CHAPITRE DIXtÈHE
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des récriminationset des menaces il passa rapidement aux effets. « Puisqu'elles aiment à être en prison, qu'elles y restent, dit-il, qu'elles en goûtent k séjour; elles n'auront plus besoin de se cacher pour fuir ma présence. Quant au guichetier de service, huit jours de cachot pour prix de sa complaisance. » Marino était grand et robuste, sa voix forte allait à ses discours ; il inspirait une sorte de peur, et tout se taisait devant lui. Il s'éloigna, jetant l'etfroi sur son passage, laissant à sa suite une alarme universelle. Les prisonniers craignaient pour leurs amis. Pour moi, j'avoue mon égoïsme : mon premier moment l'ut tout joie. Ravie de me trouver enfermée avec ma tante, je ne voyais que le bonheur de pouvoir, à toute heure, lui consacrer les soins de ma tendresse, d'être près d'elle à son réveil, et de m'endormir à ses pieds. Bientôt, en songeant qu'elle ne pourrait compter que sur des services mercenaires, je craignis leur instabilité, et pour elle seule je regrettai de n'être plus libre. Ma tante était au désespoir, et profitant du peu d'heures où il lui était permis de parcourir encore la prison, elle négocia secrètement de ma sortie avec quelques guichetiers de notre connaissance, puis s'en revint joyeuse et consolée m'en annoncer la nouvelle, qu'elle paya sans doute fort cher.
Je sortis seule vers les six heures du soir; il faisait sombre, La rue était pleine de femmes, attendant avec inquiétude leurs parentes ou leurs maîtresses, car notre détention leur avait été annoncée. Heureusement pour moi, Cantat était du nombre, et je regagnai
avec elle ma demeure éloignée. Toutes mes compagnes dMnfortune sortirent aussi pendant la nuit, ou peu de jours après.
Je suis encore persuadée que ces petites scènes étaient inventées pour achever d'épuiser nos ressources et nous ravir Targent qu'on n'avait pas su nous arracher autrement. Ces gens-là, probablement, riaient entre eux des effets différents qu'avait produits sur nous cette colère feinte ou réelle. Avides d'émotions nouvelles, fatigués de la tragédie de chaque jour, ils se ménageaient de petites pièces.