IV PRÉFACE
Comme un prisme éblouissant, elle fliussait les images ; comme un rideau merveilleusement tissé, aux couleurs chatoyantes, elle cachait aux yeux du monarque les douleurs de son peuple et étouffait ses légitimes doléances. Lorsque les grondements souterrains annoncèrent la prochaine irruption; lorsqu'il fallut enfin, brisant ce prisme, écartant ce rideau, voir, comprendre et écouter, il était trop tard; la noblesse de cour avait tué la Monarchie. Le peuple et Tarmée unis au Roi auraient pu la sauver.
C'est dans les camps, et devant l'ennemi, que les gentilshommes d'alors se fortifiaient et oubliaient les corruptions de la cour. '
Plus tard, ce fut aux armées de la République que se manifestèrent, précurseurs de l'épopée impériale, ces grandes vertus guerrières, ces merveilleux courages qui, en gardant toutes nos frontières menacées à la fois, masquaient aux yeux de l'Europe les échafiiuds de la Terreur et les hontes du Directoire. Ponsard l'a dit crûment : ces héros « fouettaient des Prussiens et non des Jacobines.»
De nos jours encore, au milieu des tristesses de ce dixneuvième siècle expirant, de quel côté devons nous regarder pour ranimer un peu nos espérances et notre foi dans la patrie Française ? Ce n'est pas à l'intérieur, ce n'est pas autour des pouvoirs publics; car là, au milieu de cette Cour d'un autre genre, le veau d'or est debout et rayonne; le veau d'or aujourd'hui vrai roi du monde et son seul Dieu. Prosternée devant lui, une génération entière Tadore, immolant sur son piédestal tout honneur, toute gloire et toute vertu .
Se détournant de ce spectacle odieux, il faut suivre nos soldats, nos marins, jusqu'aux extrémités de l'Orient. C'est là que s'est réfugié l'héroïsme, le désintéressement, avec le devoir et le sacrifice. Après Dieu, c'est en notre armée
PRKKACE
que nous devons mettre notre suprême espoir. C'est dans son sein que se trouvent, sinon les seuls, du moins les meilleurs serviteurs de la patrie.
Voilà les raisons pour lesquelles, alliant ma piété filiale à l'amour de mon pays, j'ai tenu à mettre en lumière cette famille de soldats, à faire revivre ces braves gens qui, pour prix des services rendus, du sang versé, ont trouvé leur récompense, non point dans la gloire et dans la fortune, mais dans le seul accomplissement de leur devoir, laissant à leurs descendants le plus beau des titres : un nom sans tache ; le plus beau des patrimoines : l'honneur.
Je termine ce préambule en transcrivant ici trois documents qui prouveront, mieux que mes paroles, combien les droits acquis, les titres les plus incontestables sont peu de chose pour prétendre aux fliveurs humaines. Ils auront en outre l'avantage de faire connaître, avant l'étude généalogique de cette belle famille, quelle était sa situation au siècle dernier.
Le 8 février 1766, M. de L'ÉGLISE de LALAKDE, Chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Champagne, habitant Saint-Barthélémy en Guyenne, adresse la supplique suivante au Ministre Secrétaire d'Etat au Département de la Guerre.
Monseigneur, sans protections ni c»innaissances,soit à la Cour soit à la Ville, j'ose me déterminer à m'adresser à vous, comme le protecteur des pauvres militaires, et la seule ressource à laquelle je puisse recourir, avec confiance, pour demander une çrâce, qui vous paraîtra just2 parce qu'elle est, je crois, conforme aux intentions du Roi.
Il est question. Monsei.i:;ncur, d'une place à PKcole militaire pour un de mes fils et d'une autre place à Saint-Cyr pour une de mes filles. J'ai actuellement onze enfants, dont je suis fort embarrassé eu égard à ma petite fortune, et ma femme est très avancée dans sa grossesse. Depuis six ans je m'épuise pour soutenir mon