‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 28 sur 284 · Ferdinand, duc de Brunswick, 1721 f · texte numérisé non relu

Ferdinand, duc de Brunswick, 1721 f

BATAILLE DE GREVELT

en bataille derrière cet obstacle qui paralysait nos troupes, lorsque l'armée ennemie descendit à sa rencontre des hauteurs de Tônisberg, entre Kempen et Hûls. Le duc de Brunswick sut rapidement profiter de l'avantage que lui assurait notre position : il effaça Taile gauche de son armée à laquelle notre droite, appuyée à Fischelen, n'aurait pu s'opposer qu'en se formant en colonnes pour franchir le landwehr, mouvement impraticable sous le feu de l'ennemi ; de ce côté, tout se borna donc à un duel entre l'artillerie du général Spôrcken, qui s'était avancé jusqu'à Grevelt, et les batteries que nous avions à notre droite : le feu y fut assez meurtrier, car c'est là que Jean-Ange du Teil qui commandait, bien qu'il ne fût pas en tour, fut tué sur place ; le centre de l'armée alliée, qui se forma sous le général Oberg, en avant de Saint- Antonius, suivit la même tactique que l'aile gauche. Pendant ce temps une troisième division ennemie, sous le prince lui-même, tournait, en faisant un long circuit, l'obstacle derrière lequel toute notre armée était contenue et venait se former en avant d'Anrath, en arrière de notre ligne de bataille et perpendiculairement à notre front; les brigades de la Marine, de Locbman et de Touraine se portèrent rapidement de ce côté, mais, inférieures en nombre, elles durent céder le terrain, en dépit des efforts d'une batterie de pièces de 8 que commandait sur notre flanc Jean-Pierre du Teil : elle rompit les alliés plusieurs fois et les déposta, quoique fort battue par les batteries ennemies; après une charge héroïque, vainement dirigée de ce côté par les carabiniers, suivis mollement par

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BATAILLE DE CHEVELT

les brigades d'Aquitaine, Royal-Roussillon et Mestrede-camp, le comte de Clermont lit prendre sur trois colonnes les dispositions de retraite et se dirigea sur Neuss sans être inquiété par le duc de Brunswick ^

Notre artillerie, moins nombreuse que l'artillerie ennemie « au point de l'attaque, fit cependant plus de désordre par la différence dont Tune et l'autre fut servie. Les Hanovriens ne réunirent jamais leurs feux^; ils ne dirigèrent leurs pièces que vis-à-vis de l'endroit où elles se trouvaient, en sorte que leurs coups étaient trop dispersés ; enfin ils tirèrent à cartouches de trop loin sur nos batteries et sur nos troupes. Au contraire, M. le chevalier de Fontenay, qui commandait l'artillerie française à la gauche, ordonna que toutes les pièces se pointassent contre les plus épais bataillons et n'employa que des boulets en attendant le moment favorable pour les coups à cartouches : malheureusement on ne lui donna pas le temps d'y recourir ni de recevoir l'augmentation qu'il avait demandée, et l'on sonna la retraite lorsque la victoire allait se déclarer pour nous ».

« S. A. S. parut très contente de Tartillerie ; » nous ne perdîmes que deux bouches de 8 que l'on fut obligé d'abandonner sur le terrain, les affûts ayant été brisés. Jean-Pierre du Teil eut dans sa batterie

1. Voir principalement dans la correspondance de cette campagne les lettres écrites par Laray du Chatel, du corps royal d'artillerie ; ministère de la guerre, Archives historiques.

2. Essai sur l'usage de Vartillerie dans la guerre de campagne et dans celle de sièges par un officier du corps (du Puget), Amsterdam, 1771, 1 vol. in-8, pp. 78 et 79.

un officier blessé et perdit trente-trois hommes; quarante-sept de ses chevaux furent tués et ses pièces furent en grande partie démontées ; il parvint néanmoins à ramener tout son canon au parc sur la fin de l'action, quoique les ennemis fussent déjà sur le champ de bataille : le roi voulut bien reconnaître ses services dans cette journée en lui accordant une pension de deux cents livres, le 15 août suivant.

On sait qu'après cette défaite le comte de Clermont, rappelé à la cour le 8 juillet, remit le commandement de l'armée au marquis de Gontades qui fut fait maréchal de France le 24 août. Le bataillon de Gosne fut fort éprouvé pendant cette campagne ; le détachement qu'il avait fourni à Wesel eut, à l'affaire du 5 août, deux sous-lieutenants tués, MM. de Rostaing et de Richouffiz, et quatre lieutenants blessés, MM. de Perrot, de Villiers, de Buzelet et de Bréande; le !«•• janvier 1759, le corps de nouvelle formation prendra le nom de brigade de Mouy.

Jean-Ange du Teil fut relevé sur le champ de bataille de Grevelt par deux habitants et le curé du village de Fischelen ; sur leur attestation, un extrait mortuaire fut dressé par l'aumônier du corps et certifié par le major. Capitaine en premier, avec rang de lieutenant-colonel, il semblait appelé à un brillant avenir après la façon distinguée dont il s'était comporté à Hastenbeck ; il comptait quarante ans de services et onze campagnes. Le bataillon de Menonville, dont il faisait partie depuis la réorganisation du régiment Royal-Artillerie, allait devenir brigade de Beausire l'année suivante pour prendre,

J. oo Teii,. — Une famille militairt. 5

en 4765, le nom de régiment de Grenoble et, en 1791 , celui de 4** régiment d'artillerie à pied : c'est à cette époque qu'il aura dans ses rangs Napoléon Bonaparte comme lieutenant en premier.

^me (lu Teil, née L'Huillier de Spitzemberg fixée à Saint-Dié, dut être bientôt informée du nouveau malheur qui la frappait; sans appui elle-même, bien qu'elle ne fût âgée que de quarante-cinq ans, ayant perdu un frère au service de l'empereur et ayant deux sœurs en religion, elle n'avait au monde que son aînée, ^me Hugo, qui habitait Metz où son mari était mort maître des comptes ; aussi ne put-elle s'abandonner longtemps à sa douleur, car l'avenir de son fils lui faisait un devoir de solliciter les grâces du roi ; dans ce but elle s'adressa au maréchal de Belle-Isle qui lui fit répondre en ces termes :

« A Versailles, le 10 octobre 1758.

« M. le Maréchal m'a communiqué. Madame, la lettre que vous lui avez écrite le 22 du mois dernier. 11 est très-touché et Ton ne peut l'être aussi plus que

je ne le suis du détail qu'elle contient Vous

pouvès, du reste, vous tranquilliser sur le sort de M. votre fils, on prendra sûrement soin de lui, mais il seroit nécessaire que vous m'informassiés de son âge et de l'état auquel vous le destinés...

« Je suis avec un respectueux attachement, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

« Crémilles. »

« A M™® du Teil, à Saint-Diez. »

BATAILLE DE CREVELT

Jean-Ange-Antoine du Teil fut admis l'année suivante dans une Compagnie de cadets gentilshommes de l'École Royale militaire ' ; on eut ainsi égard à sa situation d'orphelin qui ne lui permettait pas de faire son apprentissage dans un régiment, sous les yeux d'un père ou d'un parent plus âgé ; il passa sous-lieutenant dans le Régiment Royal, le 14 février 1764; capitaine commandant, le ^'- avril 1788, et chevalier de Saint-Louis, le 20 avril 1791, il servira à l'armée des Alpes.

i. A Paris le jeune du Teil trouva l'hospitalité chez une cousine germaine de sa mère, la marquise de Braque, dont le mari, Paul-Emile, marquis de Braque, lieutenant de roi à Loches, était fils de Paul-Benoit, comte de Braque, gouverneur d'Auxerre, et d'Élisabeth-Françoise L'Huillier de Spitzemberg-. Le marquis de Braque était mort en 1744, laissant une fille, Anne-Elisabeth, aUiée en 1761 à François-Joseph, comte de Choiseul-Meuse.

Services de la branche du Dauphiné, (du Teil de Beaumont).

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