‹ Une famille de peintres parisiens aux XIVe et XVe siècles: documents et pièces originalesChapitre 5 sur 12 · PRINCES ET PRINCESSES DU SANG ROYAL EME · texte numérisé non relu

PRINCES ET PRINCESSES DU SANG ROYAL EME

France, un dessin représentant la mort qui frappe de son trait un personnage royal à genoux. Un pommier s'élève entre les deux figures et une banderoUe porte : Jo-* VENES Ac SENES RAPio. La légende du dessin s'exprime ainsi : Cette peinture est

CONTRE LE MUR DE DROITE DANS LA CHA- PELLE d'Orléans, dans l'église des Gé- LESTiNS DE Paris. Le docte auteur ajoute:

C'est probablement une des peintures de Colart de Laon. L'hjrpothèse peut être juste, et tout en l'admettant, on peut regretter qu'elle ne s'appuie sur aucune preuve écrite, nous aurions la certitude de posséder une copie d'un tableau de cet artiste célèbre : nous sommes obligés de constater avec regret que dans les copies qui ont été faites récemment pour le cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, cette pièce manque.

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C'est doublement fâcheux à cause de son importance historique et artistique. Heureusement que M. Alb. Lenoir nous en a conservé le dessin dans sa Statistique monumentale, un peu avant la destruction des derniers restes de la chapelle d'Orléans.

Pourquoi ce monument expiatoire, traduction d'une légende touchante dans l'annexe de réglise des Célestins, bâtie ellemême en souvenir d'un événement douloureux, le bal des Sauvages (1392), aurait-il été élevé, sinon pour honorer la mémoire de l'infortuné duc d'Orléans, pleuré par son oncle, le duc de Berry, dont il était l'héritier direct et l'unique espérance ? De plus , le duc de Berry voulut accomplir une volonté expresse du défunt en le faisant représenter vêtu de l'habit de Gélestin, comme il l'avait recommandé instamment par un testament, ce que les circonstances ne permirent pas d'exécuter à la lettre.

En regardant cette composition, on ne trouve aucune objection sérieuse à opposer

aux déductions qui précèdent, et si Ton n*a pas Tesprit prévenu, il est impossible de ne pas y voir l'idée mère de la Dance macabre, idée mûrie pendant dix-huit ans et qui viendra se traduire et se développer sous les charniers des Innocents, comme un miroer salutaire pour toutes gens, un perpétuel enseignement que la mort nivelle toutes les conditions et enlève jeunes et vieux : Juvenes ac senes rapio.

La peinture de la chapelle de l'hôtel de Nesle est contemporaine et corélative aux deux précédentes compositions. Elle s'explique par la présence du peintre Jean d'Orléans auprès du duc de Berry. L'histoire le prouve. Le 20 novembre, les deux princes jusqu'alors divisés entendent la messe aux Blancs-Manteaux et communient ensemble, en signe de réconciliation ; le 2 1 ils se trouvent réunis à la table du vieux duc de Berry, heureux de la bonne entente de ses deux neveux. A l'issue du repas, ils s'étaient embrassés et s'étaient juré une amitié de frères. Le duc d'Or-

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léans, n'écoutant que sa joie, avait donné à son cousin de Bourgogne le collier de son ordre du Porc- Épie. En faisant reproduire cet événement sur les murs de sa chapelle domestique, le duc de Berry ne faisait que traduire par la peinture cette parole qui lui échappait en apprenant la part prise par Jean sans Peur à l'assassinat : Je perds dojic ainsi mes deux neveux à la fois. Trois jours après le festin, on rapportait aux Blancs-Manteaux le duc d'Orléans mutilé et sanglant, et son meurtrier n'hésitait pas à venir assister, en versant des larmes hypocrites, à ses funérailles.

Huit ans plus tard, le 1 5 juin 1416, Jehan, duc de Berry, mourait dans le même hôtel de Nesles. Qui fut chargé, par ses exécuteurs testamentaires, de préparer la chapelle des Augustins, où un service funèbre eut lieu le 21? — Jehan d'Orléans.

Le samedi 2 1 juin s'élevait aux Augustins une vaste chapelle de bois, construite à la hâte, garnie de serge et de velours

noir et azuré que le peintre Jean d'Orléans avait décoré de peintures et d'écussons aux armes du duc Jean : la foule était si grande que treize sergents à verge, avec leurs bou* layes de cuir blanc, avaient bien de la peine à maintenir l'ordre.

Nous espérions trouver dans les Comptes des exécuteurs testamentaires du duc de Berry des détails sur ce sujet, le manuscrit qui existe à Paris ne les renferme pas tous, soit qu'ils aient été perdus ou omis lors de la reliure du volume. Nous em-^ pruntons au dernier historien du Berry les passages trop courts qu'il a extraits de Toriginal qu'il a pu consulter.

Le 2 7 , le cortège funèbre arrive à Bourges . De grands préparatifs y avaient été faits à la Sainte-Chapelle. On y avait envoyé dé Paris des pièces d'étoffes, des cierges, des écussons, le peintre Jean d'Orléans était venu à l'avance avec de nombreux ouvriers et les maîtres de la maçonnerie et de la charpenterie du duc. Jean Guérard et Guillaume de Marcilly s'étaient concertés

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avec lui, deux verriers de Bourges, Guillot du Saussay et Gillet Benoist furent chargés d'ôter les verrières « pour donner air en la chapelle, à cause de la chaleur du luminaire (i). »

Le dimanche 28 juin, treize jours après la mort du duc de Berry, ses funérailles furent enfin célébrées en cette sainte chapelle qu'il avait fondée et enrichie, et dont il ne reste plus trace. '

Le manuscrit de la bibliothèque Sainte- Geneviève renfermant le compte de liquidation de la succession du duc porte le titre de : Testament du duc de Berry en 1416 (L, f. 54), auquel il manque plusieurs feuillets, ne renferme pas le compte de la dépense de Jean d'Orléans et de ses aides venus de Paris, bien qu'on y trouve relatées des sommes minimes : le nom de notre peintre ne s'y rencontre pas une seule fois — Jehan Flamel ne s'y trouve que pour une gratification de x h, —

i\) L. Raynal. Hist. du Berry. 1845. il. 5o6.

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preuve d*une lacune. Le volume renfermant le compte des frais des funérailles du duc déposé aux archives du Cher a été en partie perdu dans l'incendie du i3 avril 1859 (i). M. Raynal en a donné des extraits cités plus haut.

Ici les documents officiels nous font défaut : les passions politiques qui divisaient la France se sont déchaînées après le meurtre du duc d'Orléans, la ville de Paris est livrée aux horreurs de l'anarchie; pendant de longues années elle sera tour à tour sous le joug des Armagnacs, des Bourguignons et des Anglais; les arts qui faisaient son honneur pendant la paix s'exileront; la capitale qui avait fourni aux besoins des provinces dont les princes résidaient presque toujours auprès du Roy à rhôtel Saint-Pol, perdit son influence, le courant se déplace et se dirige de la France dans les Pays-Bas et la Flandre; jusque là tous les artistes venaient de notre pays,

(i) Archives du Cher. Fonds de la Sainte-Chapelle, in-fol.

les joyaux, les armes de prix étaient demandés à nos orfèvres et à nos armuriers, le grand luxe flamand s'approvisionnait à Paris. C'est seulement lorsque nous leur eûmes envoyé jusqu'à nos princes pour en faire leurs souverains que les Flandres firent rebrousser chemin à nos produits. A partir des dernières années du xiv® siècle le courant changea totalement, et nous devînmes à notre tour, le malheur des temps aidant, tributaires chaque jour davantage de nos habiles voisins.

Profitant de ce temps d'arrêt, jetons un coup d'œil sur l'état de la peinture à Paris sous Charles VI avant la querelle des Armagnacs et des Bourguignons; l'histoire écrite nous aidera dans cette exploration.

Le goût de la peinture était très-répandu et beaucoup plus en honneur à cette époque qu'on ne le croit généralement. Il suffit de rappeler les châteaux de nos rois : Le Louvre, Saint-Germain-en-Laye, le Vaudreuil, et cette réunion de palais qui avait

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nom rhôtel Saint-Pol, décorés par Charles V ^t le roi Jean. Sous Charles VI, le luxe n'est pas moins grand : le roi avait son petit chastel du boys de Vincennes (Beauté) ^ la noble maison de Saint-Ouen; les princes leurs hôtels de Nesle aux faubourgs Saint- Germain et Saint-Honoré, le séjour d'Orléans au faubourg Saint-Marcel, leurs châteaux àGentilly (Bicêtre), Asnières, Chaillot et autres. Leurs logis aux Tournelles et à Saint-Pol, l'hôtel Barbette, séjour de prédilection dTsabeau de Bavière ne nous sont connus que par les éloges des contemporains et quelques inventaires princiers»

En 141 1 eût lieu le sac de Bicêtre. Cette riche habitation que le duc de Berry avait recueillie dans les dépouilles de la maison d'Anjou, et qu'il s'était plu à embellir avec un luxe inouï, fut entièrement détruite par ies flammes, à l'exception de deux petites diambres ornées d'arabesques d'un travail merveilleux. Ce qu'on regrette surtout, ce fut la grande salle, toute décorée de dorures et de peintures précieuses : on y voyait

entre autres les portraits du pape Clément VII et des cardinaux, ceux des rois et des princes de France, ceux des empereurs romains et grecs, et c'était de l'avis de tous la plus riche et la plus précieuse collection qui existât dans le royaume.

Reliff, de Saint Denys, IV, 522.

La noblesse ne voulait pas rester en arrière, presque tous les grands seigneurs avaient hôtel à Paris; pour n'en citer qu'un exemple, nous rappellerons celui du chambellan de Charles VI, Charles de Savoisy.

On connaît les causes qui amenèrent la démolition de son palais (1404). « Le roi intervint, mais tout ce qu'il put obtenir, dit Le Laboureur, fut peu de chose, si bien qu'il n'en put sauver que les galeries qui étaient bâties sur les murailles de la ville et qui furent conservées, en les payant selon l'estimation, pour la merveille de l'ouvrage, pour la rareté et pour la diversité des peintures. » A défaut de description, c'est tout ce que la tradition nous a conservé. Dans leurs manoirs de province les

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seigneurs de l'époque n'étaient pas moins magnifiques, nous avons sur ce sujet le témoignage d'un contemporain. L'auteur du Songe du Vergier, au chapitre troisième, représente les gentilshommes de son temps comme peu curieux des joustes autrement qu'en peinture. « Les chevaliers » de nostre temps font en leurs sales peindre » batailles et joustes à pié et à cheval afin » que par manière de vision ils prennent » délectation en batailles Imaginatives. »

Le haut commerce et la bourgeoisie tenaient à honneur de tenir leur place dans ce déploiement de richesses. Guillebert de Metz, qu'on ne saurait trop citer en pareille matière, a consacré un chapitre entier à la description de l'hostel de maistre Jacques DucHiÉ en la rue DES PROUVELLES. Ce qui le firappe le plus en entrant dans « la pre- » mière salle embellie de divers tableaux » et escriptures d'enseignements, atachiés » et pendus aux parois », est le luxe de décorations et de peintures, chez un bourgeois de Paris, lui cependant qui avait vu

de près les merveilles des palais des ducs de Bourgogne et Pintérieur des riches bourgeois des bonnes villes de la Flandre.

Dans la Dance Macabre, l'archevêque s'écrie avec regret :

Plus ne gerray en chambre painte ce qui prouve quel cas on faisait des peintures, plus estimées pour elles-mêmes, que comme objets de luxe et d'ostentation.

« Les arts s'appliquaient aux usages les » plus communs : les puits publics étaient » décorés avec élégance, leurs enchâsses » étaient peints, dorés et armoriés, celui » delà curie, de pierre, était surmonté d'une » statue équestre. Les portes de la ville » étaient ornées de sculptures et de pein- » tures. L'entrée solennelle des rois et des » princes était un sujet fécond de travail » pour les artistes. Les grandes fêtes reli- » gieuses étaient une occasion d'employer » les artistes; ils peignaient àtsystoires » sur papier renforcé et des chapiteaux » armoiries pour les torches que portaient » ces messieurs de la ville. Presque tous

» les artistes du moyen-âge en France » étaient français, en Berry ils étaient de » la province. »

GiRARDOT. Artistes de Bourges.

Les églises elles-mêmbs avaient leurs décorations spéciales et historiques sinon religieuses. Fillon, religieux carme, plus connu sous le nom de Jean de Venette, suppléant au silence des historiens de Paris, nous apprend dans la vie des trois marîes, écrite en iSSy, que la reine Jeanne d*Evreux avait fait exécuter de très-belles peintures sur l'autel des trois maries, au monastère des Carmes de Paris, à la place Maubert.

Ce n'était pas le seul monument artistique qui décorait ce couvent : il avait eu une puissante protectrice dans la même Jeanne d'Evreux qui lui fit des offrandes vraiment royales, et lui laissa entre autres dons toutes ses pierreries, aussi ne doit-on pas s'étonner des beautés artistiques qui la décoraient. Pour la sculpture nous renvoyons aux historiens de Paris et à la Sta-

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tistique monumentale de M. Alb. Lenoir, on verra que nous n'exagérons pas. Au côté méridional de Téglise conventuelle se trouvait un cloître, dont les côtés latéraux étaient ornés de peintures murales représentant les principaux faits du règne de saint Louis, les croisades et toutes les circonstances du voyage des Carmes de la Terre-Sainte en France.

Exécutées, il est vrai, au xiV siècle, ces compositions auraient pour nous un grand intérêt, si elles ne nous avaient pas, par exemple, donné le portrait fidèle de saint Louis, elles en eussent au moins reproduit le type dans ses lignes principales.

Les cloîtres se prêtaient admirablement à Texécution dz ces peintures historiques qui pouvaient se déployer à Taise sous leurs vastes arcades, un mot des contemporains nous en rappelle quelquefois le souvenir, n'existait-il que ceux-là? Il est permis d'en douter. Nous ne citons ici que des ouvrages anonymes, ayant donné la liste de ceux dont les auteurs sont venus jusqu'à

nous. Puisque nous parlons de l'illustration des cloîtres, c'est le lieu de rappeler une peinture beaucoup plus célèbre, la Dance Macabre qui se développait sous les arceaux du charnier des Saints-Innocents, ce sujet rentre dans notre cadre, nous y reviendrons. Guillebert de Metz (i435;, qui l'avait admirée dans toute sa fraîcheur nous dit que « illec se trouvaient painctures » notables avec escriptures pour esmou voir » les gens à dévotion. )) Le même auteur rencontrait aux Célestins, « paradis et enfer » en painture, avec autres pourtraits de » noble euvre en ung cuer à part. Item, » devant le cuer de Téglise à ung autel ou » est painte une ymage de Nostre Dame » de souveraine maîtrise. »

M. Leroux de Lincy, son savant éditeur, remarque que Millin ne dit rien de l'image de Notre-Dame et dit qu'il ne trouve nulle mention de la peinture du paradis et de l'enfer.

« Le cuer à part » doit être la chapelle d'Orléans et « les peintures » celles que fit

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exécuter le duc de Berry et en particulier celle de la mort frappant le duc et que M. de Laborde attribue à Colart de Laon.

La peinture du paradis et de l'enfer, signalée par Guillebert de Metz, nous rappelle un passage de la prière à la Vierge :

Femme je suis, povrette et anciemie, Ne riens ne scay, oncques lettres ne leuz; Au moustier voy, dont suis parroissienne, Paradis painct, où sont harpes et luz, Et ung Enfer où damnez sont boullus :

Uun me faict paour ; l'autre joie et liesse : La joie avoir fais-moy, haulte déesse, A qui pécheurs doivent tous recourir, Comblez de joy, sans faincte ne paresse; En ceste foy, je vueil vivre et mourir.

En composant ces vers, Villon avait-il en pensée ou sous les yeux la peinture des Célestins? Ce n'est pas impossible. Le but de toutes ces grandes compositions religieuses et morales, était d'instruire et d'édifier. Elles paraissent avoir été adoptées avec prédilection par certains ordres religieux qui se vouaient à la prédication : les

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dominicains et les carmes. Souvent on les trouve dans leurs couvents en France et à rétranger, prédication muette, mais élcn quente, pour les profanes et motif de sermon pour les prédicateurs, quand ils venaient y faire leur méditation solitaire.

Qui pourrait en douter après avoir lu cette description faite de main de maître d'un petit chef-d'œuvre ? Qui ne se transporte pas par la pensée devant la réalité, s'identifiant avec le page venu avec des idées mondaines et se retirant grave et réfléchi ?

« Parmi les merveilles de la peinture on » citera, quel qu'en soit l'auteur, les deux » tableaux de Saint-Bertin à Saint-Omer, » et plus particulièrement les deux scènes » de la vie du saint qui se détachent sur un » fond du cloître, dont les murs sont ornés » de peintures représentant une délicieuse » danse des morts. Un élégant page, con- » duit par un frère cicérone, admire atten- » tivement cette décoration et on l'admire » avec lui. »

De Làborde. Ducs de Bourgogne.

Ce petit clTef-d'œuvre éminemment frani^ais, faisait partie de la collection du roi de Hollande et a été vendu en 1849, il est contemporain de nos artistes, quoique un peu postérieur, et, comme le sujet qui précède, anonyme.

En 1 847, un critique, dont personne ne niera le talent et la compétence, écrivait ces lignes auxquelles on s'associe d'autant plus volontiers que Ion connaît le sujet qui les a inspirées. L'auteur, cédant à l'entraînement par amour du beau, faisait une excursion en dehors de son cadre qui commençait à la Renaissance ; en le citant nous restons dans les limites du nôtre.

« Qui nous révélera le nom du divin ar- » tiste qui a revêtu la voûte de la petite » chapelle de Jacques Cœur (à Bourges), » des plus merveilleuses peintures que la » France du xv® siècle puisse opposer à » ritalie ? Beaux grands anges aux radieux » et doux visages, aux cheveux d or, aux » longues robes blanches, ne nous mon- » irerez-vous point ce nom écrit sur votre

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» banderolle? Fût-ce un verrier, fût-ce un » miniaturiste qui dessina avec tant de » pureté et de hardiesse vos contours et » vos raccourcis? Vous êtes l'œuvre plutôt » d'un miniaturiste sublime, quoi qu'en » disent les grandes proportions de vos » figures (Jean de Fiesole et Jean de Bruges » ne nous ont-ils pas laissé de même de » vastes cadres et de délicieux missels ?) ; » œuvre, vous dis-je, d'un miniaturiste » français de la famille des Jean Fouquet, » car on est certain par Vasari, qui les a » si bien épiés, que pas un des habiles » maîtres de T Italie ne se trouvait vers » 1460 de ce côté-ci des Alpes. — Et les » fresques de Bourges sont-elles d'un maî- » tre ou non ? ( i ) » Ces louanges peuvent paraître exagérées ; pour qui a vu l'œuvre, elles ne sont que vraies. Qui empêche de voir dans ce maître anonyme François d'Orléans, qui paraît avoir passé sa vie à Bourges?

(i) De Chennevières-Pointel . Peintres provinciaux de l'ancienne France. II, 94.

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On pourra objecter que la fresque de Bourges n'est pas un tableau parisien, c'est vrai; mais il est français, et quoique d'une école provinciale, il nous appartient.

Nous trouverons d'ailleurs, sans sortir de Paris, des sujets qui, quoique anonymes, méritent l'attention : ils sont au musée du Louvre, et avec le portrait du roi Jean mentionné plus haut, les seules peintures historiques qui nous restent du xv" siècle.

Nous voulons parler de la descente de croix, peinte en 14 lo, et du tableau de la famille des Ursins qui date de 1444 ou 1449. Le premier était conservé dans la sacristie de l'église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés. Il fut recueilli au musée des monuments français, après la Révolution de 1789, par Alex. Lenoir; porté en 18 17 à l'église Saint-Denis, il en a été retiré pour être placé au musée du Louvre, où on le voit aujourd'hui. Ce tableau, précieuse épave de l'art français au xv* siècle, otfre un grand intérêt au point de vue de l'iconographie parisienne, il a été ainsi dé-

crit par Dom Bouillait, historien de Tabbaye.

c( On voit dans la sacristie un ancien » tableau qui a servi autrefois dans quel* M que chapelkoà l'abbé Guillaume (141 8) » est représenté à genoux, soutenant avec » respect par dessous les bras un christ » détaché de la croix, accompagné de plu- » sieurs autres figures assez mal dessinées, » selon la manière de ce temps-là, mais » dont les tctes sont bonnes et le coloris » d'une grande fraîcheur. Ce qui est le » plus à estimer dans ce tableau, c'est le » lointain où Tabbaye est représentée au » milieu des prés, environnée de tours » rondes, de hautes murailles et de fossés » profonds, comme Richard, prédécesseur » de l'abbé Guillaume, les avait fait faire.

» Le Louvre, avec ses grosses tours, y » paraît aussi de l'autre côté de la rivière » dans le même état qu^il avait été cons- » truit sous Philippe-Auguste. Le petit » Bourbon, à présent le garde-meubles » du roy, y est dépeint de la même ma-

» nièrc qu'il est encore aujourd'hui, sur- )) tout du côté de la rivière. On voit encore » plus loin, derrière ces édifices, la butte » Montmartre, et au sommet Tancienne » église avec le monastère des religieuses » tel qu'il était pour lors. »

Dans la chapelle de Saint-Rémy à Notre- Dame, fut inhumé en i43i, le célèbre prévôt des marchands, Jehan Juvénel des Ursins. Le tableau qu'on y voyait et où il était représenté avec sa femme et les onze enfants qui lui restaient des seize qu'ils avaient eus, a été heureusement sauvé de la destruction par M. Alex. Lenoir. Transporté du musée des P^^tits-Augustins au musée du Louvre en 1829, il se recommande à l'attention des amateurs par son origine, son sujet et son exécution. Montfaucon l'a reproduit et décrit. Il rappelle fatalement un autre monument de cette famille, ce missel de Jacques Juvénel des Ursîns, di^aru cwnme tant d'autres richesses artistiques dans l'incendie de l'HôteWe- Ville en 1871 et dont il formait

comme la préface. Les grandes miniatures de ce volume étaient de véritables tableaux, plusieurs ont été reproduits dans PHistoire GÉNÉRALE DE Paris, mais ils n'ont ni le mérite de Toriginal, ni la consécration du temps. L'intérieur de la Sainte-Chapelle et la procession de la Fête-Dieu, qui nous semble être plutôt celle de l'hostie miraculeuse des Billettes, allant de Saint- Jeanen-Grève à Notre-Dame, représente toujours des personnages de la famille des Ursins, qui seraient de véritables portraits historiques, paraît avoir une relation directe et intime avec des événements où furent mêlés des membres de cette illustre maison, bien plus qu'un intérêt général; nous ne serions pas éloignés d'y voir retracés certains faits dont elle s'enorgueillissait et dont il faudrait chercher l'explication dans des événements contemporains auxquels elle se trouva si intimement mêlée et dont il faudrait demander la clef à l'histoire de Charles VI par Jehan Juvénel des Ursins ou au Journal de Paris sous

Charles VI qui en est comme la contrepartie. Dans ce cas, le sujet de la grande miniature qui représente un enterrement dans le cimetière des Innocents, serait les obsèques d'un personnage de la famille, peut-être de Jehan Juvénel lui-même, alors la personne qui conduit le deuil, une femme, si nos souvenirs ne nous trompent pas, serait dame Michelle de Vitry, sa veuve.

Notre présence dans le grand cimetière PARISIEN, comme l'appelle Corrozet, remet en mémoire la Dance macabre qui y était peinte, et nous ramène à Jean d'Orléans. Le dernier acte où il soit fait mention de ce peintre, est celui où il résigne ses fonctions en 1408 en faveur de son fils François qui devait obtenir la survivance de sa charge. Aucun document ne nous est parvenu, on est autorisé à croire que les troubles de l'époque ne lui permirent pas de prendre possession de ses fonctions et que la part qu'il prit aux travaux de son père le fit oublier.

Toujours est-il que nous retrouvons Jehan d'Orléans à Paris en 141 6 préposé par les exécuteurs testamentaires de Jehan, duc de Berry, à la décoration de la chapelle des Vieux-Augustins où se devaient faire l^s obsèques de ce prince, mort à son hôtel de Nesle, au faubourg Saint-Germain. Puis, ce soin rempli, il se rend à jBourges avec ses collaborateurs pour y préparer la sainte chapelle fondée et enrichie par le duc, son bienfaiteur, son ami, son Mécène. Le roi Charles VI, dont il était le peintre ordinaire, était en proie à ses accès de folie dont les intermittences ne lui permettaient pas de protéger suffisamment ses amis, ses serviteurs, rien n'empêche d'admettre qu'il se soit attaché au prince le plus magnifique de son époque, qui rachetait ses défauts par son goût éclairé. Nous avons expliqué ailleurs que Jehan d'Orléans, sous Tinspiration du chancelier Jehan Gerson et la protection de Jehan, duc de Berry, avait composé les cartons de la Dance macabre qu'il exécuta, par lui et

par ses élèves, sous les arcades du charnier des Innocents en 1425.

Un seul argument pourrait détruire cette hypothèse qui a tout les semblants de la vérité et a laquelle on ne peur opposer d'objections sérieuses, si ce n'est que Jehan d'Orléans n'était plus en vie à cette époque. M. le baron de Girardot a réfuté victorieusement cette objection; les archives du chapitre de Bourges nous ont conservé un compte de 1423 relatif à rhorloge de la cathédrale qui nous intéresse à plus d'un titre. On trouvera ce compte qui est en latin aux pièces justificatives (n° 7).

En voici les passages principaux :

Le lundi du iv® dimanche de Carême, Jehan d'Orléans, peintre, reçoit pour la peinture du cadran neuf n écus.

Le mardi, 16 juin, le même reçoit pour la peinture de Phorloge neuf. . . xvi écus.

Le 5 juillet, on offre à maistre Jehan d'Orléans et à d'autres, une collation de pain;, vin et poires coûtant r i s. i d.

Le 26 octobre, il reçoit en espèces vi écus d'or.

Un acte capitulaire de 1426 charge au nom du chapitre, le Chantre de proposer à Pierre d'Orléans de fonder pour lui un obit comme acquit pour les xxiv écus que le chapitre de Saint- Etienne lui devait pouf la peinture de l'horloge. Le transcripteur de l'acte a mis par erreur Pierre au lieu de Jean, mais il ne peut y avoir d'hésitation, on possède aux Archives du Cher la quittance signée : Jehan d'Orléans.

M. de Girardot qui apporte cette solution se pose cette question; est-ce bien le même artiste que nous avons vu précédemment ou son fils? Après tout, dit-il, s'il avait pris sa retraite après 35 ans de service, il pouvait être en vie vingt ans plus tard. Un mot détruit cette objection :

le fils de Jehan se nommait François (voir l'acte de 1408) c'est bien le même personnage. Il devait résider habituellement à Bourges, auprès du tombeau de son bienfaiteur, ses travaux le prouvent suffisam-

ment. M. H. Boyer, bibliothécaire de la ville, dont il connaît bien l'histoire, nous a dit avoir trouvé notre Jehan d'Orléans, surnommé Grangier, ce qui prouverait qu'il était propriétaire et bourgeois de Bourges. Il n'y a ni invraisemblance ni impossibilité à ce qu'il eût exécuté dans Tinter valle la Dance macabre (1424) et fût venu à Paris à cette occasion, il payait ainsi la dette de la reconnaissance et exécutait les dernières volontés du duc Jehan de Berry.

Le compte capitulaire nous fait connaître un autre artiste, parisien d'origine et qui construisit la célèbre horloge dont il est ici question. Cette pièce, qui n'est pas sans mérite pour l'époque, était placée sur le jubé de Téglise, aujourd'hui elle ne marque plus les révolutions de la lune, des saisons; elle indique seulement les heures et est réléguée dans le bas de la nef, sous la tour méridionale.

(( Maistre Jehan Fusoris, maistre es ars )) et en médecine et bachelier en théologie,

» confesse avoir eu et receu de M. S. le » duc d'Orléans, la somme de douze vins » escus qui deue lui estoit pour deux or- » loges. — Fait, le dymenche wf jour de » janvier. Pan mil ccc un" et xvii. »

De Laborde. Les Ducs de Bourgogne, lll, 147.

Cette quittance nous donne le vrai nom du constructeur de l'horloge de Bourges, le compte de Philippe Châtelain le nomme FuRORis, ce qui ne présente pas de sens, il faut lire Jehan Fusoris, fils du fondeur (fusor). Le rapprochement d'époque, la similitude du prénom et dz la profession ne permet pas de distinguer ce personnage de celui qui est qualifié dans l'acte de 1428 de « scientifique et discrète personne maître JehanFusoRis, parisien, chanoinede Reims, versé dans la connaissance de l'astrologie, de la géométrie, de l'arithmétique et de la médecine. » Les épithètes sonnantes abondent sous la plume du secrétaire du chapitre, ce fut tout ce que retira de ses peines le physicien du xv* siècle, les comptes sont muets à son égard.

Des détails curieux se trouvent mentionnés touchant les travaux que nécessita la construction de Phorioge. On offre une collation à J. FusoRispour en accorder les cloches et timbres : du vin, et du meilleur, avec du pain, en font les frais.

A la date du 26 juin, on dépense en pain, vins et cerises pour maistre J. Fusoris qui, à ce moment, venait le matin de sa maison de Saint-Laurent 11 s. i d.

La même somme couvre les frais d'un autre festin où les poires remplacent les cerises.

Le jour où maistre Jean Fusoris, par amour de l'art et en souvenir des occupations paternelles, fond le plomb acheté à la monnaie de Bourges et en coule des contre-poids, on dépense pour son repas et celui de ses aides xx d.

Ces naïfs détails ont leur intérêt, et nous leur devons de connaître un artiste parisien ignoré peut-être sans eux. Son œuvre réparée en 1440, 1629, 1687 et 1627, subsiste encore, mais ne fonctionne plus comme

aux ours de sa jeunesse. Nous en donnons un dessin dans son état actuel.

• La date de la mort de Jehan II d'Orléans ne nous est pas connue, mais ne saurait être éloignée de 1426; la première fois qu'il est parlé de lui, c'est en 1364, c'est-à-dire soixante-deux ans auparavant, en lui donnant vingt ans seulement à cette date on trouve qu'il a atteint un âge auquel beaucoup d'hommes ne parviennent pas. Il n'est pas invraisemblable de supposer qu'il mourut à Bourges, auprès de François d'Orléans, son fils, dont il nous reste à parler.

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