‹ Une famille les d'AlègreChapitre 5 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De son mariage avec Françoise de Mailly, Antoine d'Alègre, seigneur de Meilhaud, avait laissé en mourant un fils, Yves, et trois filles, Isabelle, Renée-Angélique et Jeanne, enfants encore mineurs, que la mort de leur mère, survenue peu de jours après l'arrêt du 11 mars1, priva de leur seul soutien. De ces orphelins leur oncle Christophe d'Alègre, seigneur de Saint-Just, aurait dû être le naturel protecteur, car c'était, en somme, victime de sa querelle avec les Duprat qu'était tombé son frère Antoine. Mais, chargé, lui aussi,, d'une nombreuse famille, d'un naturel, je l'ai dit, malveillant et difficile, il paraît n'avoir rien fait pour tenter de venger l'assassinat de son cadet, et semble, même, ne s'être que fort peu inquiété du sort de ses neveux. Ceux-ci devaient, heureusement, trouver plus de secours auprès de leur oncle Yves

Je n'ai, jusqu'ici, parlé de cet Yves que pour mentionner ses démêlés judiciaires avec son frère Christophe, ou les bons rapports qu'il entretint toujours, au contraire, avec son frère Antoine. Et cette mésentente,

1 Exactement entre le 18 avril 1574, où elle lil son testament, el le 4 mai. où elle est dite être récemment défunte (Archives nationales, insinuations du Chàtelet, cf. Y 115, fol. -2W el 288).

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d'une part, ce parlait accord, de l'autre, paraissent bien, en réalité, avoir été cause de l'attachement témoigné, tout de suite, par Yves d'Alègre à ses neveux orphelins. Mais, si cet Yves entre, ainsi, seulement, en scène dans l'histoire de la famille, à l'occasion de la mort de son frère et de la tutelle de ses enfants1, et si, pour cette raison, je l'étudié seulement ici, alors que son titre d'aîné et de chef de sa maison auraient dû lui mériter la première place, ce n'est pas qu'il ne soit intéressant par d'autres endroits. Les divers détails que j'ai rassemblés sur sa vie en font, en effet, une physionomie assez curieuse, et ceux que j'ai retrouvés sur sa mort tragique continuent, de façon assez saisissante, la lamentable histoire de la maison d'Alègre, pour que les uns et les autres vaillent la peine d'être rapportés.

Né vers 1523-, Yves III d'Alègre avait l'ail son entrée

dans la vie publique, en I008, comme sénéchal du Puv-en-Yelay. En octobre de cette année, en effet, Henri II, « à la requeste et poursuite des députés, consuls et habitans du Puy, et moyennant la finance de 23.000 livres », avait créé dans cette ville un nouveau siège de sénéchaussée démembré de celui de

1 Je n'ai pas retrouvé d'acte authentique donnant ce titre de tuteur à Yve» III d'Alègre, mais il est désigné, expressément, comme ayant accepté cette charge par Simon Marion, dans la plaidoirie prononcée par lui, le 26 juin i:>82, devant le parlement de Paris, en faveur d'Yves IV d'Alègre, neveu du marquis d'Alègre. [Plaidoyers de Simon Marion, 160'J, in-8°, p. 378-379.)

: Bibl. nai., IV. 20.230, généalogie de la famille d'Alègre.

yves m d'alkgrk, marquis d'alègre 01

Nîmes, et les offices de ce siège ayant été, peu de temps après, adjugés aux plus offrants, le poste de sénéchal fut attribué à Yves d'Alègre, moyennant :».<><)() livres1. Mais, ce titre, M. d'Alègre ne le conserva pas très longtemps2, et, dès 1560, il ne porte plus que celui de gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, recevant, pour ces fonctions, des gages de 1.200 livres par an!.

Très peu après cette date, il semble, au reste, avoir abandonné l'Auvergne pour séjourner en Normandie. C'est là, du moins, que nous le retrouvons, lors de la première guerre civile. On sait que, dès le début de cette guerre, en avril 1562, les protestants s'étaient saisis de Rouen, dont ils restèrent les maîtres jusqu'en octobre. Or, M. d'Alègre fut parmi les gentilshommes du pays qui résistèrent le plus énergiquement à cette occupation. Dès le mois de mai, en compagnie de Jean, baron de Clères, de François de Briqueville, seigneur d'Auzebosc, et autres, il aidait Jean d'Estouteville, seigneur de Villebon, lieutenant au gouvernement de Normandie, à se saisir de la ville de Pont-de-l1Arche \

1 Chroniques d'Etienne Médias, bourgeois du Puy, publiée par A. Chassaing, 18.">9, in-4°, t. I, p. 498. — J.-A.-M. Arnaud, Histoire du Velay, 1816, in-8", t. I, p. 304 et suiv.

- Le nouveau siège de sénéchal créé au Puy par Henri II en octobre 1558, fut supprimé par lui en avril 15o9, puis rétabli en juin 1 5 ( » 0 par François II (J.-A.-M. Arnaud, Op. cit., t. I, p. 304-307).

8 Quittance de 300 livres donnée par Yves d'Alègre, gentilhomme de la chambre du Roi, pour un quartier de ses gages, le 6 décembre 1560 (Arch. nat., K 1722, n» 99).

4 Discours abrégé et mémoires d'aulcunes choses advenues tant en Normandie que en France depuis le commencement de l'an 1559 et principalement en la ville de Rouen, dans A. Héron, Deux chroniques delà ville de Rouen (Société de l'histoire de Normandie), 1900, in-S°, p. 206.

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« au grand dommage de ceux de Rouen, auxquels, toutes les semaines, arrivoient, auparavant, des vivres tant de ce lieu que d'autres estans plus haut, sur la rivière de Seine ' ». Un peu plus tard, ayant fait exécuter, autour du village de Blain ville, d'importants travaux de défense, et bien fortifié son château, qu'il avait pourvu d'artillerie, M. d'Àlègre tenta, de là, à plusieurs reprises, d'assez heureuses sorties contre la garnison de Rouen. « dans l'une desquelles il réussit à capturer aucuns bourgeois et soldats de la ville », qui s'étaient imprudemment aventurés hors les murs. C'est même pour délivrer ces prisonniers, et tirer vengeance de cette insulte que, dans la nuit du 15 au 16 août 1562, une véritable expédition tut organisée de Rouen contre Blainville, expédition qui parut, d'abord, devoir être couronnée de succès, car les huguenots arrivèrent, tout de suite, «à forcer « les tranchées et barrières » qui défendaient le village, pillèrent la collégiale et les autres églises, et saccagèrent les maisons des chanoines. Mais, « fort estonnez soudain de quelques coups d'artillerie qui leur furent tirez du chasteau », ils n'eurent que le temps de s'enfuir, en emmenant seulement prisonniers deux chanoines, et deux ou trois des principaux du lieu \ Enfin, lorsque, en septembre, l'armée royale, commandée par le duc de Guise, se présenta sous les murs de Rouen, M. d'Alègre paraît avoir été mêlé, d'assez près, aux opérations du siège. Dans une lettre adressée, plus tard, par lui au duc de Nevert, il prie ce dernier, non sans complai-

1 Histoire ecclésiastique des église* réformées au royaume de France, éd. Bauni et Cunitz. 1883-1889, in-8°, t. Il, p. 721. '- Discours abrégé..., dans A. Héron. Op. cit., p. 240-541.

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YVI2S III I) ALÈGBE, MARQUIS 1> A.LÈGRE 93

sance, Je se souvenir que, « aux premiers troubles, dit-il, et feu Monsieur de Guise menant lors la guerre en Normandie, là où, pour lors, j'estois retiré à ma petite maison, je ne luv fus du tout inutile, et lui donnai des advis qui luy servirent à exécuter nombre de beaux faits d'armes1 ». Nous ignorons évidemment beaucoup des eboses qui faisaient 31. d'Alèg're se décerner à lui-môme pareils éloges. Du moins, savons-nous, pertinemment, qu'il prit part au sac de la ville, le 21) octobre loG2, car, peu de jours après, Farcbidiacre et deux ebanoines du ebapitre de Rouen venaient demander à la Reine-mère restitution de l'or, de l'argent et des pierres précieuses de la cbâsse de Notre-Dame, « qu'aucuns soldats de M. d'Alègre avoient dérobée au cours du pillage " ».

A quel titre M. d'Alègre servait-il, alors, dans les Iroupes royales? Je ne saurais le dire, car ce n'est qu'en lob.") que nous le trouvons officiellement qualifié de « capitaine de trente lances des ordonnances du Roy ' ». Et si une dépècbe de l'ambassadeur anglais Smith veut que, au commencement de 1563, il ait été fait gouverneur de Rouen, je n'ai découvert, nulle part, confirmation de la ebose \

1 Lettre d'Yves d'Alègre au duc de Nevcrs, do Meilhaud, 16 mai 1577 (Bibl. nat., fr. 33:20, loi. 116).

e Discours abrégé .., dans Héron, Op. cit., p. 273.

3 Quittance délivrée par Yves d'Alègre, le 10 juin 156'> (Bibl. nat., pièces originales, fr. 26.516, n» 33).

* Lettre de Thomas Smith à William Cecil, i février 1563 (Calendars a/' State popers of the reign of Elisabeth, foreign série. 1563, w i:'.'1"1

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Un autre renseignement, le concernant, émané de la même source, et d'après lequel il aurait été envoyé, en 1563, en Espagne, auprès de Philippe II, est, lui, certainement, erroné1. C'est M. Clutin d'Oysel qui fut chargé de cette mission. On peut s'expliquer, du reste, la confusion ; car, en même temps que M. d'Oysel était expédié auprès du Roi Catholique, et que René de Birague était accrédité extraordinairement auprès de l'Empereur, M. d'Alègre l'était auprès du Pape, et ces trois ambassades se rattachaient à un ensemble de négociations poursuivies, alors, très activement, par la cour de France.

L'objet commun de ces négociations était de faire revenir ceux auprès desquels elles étaient menées de la mauvaise impression produite sur eux par la promulgation de l'édit d'Àmboise (19 mars 1563), et par les concessions faites en cet édit aux réformés de France. MM. d'Oysel, Birague et d'Alègre devaient, dans ce but, représenter aux souverains près desquels ils étaient envoyés que, en signant l'édit de pacification, « le Roy n'avoit eu l'intention ni d'établir, ni mesme de souffrir la nouvelle religion dans le royaume », que, au contraire, « il estoit tout prêt à s'unir aux autres puissances catholiques d'Europe, pour lever et dissiper les diversités d'opinion qui séparaient les chrétiens », et que le concile lui paraissait bien être le moyen le plus sur d'y parvenir; mais, — et c'était là le second point des instructions des ambassadeurs de France. — un concile général et œcuménique plus largement ouvert que celui

Du Qiènie au même, le 12 mars 1563 [Ibid., n« 43S j .

YVES III D ALKGRK, MARQUIS D ALKGRE 95

qui se tenait, dans le moment, à Trente, un concile auquel, disait le Roi en ces instructions, « ceux qui diffèrent d'opinion avec nous, soit de nos sujets ou autres, puissent librement assister », un concile réuni ailleurs qu'en Italie, car « cette situation du lieu de l'assemblée est suspecte aux réformés qui nient qu'elle soit de sûr accès », un concile assemblé, par exemple, en Allemagne, et où tous pourraient être admis à s'expliquer1.

Il est inutile de dire que pareil appel, qui témoignait, tout au moins, de singulières illusions chez ceux qui, en le lançant, semblaient oublier le lamentable échec du récent colloque de Poissy, que pareil appel, dis-je, n'avait aucune chance d'être entendu des souverains auxquels il était adressé. Aussi bien, n'y avait-il là, peut-être, de la part de la Reine-mère qui dirigeait les négociations, qu'un moyen de légitimer, après coup, la paix d'Amboise, en laissant supposer qu'une répression pacifique de l'hérésie lui semblait encore dans l'ordre des choses possibles. Mais la suite des instructions données, en particulier, à M. d'Alègre laissait assez entrevoir combien la cour de France demeurait sceptique sur la conclusion « amiable » du conflit religieux. D'une part, en effet, M. d'Alègre avait ordre de presser le Saint-Père d'accorder au roi de France l'autorisation déjà sollicitée par lui d'aliéner une partie des domaines ecclésiastiques, pour subvenir, le cas échéant, aux

1 « Sommaire de l'ambassade de M. d'Alègre à Rome » (Bibl. nat.. l'r. 6619, fol. 3 et suiv.).— Lettre de Catherine de Médicis à Bernardin Bochetel, évoque de Rennes, du 30 avril 1563 [Lettres de Catherine de Médicis, éd. La Perrière, t. II, p. 27). — De Thou, Histoire universelle, trad. fr. de 1734, t. IV, p. 573-57...

nécessités de la lutte contre les réformés ; d'autre part, il avait reçu secrètement une charge plus significative encore, et tout à fait opposée à l'espoir dont semblait ofliciellement se bercer la cour de France, celle de sonder le Saint-Père sur la possibilité d'une entente offensive contre l'hérésie entre le Saint-Siège, la France, l'Empereur et le roi d'Espagne.

D'Alègre nous a laissé le récit très curieux des mystérieux pourparlers, au cours desquels cette partie de sa mission lui fut confiée.

« Quant à ce qu'il a pieu à Sa Majesté commander audict d'Alègre de bouche, écrivait-il, plus tard, à la Reine-mère, elle se souviendra, s'il luy plaist, que, au lieu de Chenonceaux, en souppant, elle luy tint propos d'une veue, qu'elle désiroit qui se peust faire, du Pape, de l'Empereur, du Roy et du Roy Catholique, dont elle disoit n'avoir communiqué, encores, avec personne, sinon avec le sieur d'Oysel que, peu auparavant, elle avoit envoyé en Espagne, auquel elle en avoit donné quelque charge, deffendant très expressément audict d'Alègre qu'il n'eust, en façon quelconque, à se déclarer. nv à se laisser entendre à personne vivante sur ce faict, sinon à Monseigneur et à Madame de Savoye, en passant, auxquels il diroit que la Reyne en avoit desjà communiqué avec Monseigneur le Légat1, lequel elle avoit trouvé assez disposé à cela, dont elle le vouloit bien advertir, luy priant que, comme de luy mesmes, il en vouloist tenir propos audict seigneur Légat, lui remonstranl combien ladicle veue seroit utile et nécessaire à la chrestienté.

* Hippolyte d'Esté, cardinal do Forraro, légat on France

« De laquelle veue elle lui deffendoit en faire semblant à Rome en aucune manière, mais bien, si Sa Sainteté luy en parloit et faisoit démonstration de le désirer, (ju'il ne feist, sur ce, aucune responce, ny feist semblant, en cela, d'avoir aucunement entendu le voulloir de la Reyne ; mais qu'il sceust de Sa Sainteté s'il trouvoit bon qu'il dépeschast en dilligence vers la Revne pour luy faire entendre ce que de par luy luy en avoit t'sté dict, et, s'il trouvoit bon cest expédient, que ledict d'Alègre dépeschast en toute dilligence le sieur de Marri ihu mont, secrétaire du Roy ', vers Leurs Majesté/. pour leur faire entendre, bien au long, le contenu de ce qu'il auroit appris.

« Sur ce point, Sa Majesté, s'il luy plaist, se souviendra que, le lendemain qu'elle eut faict audict d'Alègre cest honneur de lui communiquer ce faict, il se trouva, de bon matin, à son lever, et luy dit ces propres mots : «Madame, j'ay à vous dire chose de conséquence, « et vous supplier vous vouloir tirer un peu à part, « afin que je les vous die. » Sa Majesté appela ledict d'Alègre à part, qui luy dit : « Madame, la négociation, « que vous m'avez commandé de tenir si secrète, est « commune et publique, aujourd'huy, par toute ceste « court. Car, afin que vous n'imputiez la faute à mov, « après que je serai party, je vous veulx bien dire que « ung seigneur de ceste compagnie m'envoya, arsoir, « quérir en sa chambre, là, où estant, il me dit : « Monsieur d'Alègre, je suis bien informé que, là où « vous allez, vous avez charge de parler d'une veue,

1 Pierre Glausse, seigneur de Marchaumont, secrétaire du Conseil, plus tard chambellan du duc d'Alençon.

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« comme aussy a eue M. d'Oysel. Mais tenez pour certain « que c'est un des plus grands dommages qui puissent « advenir à ce royaume, si cela sort à effect, et, pour « ce, pensez-y, vous que je congnois estre bon service teur du Roy, de ne prendre ceste charge, que vous « ne l'ayez bien signée du Roy et de la Reyne, afin que. « si, à Tad venir, on vous en voulloit faire rendre compte. « vous ne fussiez désavoué ». Le susdict seigneur, ledict d'Alègre nomma alors à la Reyne, qui croit qu'elle s'en souviendra; et la responee que icelluy d'Alègre luv feit fut qu'il n'avoit jamais ouy parler de chose approchante de cela1. »

On le voit, la mission de d'Alègre était assez délicate. 11 lui fallait justifier, auprès du Saint-Siège, la récente pacification accordée aux protestants, en semblant ne pas douter du succès d'un concile général ; et, en même temps, il devait amener habilement le Pape à se prononcer sur l'appui qu'il entendait donner au gouvernement français, au cas où celui-ci reprendrait les hostilités vis-à-vis des réformés. Pour un homme rompu à toutes les roueries et les subtilités delà diplomatie, il y aurait eu, là, une tâche fort difficile ; elle devait être écrasante pour M. d'Alègre que rien, jusqu'alors, n'avait préparé à ce rôle.

Il paraît bien pourtant s'être appliqué à le remplir avec une docilité touchante, la plus extrême prudence, et une discrétion rare. Sur le point le plus essentiel, celui d'obtenir du Pape la déclaration spontanée du secours qu'il entendait prêter à la Krance, au cas d'une action commune contre les réformés. M. d'Alègre pré-

1 « Sommaire de l'ambassade à Rome de M. d'Alègre. » (Bibl. nal.. fr. 661 Mol. 32-33 ,.

tendit bien, toujours, en particulier, avoir obéi à ses instructions, ne s'être avancé en rien, et que le Pape lui avait, le premier, tenu le propos d'une ligue des princes catholiques avec un dépôt de 300.000 écus. Et on peut le noire de bonne foi, quand il se justifie auprès de la Reine de l'accusation d'avoir outrepassé sa charge, et découvert son gouvernement. Mais, si, lui, avait été discret, d'autres l'avaient moins été, et, dès l'arrivée à Home de l'ambassadeur extraordinaire de France, il semble bien que la politique à double jeu de Catherine de Médicis avait été percée à jour, et que le Pape ne souhaitait rien tant que la divulgation de ses projets et de ses calculs pour forcer la main à la politique française et l'amener à reprendre la lutte contre les réformés. M. d'Alègre s'en douta bien ; mais ce qu'il paraît n'avoir jamais compris, c'est que la Reine, voyant ses desseins démasqués, et le bruit répandu partout d'une prochaine entente entre la France et le Saint-Siège, bruits qui ne pouvaient, que nuire à sa politique de pacification en France, n'avait qu'un moyen de sauver la face, c'était de désavouer son chargé d'affaires. Elle le fit avec brutalité. Dès le 10 août 1563, celui-ci avait écrit à la Reine que, selon ses instructions, il avait scrupuleusement attendu que le Pape lui parlât du fait en question, avant de lui en dire un seul mot, que c'était comme de lui-même que le Saint-Père s'en était ouvert à lui. un jour qu'il l'avait envoyé quérir, après dîner, à Saint-Marc, et se promenant avec lui familièrement en une galerie1. Cette lettre resta sans

1 « Sommaire de l'ambassade à Home de M. d'Alègre. » (Bibl. nat., fr. G619. fol. 33 v°, 34 v°).

réponse jusqu'au 3 octobre, où la Reine, bien informée alors, d'autre part, que le Pape n'avait parlé que parce que le secret de la négociation était éventé depuis longtemps, écrivit au malheureux d'Alègre la lettre la plus mortifiante, dans laquelle elle l'accusait expressément de grave manquement à ses instructions. « Car, lui mandait-elle, il faut que je vous die que j'ay trouvé fort estrange ce que vous m'avez dernièrement escript, comme vous aviez mis en avant, par delà, à nostre Saint-Père de faire une ligue de princes et un dépost de 300.000 escus; car, si vous vous souvenez bien des charges et instructions que vous emportastes quant et vous, à vostre partement, vous trouverez qu'il ne vous fut rien commandé de semblable, ny par le Roy, monsieur mon fils, ny par moy ; au moyen de quoy, si vous en avez parlé à nostredict Saint-Père, cy-devant, regardez, en premier lieu, à n'y passer oultre et à rabiller, qui plus est, ce que vous pourrez avoir faict en cest endroict, luy faisant entendre bien clairement que vous avez parlé de cela comme de vous mesmes, et sans que vous en eussiez aucune charge de nous, carie Roy ne trouve pas qu'il luy faille autre plus estroicte ligue, pour le bien de ses affaires, que la paix universelle qui est entre les princes chrestiens ses amys, voisins et alliez1. » « Ledict M. d'Alègre, est-il exposé dans le Sommaire de son ambassade qu'il nous a laissé, ledict M. d'Alègre recevant ladicte lettre de Sa Majesté se trouva fort eslonné, voyant que on luy mettoit à sus chose à quoy il n'auroit jamais pensé, qui estoit d'avoir parlé au

1 Lettre de Catherine de Médicis à M. d'Alègre. du 'à octobre I 563 (Lettres de Catherine de Médicis, t. H, p. 419-420).

YVES Mi D ALEGRE, MARQUIS L> ALEGRE 101

Pape d'une ligue et d'un dépost de 300.000 escus, et que c'estoit très en sens contraire le service qu'il pensoit avoir l'aict. » Aussi, tout de suite, écrivit-il à la Reine une lettre où il protestait énergiquement de son innocence.

Madame, lui mandait-il, j'ay veu la lettre qu'il vous a pieu me faire cest honneur de m'escripre par le sieur Luca Manelli, pour obéir à laquelle, je ne fauldroy de aller trouver Vostrc Majesté au plus tost que j'en aurai peu recouvrer le moyen, qui ne me sera sitost ofîert comme je désire avoir cesle grâce et cest honneur de vous pouvoir aller faire très humble service. Quant à ce qu'il vous plaist me mander que je me souvienne de ce qui m'a esté enchargé au partir, je crois, Madame, que n'aurez oublié les commandements qu'il vous pleut me faire, lesquels s'il se trouve que je y aye excédé en rien, je en attends, de bon cœur, la punition que méritera mon outrecuidée témérité, pour laquelle recevoir j'espère, incontinant qu'il me sera permis m'acheminer, aller la part où sera Vostre Majesté. Au reste, Madame, le bruit est icy tout commun que vous avez dépesché le nunce ' par deçà en partie pour l'affaire dont il vous a pieu me donner charge; et, afin qu'il vous plaise entendre en quels termes il l'a trouvée à son arrivée, je vous diray que je n'y avois point si mal besongné que l'on ne m'eust parlé de consigner 300.000 escus en ung lieu pour soudoyer vos forces, toutes fois et quantes que le Roy les voudroit mettre sus, et m'eust dit davantage que, si, sur ce que je vous ay escrit par le sieur de Marchaumont, je avois bonne responce, Sa Sainteté vous en feroit encore entendre davantage sur la ligue qu'il m'avoit dit voulloir faire avec vous. De vous avoir escript cela, il me semble que, suivant vostre commandement, il ne vous peult estre désagréable. Mais, puisqu'il vous a pieu en donner la charge à un autre, je seray très aise que Vostre Majesté se

1 Prosper de Sainte-Croix, évoque d'Albano. nonce en France.

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trouve servie comme elle désire. De ma charge, Madame, je m'assure que Nostre-Seigneur me fera la grâce de vous en rendre meilleur compte que vous n'avez espéré, ou que par adventure on ne vous a faict entendre l.

Mais cette lettre demeura sans réponse, et le malheureux d'Alègre, voyanl qu'on l'oubliait à Rome, « ne sachant ce qu'il devoit faire, ou demeurer là, ou s'en revenir, et ne pouvant faire, d'ailleurs, ni l'un ni l'autre, sans estre secouru d'argent, fut contraint d'emprunter de ses amis le mieux qu'il put, et peu à peu se retirer, satisfaisant à un chacun, comme luy fut possible3 ».

.Nous ne savons rien du retour de M. d'Alègre à la Cour. Mais il ne semble pas qu'on ait tenu rigueur à l'homme du désaveu que la Reine avait dû infliger à l'ambassadeur, car, en lo65, nous le trouvons qualiGé de chevalier de Tordre du Roi :i, et, en 1567, de capitaine de cinquante hommes des ordonnances *.

Au surplus, à partir de ce moment, nous n'avons sur lui, pendant plusieurs années, <|ue des détails d'ordre privé, détails relatifs surtout à la continuation de ses

' « Sommaire de l'ambassade de M. d'Alègre. » (Bibl. nat , fr. 6619, fol. 36 v°-37).

* Ibid., fol. 34 v°-35, 36.

3 Quittance donnée par Yves d'Alègre, chevalier de l'ordre, capitaine de 30 lances des ordonnances, le 10 juin 1565 (Bibl. nat., pièces originales, fr. 26.516. n° 33 .

1 Quittance donnée par Yves d'Alègre, chevalier do l'ordre, capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances du roi, 0 juin 1367 [Bibl. nat., pièces originales, fr. 26.546, ri" in .

différends avec son frère Christophe d'Alègre, seigneur de Saint-Just. Ces différends portaient, on s'en souvient. sur deux points : d'une part, sur le règlement de l'héritage de leur mère en Normandie, et notamment sur L'attribution faite à Yves et contestée par Christophe <1<% la seigneurie île Blainville; d'autre part, sur la rente primitivement due à la maison de Luxembourg' par la maison d'Alègre, rente dont Yves avait été chargé de rembourser le capital qui, l'ayant été par Christophe, était maintenant réclamé par ce dernier à son aîné. Or, si, sur le premier de ces points, le parlement de Paris retardait toujours sa décision, sur le second, cette même juridiction, par un arrêt du 13 avril 1568, donnait détinitivement raison à Christophe. On se rappelle que, pour éteindre la rente en question, ce dernier avait cédé aux Luxembourg- la terre d'Obsonville. L'arrêt du parlement déclarait que, en conséquence de celte cession, « une terre de pareille valeur, qualité et bonté » devrait être rendue à son frère par Yves d'Alègre. et condamnait, de plus, ce dernier à rembourser à Christophe les arrérages échus de cette rente qu'il avait dû payer1. Puis, comme, en dépit de ce premier arrêt, Yves ne se pressait pas de s'exécuter, le II mai 1572, la cour ordonnait, par un second arrêt, que « dans quatre mois, Yves d'Alègre payeroit à Christophe d'Alègre, son hère, les sommes contenues dans l'arrêt du 13 avril 1508, sinon qu'elles doubleroient et tierceroient suivant l'ordonnance- ».

1 Archives nationales, parlement civil, X'Mtc"2, lui. 806.

; Archives nationales, parlement civil, plaidoiries, Xu«*»037, fol. -17

ri v.

104 LES d'aLÈGRE

Que ce soit celte double condamnation qui, achevant de séparer Yves d'Alègre de son frère Christophe, Tait décidément amené à reporter, comme j'ai dit qu'il le fit, toute son affection sur les enfants de son frère Antoine, assassiné en 1573, la chose est fort vraisemblable, d'autant que, à ce moment, bien que marié, depuis le 26 septembre 1551, à Jacqueline d'Aumont, fille de Pierre d'Aumont et de Françoise de Sully, il n'en avait point de descendants, et vivait même séparé de sa femme. Ce qui est certain, c'est que, après la mort de M. de Meilhaud, il s'était fait nommer tuteur de ses neveux et que, pour obtenir et mériter cette tutelle, il avait fait, le 0 avril 1574, donation à son neveu, Yves, de 6.000 livres de rente à prendre sur ses biens, et à sa nièce, Isabelle, d'un capital de 20.000 livres à toucher (juand elle serait nubile1.

Les graves événements politiques qui suivirent, et auxquels il fut mêlé, allaient, d'ailleurs, amener M. d'Alègre à s'attacher plus particulièrement et plus étroitement encore son neveu, Yves.

Ces événements sont ceux qui marquèrent le début du règne de Henri III.

Aussitôt après l'accession du nouveau roi, les troubles civils avaient, en effet, repris. La répression du complot des Politiques, formé, à la veille de la mort de Charles IX,

1 Cette donation est mentionnée dans un arrêt du Grand Conseil, du 30 octobre 1587 (Arch. nat., V5 145), et dans un autre arrêt du 28 avril 1588. — signilié le 13 novembre 1021 (lbid., V 330).

yves ni d'alègre, marquis d'alègre 10b

entre les réformés et les catholiques modérés, les « Politiques », n'avait atteint en somme que des comparses : La Molle et Goconat. Mais des véritables organisateurs de ce complot, le maréchal de Montmorency, seul, était prisonnier ; le duc d'Alençon et le roi de Navarre étaient rentrés en grâce; le maréchal Damville, bien que destitué, le 4 mai 1574, de sa charge de gouverneur de Languedoc, restait à la tète d'une armée de 15.000 hommes, dans le Midi; le prince de Condé et M. de Tlioré, qui avaient pu fuir à temps, s'étaient réfugiés en Allemagne1 ; enfin, les protestants du Dauphiné, commandés par Monthrun. n'avaient pas eux non plus déposé les armes2. Aussi, à peine Henri III était-il revenu de Pologne, qu'intrigues, manifestes et même actes d'hostilité ouverte s'étaient multipliés. Pendant son voyage dans le Midi, à la lin de 1574, le Roi avait pu voir l'armée de Damville s'emparant de la ville de Saint-Gilles presque sous ses yeux, et l'assaut donné par les troupes royales à Livron repoussé avec accompagnement d'injures à son adresse par les défenseurs de la place3. Puis, pendant toute l'année 1575, ce n'avait été qu'un général soulèvement de tous les partis. Réunis à Millau, au mois de juillet 1574, protestants et politiques avaient arrêté les articles de leur programme et de leur union, et, le 11 avril 1575, avaient fait

1 F. de Crue, Le parti des politiques, au lendemain de la Saint-Barthélémy. La Molle et Coconat, 1892, in-8°, passim.

8 J.-II. Mariéjol, La Réforme et la Ligue. — L'Edil de Nantes (1559- 1598), dans E. Lavisse. Histoire de France, t. VI, 2e partie, p. 140-143, 165-167.

3 H. de la Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. V, introduction, p. XLV-XLVI.

exposer leurs doléances au Jioi parties députés1. Le prince de Gondé qui, «lès le 12 juillet ]i>7i. avait Lancé d'Allemagne un manifeste, où il réclamait la liberté de conscience, et demandait la réhabilitation des victimes de la Saint-Barthélémy3, signait, le 27 septembre ri~">, avec Jean-Casimir, lils de l'Electeur palatin, Frédéric 111, un traité lui assurant la levée en Allemagne de iO.IHlO retires, et négociait, en même temps, en Suisse, le recrutement d'autres mercenaires "'. Peu de jours avant, le 15 septembre, le duc d'Alençon, s'échappant de la cour, s'était mis cà la tête des mécontents \

Le prince de Condé annonçant l'arrivée imminente des premiers secours d'Allemagne, le plan des réformés était, comme déjà lors des troisièmes troubles, de préparer, dans le centre du royaume, la jonction des forces réunies dans le Midi avec les troupes venant de l'étranger, pour, avec cette armée, placée sous le commandement du duc d'Alençon, écraser celle du Roi. Et, à vrai dire, celte dernière paraissait incapable de résister. Un premier détachement de 2.000 retires commandés par M. de Thoré fut bien, le 10 octobre 1575, écrasé à Dormans par le duc de Guise'. Mais celui-ci gravement blessé, et dont on se méliait du reste, ainsi que du due de Mayenne, son frère, allait pour longtemps être mis hors de combat.

' F. de Crue.. Op. cit., p. 253-^4, :2j'.i-:>60.

2 Déclaration du prince de Condé, Kppenheim, 12 juillet 1574 (Bibl. nat., fr. 4805, fol. 5-v» 91).

3 Traité entre le prince de Condé et Jean-Casimir, du 27 septembre 1575 (Bibl. nat., Yc Colbert, vol. 399, fol. 133 .

' F. de Cru.', Op. cil., p. 291.

li. de Bouille: Histobv des ducs de Guise, 1850, in-8»,t. III. p. 16 20.

La Reine-Mère, reprenant la direction des affaires,

avait, alors, tenté d'empêcher, par sa seule diplomatie, ce qu'elle pensait ne pouvoir arrêter par les armes, et, se tournant, d'abord, du côté «lu duc d'Alençon, elle avait, au prix des cinq villes d'Angôulême, de Niort, de Saumur, de Bourges et de la Charité, obtenu de lui, le N novembre, la signature d'une trêve de six mois1.

Restait, toutefois, l'armée d'Allemagne, dont les chefs devaient être moins facilement réductibles. Envoyés vers Condé, M. de Beaufort, au nom du Roi, M. de Bournonville, au nom du duc d'Alençon, lui offrirent bien 500.000 livres, pour le dédommager de ses armements, s'il voulait renoncer à passer la frontière-'. Comme seule réponse, le prince refusait officiellement, le 22 novembre, de rat i lier la trêve signée par le duc d'Alençon3, et, le 11 décembre, les troupes étrangères, massées à Strasbourg, quittaient la ville, pour aller faire leur montre près de Salonne \ en Lorraine, et, de là, se concentrer à Charmes*, où elles parvinrent le

1 « Ce qui a eslé accordé entre ta Reyne, mère du Roy, et Monseigneur le duc d'Anjou, .-oubs le bon plaisir du Roy, à Marigny-Marmande, le s novembre 1575 »(Bibl. nat., V Colbert, vôt. 399, fui. 2:;o cl suiv., cl 278-282).— Cf. De Crue. Op. cit., p. 300.

: Instructions données par le duc d'Anjou à M. de Bournonville, Chàlellerault, le 9 novembre 157a [lbid., fol. '248). — Recueil des choses jour par jour advenues en l'armée conduite d'Allemagne en France par M. le prin:e de Condé pour le restablissement de lestai du royaume et nommément pour la religion, commençant au mois d'octobre 1575 et finissant au >nois de mai suivant ijue la paix fut publiée à Eligny, près Sens. 1577, in-16, p. 18 et suiv. — Mémoires de la Huguerye, éd. 'le Ruble. 1877, in-8°. t. I, p. 354 et suiv.

3 Refus de Condé de ratifier la trêve, de Strasbourg, le 22 novembre lo75 (Bibl. nat.. Vc Colbert, vol. 399, fol. 296-300).

' Salonne. ancien département de la Ifeurthe, arrondissement et canton de Château-Salins.

5 Charmes, Vosges, arrondissement de Mirecourt.

108 Li;s D A.LÊGRE

2 janvier 1576. C'est là que M. Pomponne «Je Bellièvre rejoignit Condé, chargé d'essayer, une fois de plus, de l'arrêter, tentative aussi infructueuse que la précédente, car, le 5 janvier, l'armée repartait de Charmes, et, prenant son chemin par Housse ville ], Removille -, Autigny-la-Tour J, allait passer la Meuse à la hauteur de Bazoilles \ au-dessus de Neufchâteau6, et entrait en France, le M janvier6.

Bellièvre, qui vit cette armée à Charmes, en parle avec un certain mépris. « Ce sont jeunes princes, écritil au Roi, le 5 janvier, ce sont jeunes princes et soldats affamez qui trouvent belles les entrées à la guerre. Mais tout ce qui est icy n'a moyen de forcer un villaige clos de palissades, pourvu qu'il y ait des gens à le deffendre. Us ont quatre canons, six moyennes, et de munitions si peu, que ce seroit presque pour l'harquebuserie, s'ils en avoient nombre. Leurs Franrois sont piètres et la plus part Lorrains, gens qui ne semblent estre pour faire faction. Ils sont 500 en nombre, 1.500 lansquenechts qu'ils disent ne valoir rien, et font compte de s'en servir pour pionniers. Leurs Suisses, pour certain, ou pour le savoir de ceulx qui les ont comptés, n'arrivent pas au nombre de 3.000. Quant à la cavalerie, s'ils

1 Housséville, Meurthe-et-Moselle, arrondissement de Nancy, canton d'Harouc.

2 Removille, Vosges, arrondissement de Neufchâteau.

: Autifjny-la-Tour, Vosges, arrondissement de Neufchâteau, canton de Coussey.

1 Bazoilles, Vosges, arrondissement et canton de Neufcliùteau.

5 Neufchâteau, Vosges.

r' Recueil des choses jour par jour advenues en l'armée conduite d'Allemagne, p. 2N et suiv. — Mémoires de la Huauerye, t. I, p. 36:2 et suiv.

sont 6.000 combattans, c'est au plus que l'on peut dire, parmi lesquels il y a 2.000 garsons qui ne sont aucunement de faction1. » Et ce n'est pas, encore, avec pareilles gens, conclut un Mémoire anonyme, de la même époque, que « les Allemands, qui nous méprisent si fort, et qui, en leur cœur, ont desjà dévoré et buttiné le royaume de France, pourront venir à bout de leurs desseins" ». Il y a là, toutefois, exagération, car, d'après d'autres sources, l'armée étrangère comptait au moins 20 à 25.000 hommes. En premier lieu, 8.000 reîtres ::, recrutés en Saxe et en Brunswick, de ces reîtres. ou pistoliers allemands, qui, au commencement des guerres civiles, avaient révolutionné la tactique, en substituant à la charge au galop et en haie de la gendarmerie française la charge au trot, en escadrons épais de quinze ou seize rangs de profondeur, dont le premier, arrivé à portée de l'ennemi, déchargeait, seul, ses armes pour, en un mouvement tournant (le limaçon ou la caracola), se reformer immédiatement en arrière de la Iroupe, et laisser le suivant faire front à son tour, puis opérer la même conversion ; de ces reîtres, auxquels l'acier noirci de leurs bourguignottes à masque et de leurs harnais coupés seulement de bandes blanches polies, la couleur sombre de leurs grands manteaux à cloche, tombant en plis raides et symétriques, avaient valu le nom de « cavaliers noirs » ; de ces reî-

1 Lettre de M. de Bellièvre au Roi. de Charmes, le 5 janvier 1576 (Bibl. Nat., Ve Colbert, vol. 8, fol. 11 et vu).

* Mémoire anonyme, de 1570 (Bibl. nat., fr. 15.904, fol. 403).

* Traité entre le prince de Condé et Jean Casimir, du Ti septembre Ij75 (Bibl. nat., Ve Colbert, vol. 399, fol. 133).

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