‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 121 sur 241 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Paris refusent de servir ensemble; ils se sont battus. Cette querelle assuré un jour de repos; venez, il faut en profiter et tâcher de parler à Parcin. » C'était le président du tribunal. Je la suivis sur le quai Saint- Clair, oti il demeurait. On disait qu^avant d^avoir été terroriste, il était un humble et mauvais cordonnier.

Nous attendîmes dans la cour de son hôtel, avec un grand nombre de femmes de tous les rangs, que le même malheur y amenait sans doute. Il n'était pas permis d^approcher près des puissants du jour, et depuis longtemps nous attendions, lorsque nous vîmes un officier descendre rapidement l'escalier et s'éloigner à grands pas. « Est-ce Parcin? s'écrièrent quelques voix. — Non, répondit un homme placé là pour nous barrer le chemin : c'est le commandant de la place. — Courez vite le rejoindre, me dit tout bas ma protectrice, je le connais, c'est lui; il est en eflFet commandant de la place, mais il ne veut pas être reconnu. » J'eus de la peine à le rejoindre, tant il marchait vite. Essoufflée par ma course, je ne pouvais proférer une parole distincte. Comme il ne s'arrêtait point à ma voix, je le pris par le bras, et courant à côté de lui, je laissai un libre cours à ma douleur. ce Elle n'est point coupable, on la prend sans doute pour une autre, qu'on l'interroge encore; rendez-lamoi, elle est innocente! rendez-la-moi î Je suis orpheline, je n'ai plus qu'elle; que deviendrai-je sans elle? C'est ma seconde mère, je lui dois tout ; c'est mon soutien, c'est tout ce qui me reste ! Elle est innocente ; interrogez-la encore, rendez-la-moi; elle est innocente! »

Je ne pouvais prononcer que des paroles entrecoupées ; mes larmes et sa marche rapide m'ôtaient la respiration et la voix. Sa figure me parut impassible; je n^ aperçus aucune émotion; il ne me jeta pas un seul regard, et il laissa tomber ce seul mot : « Je verrai, » Je redoublai mes supplications : a Je verrai » ; et, me repoussant brusquement, il redoubla de vitesse. Ma compagne me rejoignit; elle me conduisit chez Corchant. C'était un des juges. Son abord était plus facile; on nous laissa entrer; il était à sa toilette et faisait faire sa barbe. On le disait plus doux que ses confrères. 11 ne répondit à mes instantes prières que par : « Nous verrons. » Il nous fut impossible de pénétrer chez les autres juges. Enfin, j'allai chez Marino; il me reçut avec douceur et me refusa tout, a Cette affaire ne me regarde pas y me dit-il. — Mais ne peux-tu pas prier pour moi ? » repris-je tout en larmes. Il resta inébranlable. Je passai la journée entière dans les rues, à errer autour de Thôtel de ville. Madame Milanès m'avait fait une courte pétition pour Parcin ; Je la lui remis moi-même au détour d'une rue. « Je verrai », fut toute sa réponse. Enfin, le soir, je me rendis à la commission temporaire; j'y attendis comme de coutume dans l'antichambre, exposée à tous les sarcasmes grossiers des soldats d'ordonnance qui s'y trouvaient. « Tu pleures; as-tu donc perdu ton amant? tu en trouveras un autre. » Un d'entre eux s'approchait. O mon Dieu! que d'amertume se mêlait à cette douleur infinie ! Dans ce moment on me dit : « Le citoyen Parcin s'approche. » C'était lui que j'attendais ; déjà je l'avais cherché dans

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