Joseph-Étieune du Puget
VALLIÈBE ET GHIBEAUVAL
des pièces de 4 anciennes et nouvelles. Décisifs au dire des partisans de l'ancienne artillerie, ces essais ne parurent pas suffisamment probants au ministre pour qu'il les fît continuer; néanmoins l'ordonnance du 23 août 1772, qui revenait sur certains points de celle du 12 août 1765, était certainement contraire à l'esprit du système de Gribeauval.
Pendant les quatre mois de son séjour au ministère de la guerre, le duc d'Aiguillon se signala par une mesure impartiale en proposant au roi de faire assembler les maréchaux de France, de Richelieu, de Soubise, de Gontades et de Broglie pour examiner les opinions contradictoires de MM. de Gribeauval et de Saint-Auban sur l'artillerie et pour demander au directeur général du corps, M. de Vallière, des mémoires sur cet objet.
Le marquis du Muy, qui prit le portefeuille de la guerre le 5 juin 1774, revint à l'idée du marquis de Monteynard qui était de renouveler les expériences comparatives*. Bien que M. de Saint-Auban ait prétendu que le nouveau ministre était favorable à l'ancien système, il est permis d'en douter puisque l'ordonnance du 3 octobre 1774 semble inspirée par Gribeauval.
Le maréchal du Muv mourut le 10 octobre 1775 : dix-sept jours plus tard, le comte de Saint-Germain était appelé à lui succéder. C'était un partisan déclaré
1. Elles eurent lieu à Douai en 1775; le duc d'Artois y assista ; les deux partis ne manquèrent pas d'en revendiquer l'un et l'autre les avantages.
UNE FAMILtS MILITAIRE
de toutes les réformes ; aussi, lorsque le marquis de Vallière disparut, en 1776, le remplaça-t-il par Gribeauval, le préférant à son ancien, de Saint- Auban, « cfîii avoit le défaut de tous les vieux officiers, c'est d'être trop servilement attaché aux anciens usages, i^ans examiner les progrès qu'un art peut avoir fait pour se perfectionner * ». Ainsi se termina officiellement la lutte de l'ancienne artillerie contre la nouvelle ; parmi les partisans du système Vallière se distinguaient MM. de Fontenay, Despictières et de Gréaulme , inspecteurs généraux du corps ; le professeur Lombard, le comte de Tressan, le célèbre Buffon ; le système de Gribeauval comptait dans ses rangs les inspecteurs généraux d'Invilliers, de Villepatour et de Loyauté, le professeur Bézout ' et l'élite des jeunes officiers. Parmi les écrivains militaires qui tenaient pour Vallière, il convient de citer avec du Puget, mort prématurément, MM. Potot de Montbelliard, de Maizeroy ^ et de Mesnil-Durand ; du côté de Gribeauval, on ne rencontre guère, avec Pillon d'Arquebouville, auteur d'une lettre sur la question, que Tronson du Coudray ^ qui soutint à lui seul le choc des adversaires des réformes. Après sa mort, en Amérique où il se noya en 1777, le chevalier du Teil
i. Mémoires du comte de Saint-Germain.
2. Etienne Bézout 1730 f 1783, de l'Académie des Sciences 1758, examinateur de l'artillerie 1768.
3. Paul-Gédéon Joly de Maizeroy, 1719 f 1780, lieutenantcolonel d'infanterie, de l'Académie des Inscriptions 1776.
4. Philippe-Charles-Jean-Baptiste Tronson du Coudray, 1738 f 1777, chef de brigade d'artillerie, général-major aux États-Unis.
VALLIÈRE ET GRIBEAUVAL
crut utile de résumer en une petite brochure de 128 pages les ouvrages du plus fécond défenseur de l'artillerie nouvelle ; il fit suivre ce précis d une étude sur Texécution de l'artillerie qu'il définit ainsi : « L'exécution de l'artillerie est l'art de Vemplacer, de diriger son feu, de faire le plus de mal possible à l'ennemi et de donner la plus grande protection aux troupes qu'elle soutient. » Certains chapitres, notamment ceux où il est question « Des descentes ou débarquemens , relativement à l'artillerie » et du (( Rapport de la connoissance des terrains et de l'estimation des distances avec l'exécution de l'artillerie », sont particulièrement intéressants.
En tout cas, ces idées, souvent empruntées, comme le chevalier du Teil l'indique, à ï Artillerie nouvelle, de Tronson du Coudray, et à VEssai général de tactique, de Guibert, formaient un ensemble de connaissances évidemment utiles aux officiers de toutes les armes auxquels l'auteur s'adressait; aussi son ouvrage, examiné le 2 mars 1778 par une commission « de la Société royale des sciences et arts de Metz dont il était membre, fut jugé digne de l'impression et publié sous le privilège de cette académie -.
1. Gardeur, Le Brun, Gourdain et Le Payen fils; Dupré de Geneste secrétaire perpétuel. M. Le Brun était professeur à I Ecole d artillerie de Metz.
2/« La Société Royale, suivant l'extrait de ses registres, sans prétendre porter aucun jugement sur des opinions controversées parmi les militaires et qui sont étrangères aux objets dont elle s occupe, a jugé que les vues et observations utiles contenues dans cet ouvrage le rendoient digne de l'impres-. sion. » '■
i. DU Teil. — Une famille militaire. jj
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