LE RÉGIMENT DE LA FÈRE A DLNKERQUE RENDEMENT DE COMPTE
... Je vais donner une idée générale des connoissances de M-^^ les officiers, des opérations auxquelles je les ay employés, ainsi que des différentes instructions que j'ay fait donner à la troupe.
Messieurs les subalternes de ce régiment sont en général très-forts en théorie, mais ils manquent tous de pratique; dans cette classe, on n'excepte que trois ou quatre sujets faibles ou paresseux ; pour faire en sorte que la pratique aille de pair avec la théorie, les uns et les autres ont été successivement employés pendant cet été à former des projets de retranchemens sur des parties extérieures de cette ville, à en exécuter les plans, profds et devis ; à lever la carte des environs, à faire le plan du local des arccneaux et des bâtimens, à élever des façades, former des coupes en tout sens dans les plus grands détails.
Toutes ces différentes opérations ont été présidées par M"^ les Chefs de Brigades. M"^* les capitaines les ont suivies, maintenu l'ordre et l'activité et l'on ne peut que se louer du zèle et de l'intelligence que tous ont montrés,
chacun en un mot y a mis la main de la meilleure volonté et cette instruction en a été une aussi pour les chefs.
La troupe a tous les jours été exercée en Infanterie, soit en tout, soit en partie, et les évolutions s'exécutent avec autant de précision et d'adresse qu'on peut en attendre. On a continuellement occupé les bombardiers, on les a instruits dans la théorie pratique touchant le tir de l'arme qu'ils manient. On a tiré du canon de campagne 3 ou 4 fois la semaine et à des portées variées. Les sergens et soldats tant canoniers que bombardiers sont également à même de répondre aux questions qu'on peut leur faire.
La théorie pratique de la hausse a été exactement suivie et, pour en rendre l'usage plus familier et plus universel, on a commencé à instruire les sergens et les sujets les plus intelligens et ainsi, par degré, on est descendu jusqu'au dernier soldat. Des manœuvres de force de toutes espèces ont été exécutées tous les jours de la semaine. II en est de même du canon de siège et de côte. En général les Instructions, les manœuvres et exercices de tout genre ont été aussi continus qu'il a été possible.
Pour les fortifier également sur chaque objet, il a fallu de Tordre, c'est pour cela que nous avons eu soin de faire passer le régiment aux différentes instructions par Brigades et à des heures différentes ; lorsque les uns exécutoient, les autres formoient un cercle et étoient témoins oculaires de chaque opération.
Nous devons l'avantage d'avoir exercé la troupe sur tous ces objets à la situation du corps de caserne de celte ville, de toute part c'est une esplanade immense; nos canons d'exercice et tout ce qui y a rapport sont sous nos yeux ; c'est ce qui nous fait désirer que le Corps soit logé à Metz aux casernes de Chambière où il y a un espace des plus précieux pour l'instruction. . .
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Le corps espère que M. de Gribeauval et MM. nos inspecteurs seront satisfaits de l'employ de notre tems pendant cet été.
A Dunkerque ce 30 septembre 1778.
DuTeiM.
1. Archives de l'artillerie, 1. A. 6. — Loi'sque nous avons signale, p. 168, l'envoi du 1" bataillon du régiment de La Fère à Dunkerque, en avril 1778, nous ignorions que le colonel du corps l'y avait accompagné ; ce compte rendu donnerait même lieu de penser que le régiment tout entier était en garnison dans cette ville, contrairement à ce qu'en dit le général Susane. En tout cas le document conservé aux Archives de l'artillerie a un double intérêt, celui de donner une idée de la méthode d'enseigner de du Teil, à la veille de sa nomination aux fonctions de commandant d'école, et celui de nous fixer sur le degré d'instruction d'un corps où Napoléon Bonaparte allait bientôt prendre rang.