‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 123 sur 241 · CHAPITRE DOUZIÈME. 24I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. 24I

promettre, cet homme aura-t-il pprté à ma tante les paroles de son enfant, et fait goûter à son cœur maternel la seule consolation qu^il lui fût permis de connaître encore, en ajoutant : « Je Tai vue, elle t'aime, elle te pleure... elle prie pour toi... »

Pendant celte funeste matinée (i), je ne sortis pas de rhôtel de ville, en proie à une affliction que rien ne peut dépeindre. J'en parcourais les cours, sans apercevoir ceux que je cherchais. Si les sentinelles ne m'eussent repoussée, j'aurais été la redemander au tribunal même. Enfin, je restai fixée devant la porte fatale par où elle devait sortir. Je voulais la revoir encore, puis mourir aussi... Je voulais la revoir..., puis je redoutais d'en être aperçue et d'ébranler son courage. Et pourtant je m'écriais encore avec véhémence : « Je veux la revoir... » Ici la mémoire me manque... Je vois des gens s'enquérir du sujet de mes larmes, et cela seul me rappelle que j'en versais. J'entends sonner les heures ; qu'elles allaient vite ! Onze heures trois quarts. Je veux rester encore... A midi !... on veut m'emmener ; on m'emmena. Pourquoi suis-je partie? pourquoi mon courage a-t-il failli? A-t-elle cru que je l'abandonnais? Ah! si quelque chose peut me consoler de ne l'avoir pas revue, c'est que ma présence et ma douleur auraient rendu son sacrifice plus pénible.

J'étais sans mouvement, abîmée dans mon affliction, lorsque vers trois heures on frappe. Une lemme

(i) 22 pluviôse an II de la République, 1 1 février 1794.

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inconnue remet un billet et s'éloigne. Ce billet était de ma tante qui déjà n'existait plus I O mon Dieu ! que de douleurs déchiraient mon âme I quel deuil s'étendait sur mes jeunes annéeis!... Le voici, ce billet (i) :

« Je t'embrasse, ma bonne et chère amie. Mon billet d'hier i|c t'est pas parvenu : ménage ta santé et celle de tes deux amis. Je vous remercie du café; je viens de le prendre. Je, t'engage à aller voir ta sœur avec eux. Ne redemande rien et ne m'envoie que peu de choses. Tout est à la Cantat et à Marigni. Je vous embrasse de tout mon cœur, et n'ai pas l'espérance de le faire moî-liléme. J'ai demâûdé à être encore interrogée. Ménage ta santé et aime une tante qui t'aime et fait des vœux pour te revoir et pour ton bonheur. Ne demande pas de permission pour me Toir. Bien des amitiés à nos voisins ; tâche de les intéresser à ton sort. Adieu , ma chère petite amie.

« Je t'envoie une boîte (2) (tu me la renverras demain à dîner) ainsi que le petit étui et autres* petites misères. J'ai encore une boîte pour aujourd'hui, et n'ai besoin de rien. Je voudrais payer ce que je vous dois. Je me porte bien. )>

Ce billet, adressé à Cantat, était écrit sur un petit

(i) Je regrette d'avoir soumis à des regards indifiFérents un billet pour moi cher et sacré, dont les simples paroles n'auront point pour eux la valeur qu'ils ont à mes yeux. J'ai voulu refaire ces pages , je ne m'en suis pas trouvé la force.

(2) Une tabatière. Je ne la reçus pas , ni les autres objets non plus. Je pense que l'homme qui me remit l'étui et le couteau garda le reste.

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