‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 138 sur 284 · Bibl. Nat., Imprimés, L B 39 11472, 1 page in · texte numérisé non relu

Bibl. Nat., Imprimés, L B 39 11472, 1 page in

2. Fête organisée sur l'initiative des Gardes citoyennes de Metz et autorisée par délibération municipale du 7 avril.

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noissance et a mis dans ses remercîments la modestie qui est le sceau du vrai mérite *. »

A cette Assemblée, Ton prit pour cri de ralliement « L'union et la France » et l'on adopta la formule de serment présentée par le maire de Metz : les détachements prêtèrent ce serment, le 4 mai, au Champ de Mars; les départements de la Meuse, du Bas-Rhin, de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges étaient représentés par cinq mille sept cent sept hommes; tous les régiments de la garnison'^ députèrent chacun trois cents soldats à cette cérémonie.

Dans le polygone, on avait élevé, sur une plate-forme, un autel monumental derrière lequel se dressait un trophée d'armes qui avait été exécuté sur les dessins de Lebrun, professeur à l'école d'artillerie, par un lieutenant de la garde, M. Pioche, de l'Académie de peinture. Après l'arrivée du corps municipal qui prit place au pied de l'autel et celle du marquis de Bouille qui, avec son Etat-major passa l'armée en revue, la messe, annoncée par vingt-quatre coups de canon, fut célébrée par M. l'abbé Nioche^, chanoine de la cathédrale, officier municipal et premier aumônier de la Garde nationale de Metz; à l'issue du service religieux, soixante-cinq drapeaux furent bénis par le célébrant

1. Fédération de la ville de Metz du 4 mai 1790; Metz, Lamort, 1 vol. in-8; (Bibl. Nat. L B 39 8750); p. 4.

2. Auxonne, artillerie, Picardie, Bourbonnais, Salm-Salm, Saintonge et Nassau, infanterie; la Reine, cavalerie, Colonel Général, hussards, Condé, dragons ; dix cavaliers de Maréchaussée.

3. Jean-François Nioche, de Paris, avocat au parlement de Metz 1766, chanoine de la cathédrale 4781.

qui prononça un discours; « M. le Colonel-général, M. le Procureur de la Commune et M. le Maire ont successivement exprimé les sentiments dont ils étaient pénétrés. »

Puis les gardes nationales rompirent l'ordre de bataille et se formèrent en pelotons qui, en défilant devant l'autel, prêtèrent serment entre les mains de la municipalité.

Le lendemain, 5 mai, après un repas donné par le marquis de Bouille aux principaux chefs de la fédération, il y eut au polygone « xme école d'artillerie où le régiment d'Auxonne se signala, autant par le zèle et la célérité avec laquelle tout fut disposé pour les différentes manœuvres du canon et du mortier, que par Fadresse et la promptitude étonnante avec laquelle elles furent exécutées... »

Le dernier jour de la fête, le 6 mai, les commissaires des départements et de la municipalité se rassemblèrent pour dresser le procès-verbal et signer les adresses au roi et à l'Assemblée nationale, afin de leur exprimer « leurs sentiments d'amour et de reconnaissance ». Le discours prononcé le 4 mai par le colonelgénéral fut imprimé à la suite du procès-verbal; le voici dans son entier :

« Illustres confédérés,

« Qu'il est glorieux pour celui que vous avez élevé à l'honneur de commander vos illustres phalanges, dans ce jour à jamais mémorable, de pouvoir le premier, manifester les sentimens dont son âme est embrasée !

LA GARDE NATIONALE DE METZ

« La France, ce superbe empire, naguère couvert de tyrans et d'esclaves, est aujourd'hui peuplé d'hommes qui, rendus à leur première dignité, vont pratiquer toutes les vertus que produit la liberté ; mais les fruits de cette conquête précieuse seroient perdus pour nous, si nos forces isolées, nos intérêts épars, ne se réunissaient et ne se confondaient dans un centre commun, la Patrie.

« C'est ce beau motif qui nous rassemble, citoyens! rapprochons donc nos forces, resserrons les liens qui déjà unissoient nos cœurs et confondons nos intérêts pour ne former qu'une même famille et d'amis et de frères !

« Donnons à l'Europe étonnée l'exemple sublime de la force armée se prosternant devant le livre sacré des lois, et prête à terrasser quiconque oseroit y porter une main sacrilège.

« Que notre Roi, l'idole de son peuple, le roi des François, le restaurateur de notre liberté, reçoive du concert unanime de nos cœurs, un témoignage éclatant de notre respect !

« Que nos augustes Représentants reçoivent aussi la récompense de leurs grands et pénibles travaux, en apprenant que des milliers de frères se sont rassemblés pour jurer d'en assurer le succès au péril de leur

vie:

« Formons une sainte ligue pour la prospérité de l'empire, amis et concitoyens ! Vouons nos bras armés à la défense de la commune Patrie, et nos cœurs au maintien de la paix. Faisons aimer la vérité, la vertu, la liberté! La vérité, afin de dissiper les noirs prestiges

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enfantés par les ennemis du bien publie, pour effrayer les âmes timides; la vertu, montrons en l'exemple, et nos mœurs épurées nous en feront goûter les charmes ; la liberté, enfin, par notre modération, en fuyant également l'esclavage et la licence, sources d^s plus grands malheurs.

« Et vous, braves soldats citoyens, défenseurs de la patrie, soyez témoins de notre alliance et recevez, par mon organe, l'assurance du sincère attachement de vos nouveaux frères d'armes !

(( Génie tutélaire de la France, préside au pacte inviolable que nous allons former. »

Pour se rendre un compte exact des idées qui animaient alors le chevalier du Teil, idées partagées du reste par presque tous les officiers qui consentirent à continuer leurs services dans les armées républicaines, il n'est pas sans intérêt de jeter les yeux sur une lettre qu'il écrivait, quelques jours après les fêtes, à l'un de ses compatriotes du Dauphiné :

« Metz, ce 27 mai 1790.

« Monsieur,

« Si la confiance dont m'ont honoré mes concitoyens est la plus douce récompense de mon amour pour la chose publique, les reproches que vous semblez faire à ma négligence d'accepter l'honorable poste de commandant de la garde nationale de Metz me sont d autant plus sensibles que ce n*est pas avec un compatriote et sûr de mon innocence que je craindrai de me justifier

LA GARDE NATIONALE DE METZ

« Entouré d'ennemis du bien public qui étoient devenus les miens, ne devois-je pas attendre pour accepter un commandement aussi flatteur que le Roi et que le Ministre se fussent expliqués avec une précision qui ne put laisser aucun doute sur leur assentiment. Aujourd'hui qu'on ne peut plus prétendre d'incertitude, j'accepte avec le profond sentiment de ma gratitude et la ferme résolution de ne rien négliger pour affermir et défendre la constitution et surtout pour maintenir, dans le corps qui a mis en moi sa confiance, l'ordre, l'exactitude et enfin toute la conduite qui doit caractériser les braves citoyens qui se sont voués k l'établissement de notre liberté et s'opposer aux anciens esclaves qui voudroient nous replonger dans les fers et aux nouveaux licenciés qui nous feroient perdre tous les fruits de cette prétieuse conquête. Veuillez donc bien rendre justice à un citoyen (fui ne cessera d'aimer et de deffendre sa patrie qu'en cessant de vivre. Je suis avec respect, monsieur et cher compatriote, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Le chevalier du Teil. »

« P. -S. Vous savez sans doute. Monsieur, la tranquilité avec laquelle s'est faite notre fédération ; trois jours auparavant on ne savoit si ce ne seroit pas le signal d'un carnage, les gardes nationales fédérées n'ont pu échapper à leurs foyers qu'avec les plus vifves alarmes de leurs concitoyens et beaucoup de femmes ont voulu suivre leurs maris. Le calme qui a régné a engagé divers corps fédérés à faire partir des

J. DO Tbil. — Une famille militaire.

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UNE FAMILLE MTLTTATBE

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courriers pour rassurer leurs départemens, tels que ceux de la Meuse, du Bas-Rhin et des Vauges, sans ceux que j'ignore. — Avant ma réception on avoit débité dans les sociétés que si l'on donnoit un chef à la Garde nationale de Metz, il y auroit une guerre civile ; j'ay fait ce que j'ai pu pour l'éviter et je sais que l'on me blâme. Je me flatte d'être aussi bon patriote qu'un autre ; mais mon sentiment est de marcher à la révolution d'une manière douce et tranquille, s'il est possible, en imitant la sagesse de l'assemblée nationale ; les patriotes outrés comme nous en avons quelques-uns semblent ne vouloir que désordres et convultion * . >>

On peut ne pas partager les opinions émises ici par Jean du Teil qui, d'ailleurs, dans sa famille, était seul à en professer de semblables ; mais il est indiscutable qu'il y a dans cette lettre bien des mots qui portent, bien des idées qui étonnent. L'on n'était pas sans inquiétude, comme il le disait fort bien, au sujet de la façon dont se passerait cette fédération ; le calme qui ne cessa de régner - fit tomber absolument les préventions du commandant en second de la province envers le colonel-général qui reçut, quelques jours plus tard, les félicitations du ministre de la guerre :

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