‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 126 sur 284 · Les 10, 17, 18, 24 et 26 août · texte numérisé non relu

Les 10, 17, 18, 24 et 26 août

EXPÉRIENCES D^RTILLERIE

que les portées étaient suffisantes et d'autant plus longues que le tronçon du canon était plus court, mais qu'il fallait beaucoup plus de poudre qu'avec un mortier, considération d'ailleurs sans importance réelle puisque cette méthode ne devait être mise en usage que dans les cas où l'on se trouverait dans la nécessité de jeter des bombes sans avoir de mortiers ; on remarqua en outre qu'il fallait beaucoup moins de temps pour disposer un tronçon de canon dans ce genre de tir que pour construire une plate-forme de mortiers et que la manœuvre de chargement et de pointage était aussi plus expéditive. En un mot, tout concourut à démontrer l'utilité de cette manière de tirer les bombes et les services que peut rendre une pièce dont la volée est dégradée, mais dont la lumière et la chambre sont intactes.

Les dernières épreuves sur cet objet semblent avoir eu lieu en 1788, en présence des officiers du régiment de La Fère. Cette fois on étudia simultanément la question du tir des bombes avec des pièces de siège, sans affût, de 16, 12 et 8, et un tronçon de canon de 24, et on les compliqua par l'essai qu'on fit de tirer des bombes de calibre inférieur avec des mortiers de 12, 10 et 8 pouces, avec ou sans affût *. La commission choisie par le baron du Teil fut composée de MM. de Quentin, chef de brigade; Lombard, professeur; du

1. Dans son aide-mémoire de 1789, Gassendi résume les résultats de ces expériences en deux pages consacrées la première (451) au tir des bombes avec les canons, la seconde (452) au même tir avec des mortiers de calibre supérieur à celui des bombes.

Hamel, de Menibus et Gassendi, capitaines; Hennet, Rulhière, du Vaizeau et Bonaparte, lieutenants; ce dernier, comme le plus jeune, fut chargé de présidera la mise en batterie des pièces et mortiers sans affût et de rédiger le rapport que tous signèrent : l'ordre du commandant était du 8 août, les séances eurent lieu les 12, 13, 18 et 19 de ce mois^. Les épreuves réussirent, mais on remarqua que la tranche de la bouche des pièces se détériorait en tirant des bombes de 10 pouces avec de fortes charges : le désir de connaître la plus grande quantité de poudre qu'il serait possible d'employer sans tomber dans cet inconvénient et de déterminer la portée que l'on obtiendrait avec des pièces de campagne de 12, de 8 et de 4, dicta à Bonaparte un mémoire- qu'il présenta ou qu'il eut

i. Les dates de ces épreuves donnent une très-grande vraisemblance à la lettre de Bonaparte à Fescli, en date du 22 août, publiée dans les œuvres littéraires de Napoléon Bonaparte:

« ... Je suis indisposé ; les grands travaux que j'ai dirigés ces jours derniers en sont cause. Vous saurez, mon cher oncle, que le général d'ici m'a pris en grande considération, au point de me charger de construire au polygone plusieurs ouvrages qui exigeaient de grands calculs et, pendant dix jours, matin et soir, à la tète de deux cents hommes, j'ai été occupé. Cette marque inouïe de faveur a un peu irrité contre moi les capitaines qui prétendent que c'est leur faire tort que de charger un lieutenant d'une besogne si essentielle et que, lorsqu'il y a plus de trente travailleurs, il doit y avoir un d'eux. Mes camarades aussi montrent un peu de jalousie ; mais tout cela se dissipe. Ce qui m'inquiète le plus, c'est ma santé qui ne me paraît pas trop bonne »

2. Ce mémoire a la très-grande importance de permettre de distinguer dans le procès-verbal de 1788 les idées personnelles de Bonaparte de celles des autres membres de la commission. Ces expériences et la visite du prince de Condé, en 1784, ont

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tout au moins l'intention de soumettre au baron du Teil le 30 mars 1789, pour lui demander de renouveler les expériences dans ce sens nouveau, pendant la campagne qui allait commencer*. L'allusion faite par M. de La Mortière, dans son rapport d'inspection en 1789, à la variété des manœuvres prescrites par le commandant d'école et au degré d'instruction des officiers et soldats du régiment relativement au service de toutes les bouches à feu, « même dans le

sans doute donné naissance à la légende suivante : « Le prince de Condé s'annonça un jour à l'école d'artillerie d'Auxonne ; c'était un grand honneur et une grande affaire que de se trouver inspecté par ce prince militaire. Le commandant, en dépit de la hiérarchie, mit le jeune Napoléon à la tête du polygone, de préférence à d'autres d'un rang supérieur. Or il arriva que la veille de l'inspection tous les canons du polygone furent encloués ; mais Napoléon était trop alerte, avait l'œil trop vif pour se laisser prendre à ce mauvais tour de ses camarades ou peut-être même au piège de l'illustre voyageur. « Ces faits supposés, rapportés dans le Mémorial, p. 69, ont trouvé aussi un écho dans les Mémoires du comte Horace de Viel-Castel, t. II, p. 73.

i. Le sérieux avec lequel Napoléon suivit ces expériences rend assez invraisemblable la plaisanterie d'un goût douteux dont le baron du Teil aurait failli être victime et que rapporte ainsi le Mémorial : « C'était un vieux commandant de plus de quatre-vingts ans qu'ils vénéraient fort du reste, lequel, venant un jour leur faire faire l'exercice du canon, suivait chaque coup avec sa lorgnette, assurait qu'on devait avoir été bien loin du but, s'inquiétait, s'informait à ses voisins si quelqu'un avait vu porter le coup : personne n'avait garde, les jeunes gens escamotant le boulet toutes les fois qu'ils chargeaient. Le vieux général avait de l'esprit : au bout de cinq à six coups, il lui prit fantaisie de faire compter les boulets ; il n'y eut pas moyen de s'en dédire, il trouva le tour fort gai, mais n'en ordonna pas moins les arrêts. »

cas OÙ on manquerait d'affûts ou maclî^ues » pour en faciliter l'emploi semblerait indiquer que la curiosité du jeune lieutenant en second fut satisfaite au moins en partie.

Les premiers travaux de Bonaparte sur l'artillerie remontent au mois de janvier 1789; il n'est rien resté des notes qu'il a pu prendre à l'école de Valence, ce qui permet de supposer que le goût des choses de son métier ne lui vint qu'assez tard, à Auxonne, et lui fut inspiré par les attentions de son commandant d'école pour lui et par les savantes leçons de son professeur. Le cours qu'il suivit dut commencer par l'examen de la discussion des svstèmes Vallière et Gribeauval : en tout cas, treize pages in-folio, datées de janvier 1789, qui ont été conservées et portent le titre de « l®*" cahier sur l'artillerie », résument le mémoire du marquis de Vallière sur les questions controversées entre MM. de Gribeauval et de Saint-Auban, inséré en 1 772 dans les mémoires de l'Académie ^ Après l'étude de l'artillerie en usage au xviii® siècle, on dut passer à un enseignement rétrospectif concernant le matériel employé sous Louis XIV : ces dernières leçons roulèrent sur les mémoires de Surirey de Saint-Remy dont la dernière édition devait être consultée à l'école d'Auxonne ; de cette partie du cours, il reste douze pages in-folio, de Bonaparte, écrites en février 1789'. Enfin un troisième fragment, également de douze pages, porte ce titre : « Principes d'artillerie » et se

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