ACTE D'ABJURATION
Le 20 juin, a comparu dans notre é.i^lise de Saint-BarthcL-iny de Laperche, noble Piekre de L'ÉGLISE de LA LANDE, écuyer, Chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Champagne.
Là, étant en présence des t,;moins, nous a représenté qui désirant dessiller le public trop crédule, étant né de parents protestants et ayant sucé, dans ses jeunes années, le venin de leurs doctrines pestilentielles {sic), nous a déclaré qu'il renonce solennellement à toutes ses erreurs passées et qu'il croyait et voulait co«^/«zfÉ?r de pratiquer tout ce que l'Eglise C. A. R. croit et enseigna, et, en conséquence de cet aveu, nous lui avoni fait faire sa profession de foi, ainsi qu'elle est ordonnée par nos rituels ; laquelle profession a été couchée sur nos registres, les même jour, mois et an que dessus.
S/o-Aiéîs : L'ÉGLISE ; Teissier, ju.je du lieu ; Roque, premier échevin ; de Plathou, greffier ; David-Dupré, syndic ; MELET,curé.
Ces deux pièces sont curieuses et me semblent justifier, à bien des points de vue, l'opinion que j'ai émise sur le baptême des enfants de Danikl ds L'ÉGLISE.
Je vais transcrire une supplique que ce dernier avait adressée au Garde des Sceaux. Elle servira de corollaire au certificat de M. le curé de Melet, quoique dans plusieurs de ses parties, elle en soit la fiagrante contradiction.
Monseigneur,
Daniel de L'ÉGLISE, écuyer, sieur DE Lumeilloux, hahitant la ville de Saint-Barthélémy, ancien capitaine au régiment des Vosges, d'où il a été obligé de se retirer à cause de ses infirmités et où quatre de ses frères ont été tués, remontra
humblement à Votre Grandeur que, quoiqu'il ait toujours élevé ses enfants dans la Religion G. A. R. ainsi que l'atteste le sieur Paganel curé du dit Saint-Barthélémy, par son certificat légalisé par Monseigneur l'Evêque d'Agen, cy attaché, (je n'ai pas ce certificat), quelque ennemi secret aurait donné des mémoires contraires en Gour, sur le fondement desquels, par lettres de cachet, deux filles du remontrant furent prises, en l'année 1728, et conduites dans le couvent des religieuses de la Visitation d'Agen, où une autre de leurs sœurs est religieuse. Dans la suite ces deux filles urent transférées dans la maison des Dames de l'Enfant Jésus à Gasteljaloux, où elles sont actuellement.
Il a d'ailleurs trois garçons l'un desquels est lieutenant dans le régiment de Limousin, et les deux autres aux études, par où le remontrant est obligé à des dépenses très considérables pour
leur entretien
et étant avancé en âge, n'ayant aucun de ses enfants auprès de lui pour le secourir, ses affaires sont dans un dérangement déplorable. Et comme le motif de cette lettre de cachet était, sans, doute, de ce que ses filles n'étaientpas élevées dans la Religion C. A. R. quoiqu'elles 5^ fussent bien instruites, suivant le certificat du dit sieur curé^ les exercices qu'elles pratiquent dans le couvent, depuis la dite année 1728, les ont perfectionnées dans la doctrine de la dite Religion, laquelle le remontrant aura toujours un soin tout particulier de leur faire suivre, si Votre Grandeur a la bonté de permettre qu'il les retire auprès de lui.
Ge considéré. Monseigneur, il plaise à Votre Grandeur, permettre au remontrant de retirer ses deux filles de la maison des. Dames de l'Enfant Jésus de Gasteljaloux, pour rester en sa compagnie, promettant de les instruire dans la Religion G. A. R. et de les faire assister, assidûment, aux saint 5 offices de sa paroisse, et d'en rapporter des certificats tous les ans à Votre Grandeur.
A ces fins, enjoindre à la dame Maupas supérieure des Dames de l'Enfant Jésus à Gasteljaloux etc
Cette supplique dont je n'ai pas la date a dû être envoyée en 1781. .
Ce brave père de famille, privé de tous ses enfants..
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était un peu embarrassé, on le voit, pour se débrouiller', au milieu des ditVicultés qui l'entouraient et des accusations portées contre lui. La supplique quOn \ ient de lire n"est pas de nature à éclaircir la question et laisse encore l'esprit ouvert aux h\pothèses.
Mais il est temps de sortir des \aines subtilités et de conclure.
Ce qui ressort, le plus clairement, des documents que je \iens de produire, c'est que les LÉGLISE nont pas changé de religion sans dilliculté. Plus d'un demi-siècle a été nécessaire pour le*s confirmer dans leur nouvelle foi. Je vois dansce fait un argument de plus en leur fa\eur. étant donné les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient, et dont nous ne pou- \ons pas, à distance, comprendre tout le poids et apprécier les obligations. Leur résistance a toujours nui à leur crédit. \'ictimes de leur foi religieuse, on peut leur rendre ce témoignage, quà une époque de scepticisme, dans un siècle où beaucoup de catholiques d'origine affichaient le mépris de leur religion, ils ont fait preux e de constance et de fermeté.
Huguenots ou Catholiques, ils ont ser\i la France avec la même ardeur et le même courage. Le patriotisme est de tous les temps et de toutes les religions. 11 ne saurait être le monopole d'un seul culte pas plus qu'il n'est la propriété d'un seul peuple : car il est lui même une religion. \ ieille comme le UK^ide. et dont l'immense martx rologe embrasse tous les royaumes de la terre ; les enfants du Paganisme, adorateurs des idoles, ei les enfants de TLsangile adorateurs du \rai Dieu.