ARRÊTE
Article i*^' Etienne LÉGLISE aîné et Etienne LÉGLISE pumé, resteront à Cherbourg en surveillance, sous la caution des dames Gallien et Dozonville, et ils se présenteront, tous les deux jours, à l'Hôtel de Ville, à midi.
Article u Le présent et les déclarations des frères LÉGLISE seront adressés au Sous-Préfet de Valognes, avec invitation de prescrire les mesures ultérieures qu'il croira convenable de prendre à leur égard.
Cherbourg, le 15 prairial an IX de la République une et indivisible.
Signé : DE La Ville.
l'émigration
Le lendemain i6 prairial, le Maire de Cherbourg apostilla, de la façon la plus tlaiteuse. la pétition que nous avons lue plus haut, avant de la transmettre aux autorités supérieures.
Les frères Etienne de LÉGLISE purent rester tranquilles à Cherbourg jusqu'à l'amnistie de 1802 qui mit fin à leur long exil.
Les Mé;72o/re5 du Che\alier de Mautort(dont jai parlé plus haut) qui quitta la France en 17(^2 et rentra en 1802, comme les deux frères L'ÉGLISE, donnent une idée exacte, je le crois, de ce qua été rémigration. Ils renferment un tableau navrant des déceptions, des souffrances, de la misère dont furent victimes les émigrés.
epuis mon enfance j'avais entendu dire autour de moi que la famille de L'ÉGLISE avait toujours été fermement attachée à la religion catholique. Cette croyance venait, sans doute, du zèle profond, de la grande ferveur que les représentants des dernières générations avaient apportés dans la pratique de leur culte. On n'avait pas fouillé le passé et on ne pouvait supposer que des catholiques si sincères, si pieux, eussent eu pour ancêtres des huguenots. C'est cependant la vérité, et j'ai pu m'en convaincre dès le début de mes recherches.
Ils avaient embrassé la réforme avec ardeur et des premiers. Parmi les documents qui en font foi. il faut rappeler ici le plus important de tous, les lettres patentes d'Henry IV, en faveur de Pikrrk dk L'EGLISE, que j'ai citées. Elles prouvent qu'en i5()6, les L'ÉGLISE étaient, depuis Umgtemps, de la religion réformée, puisqu'ils a\aient eu déjà, bien a\ant cette époque, et précisément à cause de leur qualité de protestants, de graves démêlés avec le Parlement de Bordeaux qui favorisait ouvertement les catholiques.
Jusqu'au x\iir siècle, ils n'ont pas \arié. puisqu'on ne trou\e trace pour eux d'aucun baptême, ma-
riage ou sépulture, sur les registres des paroisses, ce qui a rendu mes recherches encore plus difficiles. De plus, dans le courant des xvi'^ et xvii^ siècles, malgré leurs services signalés, ils ne font jamais partie d'aucun ordre du Poi. faveur réservée aux seuls catholiques.
Au moment de la révocation de l'édit de Nantes, ils restent fermes dans leurs croyances. A l'encontre de tant d'autres, qui firent alors une opportune conversion, ou s'inclinèrent avec regret devant la rigueur de la mesure, ils continuent à être victimes de leurs convictions religieuses et à supporter mille disgrâces. Nous avons vu qu'un des leurs, moins patient ou plus tracassé que les autres, passa en Angleterre et emporta, malheureusement, la meilleure partie des archives de la famille.
Ce n'est qu'après 1705, lorsque Daniel de L'ÉGLISE eut épousé Marguerite de BESSE, que nous trouvons des catholiques parmi eux. Les enfants, au nombre de sept, nés de ce mariage, furent tous baptisés. Quelle fut la raison qui détermina des parents protestants à prendre cette décision, ou à subir des influences qui s'imposaient peut-être ? Je n'en sais rien ; mais le fait est certain, car voici, par ordre de dates, les sept baptêmes que j'ai rele\és sur les registres de Saint-Barthélémy :
r Baptiste de L'ÉGLISE, baptisé le 3 juin 1706.
le 18 juillet 1707.
2" Baptiste-Michel
S"" Elisabeth
4'* Marthe-Elisabeth
5" Pierre
6*^ autre Elisabeth
7° Guillaume
le 24 août 1708.
le 20 juillet 171 1.
le 3 mars 1713.
le 9 mars 1715.
le 18 juillet 1716.
kELir.ioN 61
11 est vraisemblable que. si Daniel dp: L'ÉGLISE et sa femm3. quoique ferxents huguenots, se déterminèrent à faire rentrer leurs descendants dans la religion catholique romaine, ce fut pour ne pas leur imposer, dès leur naissance, une cause de dis«^ràces futures et afin de leur laisser pour 1 avenir la liberté dagir à leur guise. Il ne faut pas oublier que. dans les années qui suixirent la ré\ocation de ledit de Nantes, les rigueurs, exercées contre les protestants, furent portées à un degré excessif. L'accès de presque tous les emplois publics leur était interdit, ainsi que les grades dans l'armée. La première pièce réclamée, quand on se présente à un régiment, est un extrait baptistaire. Un père et une mère de famille pouvaient bien se demander, dès lors, si ce nétait pas une cruauté de faire supporter à leurs enfants le lourd héritage de leurs conxictions religieuses qui de\ait fermer l'avenir devarit eux et leur interdire toutes les carrières.
Ce n'est là que mon opinion personnelle. Je ne prétends pas qu'elle soit absolument juste, mais elle mérite bien quelque créance. Les documents qui vont sui\re \iendront encore la corroborer. Nous allons constater que, pendant plus de soixante années, cette question de religion n'a pas été absolument nette. Elle a donné lieu à des tiraillements, à des persécutions dont la famille a encore beaucoup souffert.
PiKRRK il Da L'Église, dont nous avons suivi pas à pas la longue existence, quoique a\ant été baptisé le 3 mars lyiS. se voit obligé, (pour répondre, sans doute, à des dénonciations, à des rapports calomnieux accusant un défaut de sincérité.) de demander à son curé. \\. de Melet. le 23 a\ril 1779. un certificat de
catholicisme. Et plus encore : bien qu'ayant fait baptiser tous ses treize enfants, et pratiquant luimême, ouvertement, la religion catholique romaine, il se croit dans la nécessité de prononcer une abjuration solennelle et publique du protestantisme, le 20 juin suivant, dans cette même église de Saint- Barthélémy, soixante-six ans après son baptême.
Voici le curieux certificat de M. de Melet et, à la suite, l'acte d'abjuration :
Je soussigné, curé de la ville et paroisse de Saint-Barthélémy de Laperche, au diocèse d'Agen, généralité de Guyenne, certifie à tous que M. de L'ÉGLISE de LALANDE, habitant la présente ville, ancien capitaine au régiment de Champagne, Chevalier de Saint-Louis, professe actuellement la religion cathoHque^ apostolique et romaine, ainsi que tous ses enfants, au nombre de treize ; qu'il est \q premier converti à la dite religion ; que son père, sa mère, son aïeul et aïeule, tant paternels que maternels, et enfin tous ceux de sa famille, avant lui, ont tous professé, ouvertement, la religion prétendue réformée, y sont morts et ensevelis hors l'église et cimetière de cette paroisse ; enfin que le père et la mère du dit de L'ÉGLISE ont été si zélés pour l'éducation de leurs enfants, dans la dite reUgion prétendue réformée, que mon prédécesseur fut obligé, pour arrêter la contagion, de présenter un placet à M. le Garde des Sceaux, il y a environ quarante ans, et obtint de ce Ministre, des lettres de cachet pour trois sœurs du dit de L'ÉGLISE, qui furent traduites au couvent des religieuses de la Visitation, à Agen, où elles ont été élevées à la Religion C. A. R. qu'elles professent encore heureusement. Au surplus il y a apparence que le dit de L'ÉGLISE DE LALANDE a fait son abjuration étant au service du Roi, ne l'ayant pas trouvée sur les registres.
En conséquence, j'ai donné le présent certificat, très véritable, pour servir au dit de L'ÉGLISE de LALANDE ainsi que de raison.
S/g-nt;.' Melet, Curé.
A Saint-Barthélémy de Laperche, le 23 avril 1779.
La signature est certifiée par M. D'Escures, conseiller du Roi, juge civil et criminel à Gontaud.