurs, ni) liv. p.

Comptes royaux.

Au XV® siècle on fit la distinction qui s'est maintenue de chandelle pour le suif et de bougie pour la cire. Les habitudes du moyen âge ont permis de faire briller les vêtements d'or surchargés de pierreries à la lueur tremblottante d'une lumière infecte, la dévotion réservait à l'église les cierges de cire blanche sur lesquels les

peintres du plus grand talent peignaient des allusions pieuses et des devises. Ce genre de décoration s'est conservé en Italie. — Uns tableaux de bois, de quatre pièces, que fist GiRART d'Orléans.

De Laborde. Ducs de Bourgogne .

Il est certain que son nom ne figure pas dans la liste des Statuts de iSgi, ce qui est une forte présomption de croire qu'il était mort à cette date, quand on n'aurait pas le témoignage du registre de iSyg.

Faut-il y voir une erreur de date? C'est peu probable avec un auteur aussi exact que M. De Laborde. Serait-ce un autre membre de la famille, un fils de Girart ?

Questions qu'il est difficile de résoudre, vu la pénurie de documents.

La Revue universelle des Arts (i i. p. 6) cite également, sans donner ses autorités, un François d'ORLÉANs, qui en i355 aurait été chargé de peindre les appartements de l'hôtel de la Reine à l'hôtel Saint Paul.

On ne peut contrôler son assertion, mais on pourrait plutôt y voir leserourge

de Jean I" d'Orléans, dont d'ailleurs ni le nom, ni l'origine, ni la profession ne sont donnés par le livre de la Taille de

Page 1