‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 108 sur 241 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

d*attendre, et rentra dans son bureau. A peine était- il sorti , que la porte de Tantichambre s'ouvre, Saint-Jean reparaît; je cours à lui. « Mais à quoi pensez-vous donc? Vous me compromettez, vous me perdrez! — Oh! j'ai froid, je ne veux pas rester sur Tescalier, moi; je veux être ici. — Marigni (car je n'osais dire Saint-Jean), retournez à la maison, je m'en irai seule; pourrez-vous donc me procurer ensuite la permission que vous allez m'empécher d'obtenir? Partez, je vous en supplie, qu'il ne vous voie pas. » Je sollicitai longtemps avant de rien obtenir. Enfin il partit, je ne respirai qu'en voyant la porte se refermer sur lui. Peu après, Marino nous fit appeler dans son bureau pour lui donner nos noms et notre adresse , afin qu'on pût vérifier la vérité de nos demandes; il m'intima Tordre de me rendre le surlendemain chez lui , à huit heures du matin. J'eus de la peine à y être reçue; ce ne fut qu'en assurant que c'était par son ordre très-positif que j'osais m'y présenter, qu'on me laissa franchir le seuil de sa porte. La mort de Marat avait inspiré beaucoup d'inquiétudes à ses semblables : une enfant suffisait pour leur &ire peur. Il me reçut fort bien. Ce n'était plus le même homme, sa voix était douce et ses manières polies; il me remit ma permission si désirée, et je le quittai pleine d'espérance et de bonheur.

A peine munie de mon trésor, je courus aux Recluses; il y avait cinq jours que je n'avais vu ma tante! La prison m'est ouverte, mais quelle surprise ! Je la trouve dans la cour avec toutes ses compagnes :

on les transférait à Saint-Joseph. Chacune un paquet sous le bras, elles se disposaient à quitter cette triste demeure, lorsque le geôlier, interposant son autorité, défendit la sortie de leurs effets. C*est à peine si elles obtinrent d'emporter leurs petits paquets. Quant aux matelas, couvertures et draps ^ il les garda ainsi que le peu de meubles qu'il leur avait vendus, et sans doute il les revendit fort cher à d'autres, qui les lui laissèrent de la même façon.

- Je me rendis à la prison de Saint-Joiseph, à la suite des prisonniers. O tristesse! je n'y entrai point : ma permission n'était que pour les Recluses. Quelle j:>erte de temps! m*écriai-je douloureusement; que de jours encore sans la voir! Je perdis en effet deux soirées entières dans l'antichambre de la commission temporaire, et la troisième se fût écoulée aussi vainement encore pour moi , sans Fennui de l'homme rébarbatif qui nous y recevait. Fatigué de notre nombre, il alla chercher Marino pour déblayer la chambre; la scène fut aussi orageuse que celle dont j*ai déjà parlé. Je me tins fort à l'écart pour laisser passer Ja fouie, et ne m'avançai que la dernière, a Te voilà encore, dit-il avec impatience; que veux-tu donc? » A cette voix terrible, j'adoucis la mienne le plus possible, et lui faisant des excuses sur mon importunité très-involon* taire, je lui racontai mon infortune. <c Citoyen, prends pitié de moi, il y a si longtemps que je n'ai vu- ma tante! Depuis trois grands jouTs ici je l'attends. » Pour ce mot^ ce seul mot, il m'emmena dans son bureiiu, visa la permission pour Saint-Joseph. « TienSi

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