‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 109 sur 241 · CHAPITRE ONZIÈME. 2l · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. 2l

prends et cours » , me dit-il. Comme je lui obéis ! Le lendemain j^embrassai ma tante.

Ce changement était un malheur pour nous , c'était un dangereux pas en avant. Il fallait ensuite feiire de nouveaux frais pour acquérir des amis à Saint-Joseph. Cette prison, encore plus éloignée que Tautre, rendait le service très-pénible; il me semblait enfin que tout espoir de liberté s'évanouissait sans retour. Parfois, je Tavais rêvée sous les verrous des Recluses; ma tante seule ne la rêvait point. Dans les premiers temps de sa détention, oti les prisonniers faisaient foule, un guichetier, la croyant une visiteuse, la prit par le bras pour la mettre à la porte. « Oh ! pourquoi , pourquoi ne lui obéîtes-vous pas? m^écriai-je, saisie d'une inexprimable douleur. — Je marche mal, me répondit-elle avec calme, je ne connais personne, oti aller? J'eusse été reprise et maltraitée; mes compagnes, peut-être, en auraient souffert... » En effet, peu de jours après, un voleur s^échappa, et les mesures rigoureuses qui en furent la suite pesèrent sur tous les prisonniers. Ce ne fut pas le seul désagrément causé par le mélange de la société, ce n^était pas sans danger qu'on pouvait se promener dans cette cour, où, pêle-mêle avec ces héros de grands chemins , vous veniez respirer un air à demi fétide. Pendant que vous vous sentiez heureux de voir un petit coin du ciel, ces messieurs vidaient vos poches. C'est ainsi que ma tante perdit son portefeuille. J^admire encore ce raffinement si savamment mis en usage pour que tout concourût à notre ruine.

Ce fut aussi dans la prison des Recluses que ma

tante forma le projet de m'éloigner de Lyon. Sans espoir pour elle-même, ayant déjà fait le sacrifice de sa vie, elle ne songeait qu^à mettre la mienne à Tabri, et feignant une affaire importante qui exigeait lâ^' présence de Tune de nous à Paris, elle tâcha de m'arracher la promesse^d'y suivre madame des Plantes, qui comptait s'y rendre aussitôt qu'elle serait mise en liberté. Je ne fis point cette promesse. Abandonner ma tante ne pouvait trouver place ni dans mon esprit ni dans mon cœur ; mais ma résistance ne lui fit point abandonner ce plan désespérant pour moi. Madame des Plantes, je Tai dit déjà, avait épousé le seul officier qui eût échappé au massacre de Pierre-Cize. Cette circonstance rendait sa position dangereuse; cependant, comptant peut-être sur quelques protecteurs, elle se flattait d'obtenir sa délivrance, et ma tante, qui ne pensait qu'aux dangers que je pouvais courir à Lyon, hâtait de tous ses vœux le moment de son départ : j'ignorai toujours les arrangements que ces deux dames avaient pris, ne voulant faire aucune question sur ce projet déchirant. Le ciel n'en permit pas l'exécution, et me sauva du malheur de désobéir à ma tante. Confondue devant ce grand caractère, j'admirais dans le silence de mon âme cet oubli parfait d'elle-même, cet amour sublime dont elle cherchait à me faire une égide ! cet amour qui me disait encore : Que tu sois sauvée, et je ne crains ni les souffrances, ni l'abandon, ni la mort! Ce voyage ne devait pas se faire. Madame des Plantes suivit ma tante à l'échafaud. Ce projet du moins occupa quelques-unes de leurs

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