‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 92 sur 284 · FONDATION DE L'ECOLE D'AUXONNE · texte numérisé non relu

FONDATION DE L'ECOLE D'AUXONNE

La première école d'instruction d'artillerie qui ait existé est celle de Douai qui fut créée par ordonnance royale du l®"" mai 1679 : elle devait suivre le régiment des Fusiliers du roi ; aussi fut-elle transférée à Lille dès le l®"" novembre suivant, lorsque le corps changea de garnison ; postérieurement elle se transporta à Metz et à Strasbourg. Quant au premier règlement pour l'exercice des cadets de l'artillerie, il est dû à Surirey de Saint-Remy *.

Un commissaire provincial était généralement à la tête de ces écoles : les officiers et cadets « avoient leur logement chez les Bourgeois dans les villes où ils estoient en garnison. Ils estoient exercez à toutes les fonctions qui pouvoient faire de bons officiers de l'artillerie » Leur instruction portait sur les pièces de

i. Pierre de Surirey de Saint-Remy, "i" 1716, lieutenant du grand maître 1703. Voir ses « Mémoires d'artillerie », Paris, Anisson, 1697, 2 vol. in-4, t. I, p. 30 et suivantes.

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canon, leurs calibres, leurs dimensions, leur service ; les armes des pièces, les boulets, les boulets creux et rouges, les cartouches, les alîùts, les avant-trains ; les chariots à canon, trique-balles et traîneaux, les batteries et plates-formes; les pierriers, les mortiers, les bombes, les batteries de mortiers, les pétards, les affûts des mortiers ; les armes de guerre, les arquebuses, les grenades, les carcasses, petits canons et petites grenades, les artifices ; les chèvres et crics, les balances, les clous, les outils des pionniers et des ouvriers ; les cordages, sacs à terre, hottes et paniers ; les moulins, les bois en usage dans l'artillerie ; les fontes et fonderies, la poudre, le plomb, les mèches, les tonnes et barils ; les ponts et pontons ; les mines ; les chariots à munitions ; les chevaux de frise ; les ustensiles et l'entretien des magasins, les parcs d'artillerie ; les fonctions des officiers et leur subordination ; la marche et la formation des équipages, les détachements et les convois, enfin les inventaires à dresser et les états à remettre.

Les leçons étaient données par écrit; les interrogations alternaient avec les exercices; on rendait compte tous les quinze jours de la conduite des officiers au grand maître qui recevait, au commencement de chaque mois, une copie des leçons du mois précédent.

Les commissaires qui savaient les mathématiques, les fortifications et le dessin, donnaient des leçons les jours non consacrés aux exercices ; certains jours étaient réservés aux leçons particulières d'équitation, d'escrime, de danse, d'écriture et d'arithmétique.

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Enfin les cadets étaient obligés « à entendre tous les jours la Messe à une certaine heure et de fréquenter les sacremens ».

Une école ^\yie venait d'être fondée à La Fère, en 1719, quand parut l'ordonnance du 5 février 1720, dictée par l'intention qu'avait le roi d'unir les officiers de l'artillerie et le Régiment Royal-Artillerie en un seul corps. 11 y eut dorénavant autant d'écoles d'artillerie que de bataillons du régiment ; elles furent établies dans les cinq villes où ces bataillons furent mis en garnison : La Fère, Metz, Strasbourg, Grenoble et Perpignan, mais eurent une existence distincte de celle de ces corps de troupe qui changeaient entre eux de résidence, sans que les écoles d'instruction fussent déplacées. L'école de Perpignan fut transférée à Besançon en 1729, et celle de Grenoble à Valence en 1777; deux écoles nouvelles furent créées, Tune à Auxonne en 1756, l'autre à Douai en 1767.

La réunion momentanée des corps de l'artillerie et du génie apporta des changements dans cette organisation par l'établissement, en date du 8 avril 1756, d'une école spéciale à La Fère, pour la préparation des futurs officiers de l'arme : cinquante places d'élèves furent mises au concours entre tous les cadets et volontaires du corps, sur le pied de dix places pour ceux de chacune des anciennes écoles : les élèves reçus à La Fère avaient rang de sous-lieutenant, avec quarante livres d'appointements par mois, et étaient annuellement interrogés par un examinateur qui devait s'attacher « à discerner les genres auxquels chacun d'eux montrait le plus de disposition ». Sui-

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ÉCOLES d'artillerie

vant le rapport que le roi recevait de ces examens, il désignait ces jeunes officiers, soit pour entrer dans les bataillons et y remplir les places vacantes, soit pour passer à l'école de Mézières, fondée en 1748, et destinée à la formation des ingénieurs militaires : c'était en somme l'embryon de notre Ecole polytechnique. En 1765, cette école, commandée par Gomer^, se transporta à Bapaume et se composa de soixante élèves ; lorsqu'elle fut définitivement supprimée, en 1772, elle en comptait quatre-vingts depuis 1768 2.

Les anciennes écoles d'artillerie qui avaient été maintenues comme écoles d'application reprirent, par l'ordonnance du 15 décembre 1772 •^, toute leur importance et la conservèrent jusqu'au rétablissement de l'école des Élèves, à Ghâlons-sur-Marne, le l*""* janvier 1791^. On revenait au sj^stème des volontaires et cadets, attachés à chacun des bataillons des régiments d'artillerie et suivant les cours des écoles de leur gar-

i. Louis-Gabriel, comte de Gomer, 1718 -j- 1798, maréchal de camp 1780. Anatole de Guillebon. fils de Claude-Antoine, des chevau-légers 1761 , et de Gabriclle-Marie-Ursule de Gomer, marié en 1824 à Eulalie du Teil, était arrière-petit-neveu de cet officier général.

2. Esquisse historique sur les écoles d'artillerie, pour servir à l'histoire de l'école d'application de l'artillerie et du génie, général Le Puillon do la Boblaye, Metz et Paris, sans date, in-S».

3. A noter ici l'avis des maréchaux de France (page 175) qui, le 26 mai*s 1774, avaient dit : « Nous regardons aussi comme nécessaire de rétablir l'instruction des écoles d'artillerie sur le pied où elles étoient avant 1772. »

4. La première promotion comprit un maréchal de France, Marmont, entré 20« et sorti 26«.

nison; un pas fut fait néanmoins, le 8 avril 1779, vers le système d'une école unique d'instruction : six places d'élèves furent créées, dans chacune des écoles d'artillerie, et l'examen de ces jeunes officiers était passé tous les ans, par un membre de l'Académie des sciences, dans l'une des écoles où tous se transportaient momentanément. Ce fut donc, en somme, le régime établi par l'ordonnance de 1720 qui persista jusqu'en 1791.

Au sujet de la manière dont l'instruction était donnée, la méthode, indiquée dans ses grandes lignes par l'ordonnance du roi et commentée par le duc de Maine, fut développée dans un très-remarquable règlement, en date du 23 juin 1720, et dû à la collaboration de Gamus-Destouches * et de Vallière , le premier directeur général au département de Flandre, Hainaut, Picardie, Artois, Champagne, les Trois-Évêchés et Alsace, le second inspecteur général au département de Franche-Comté, Dauphiné, Provence, Houssillon et les côtes de l'Océan jusqu'en Bretagne.

Dès le début du règlement, on marque l'intention bien arrêtée de faire marcher « d'un pas égal et uniforme » les cinq écoles nouvelles. Antérieurement, bien que le but fût le même, l'instruction était donnée d'une manière différente dans les divers bataillons, ce qui pouvait « embrouiller l'esprit d'un officier et le rebuter quand il passait d'une école dans une autre ». Une discipline rigoureuse devait être observée dans

1. Louis Camus, chevalier Dostouches, f 1726, maréchal de camp 1718, directeur général des écoles d'artillerie, 14 février

tNË FAMILLE MILITAIRE

ces établissements car, dans le service de lartillerie, « la moindre faute peut être de la dernière importance et traverser quelquefois de grands desseins; » les jeunes officiers indociles devaient être sévèrement punis et l'on espérait que les anciens, « bien loin de tomber en faute, donneraient l'exemple aux nouveaux. » Les commandants rendaient compte au directeur ou à l'inspecteur du département de l'application et des progrès de chaque officier : « Ceux qui auront l'ambition, disaient en terminant les auteurs du règlement (et tous doivent en avoir), ne se contenteront pas de ce qu'ils auront vu et entendu aux écoles; ils étudieront chez eux, ils prendront des leçons particulières, et il arrivera souvent que, par leurs méditations et leur application, ils iront au delà des instructions qu'on leur aura données. Le progrès de leur étude les encouragera; ils acquerront tous les jours de nouvelles lumières, ils parviendront au premier mérite de leur profession, et c'est Tunique objet que doit avoir un officier. » On ne saurait mieux dire en vérité : les artilleurs étaient, comme Ton voit, à bonne école.

L'instruction durait toute l'année et se donnait alternativement chaque matin à l'école de théorie qui durait trois heures ou à l'école de pratique dont les séances étaient de cinq heures : chaque école se tenait ainsi trois fois par semaine. L'école de théorie ou de mathématiques était à l'usage des officiers ' et des cadets appelés à le devenir ; mais les simples soldats

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