‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 127 sur 241 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Je reste toute la journée dans la solitude. — M. Alexandre Tient le soir et veut m*emmener. — Douleur de Cantat. — Ma répugnance à partir. — Il me conduit à Fontaine, d'où il repart dans la nuit. — Bonté de la famille Ctiozières. — On vient pour m'arrêter. — Réponse du vieux Forêt. — Attachement que Madeleine me témoigne. — Je passe trois semaines chez ses parents. — Madame Milanës. — Sa bonté pour moi. — Mes adieux à mes amis. — Je pars pour retourner aux Echerolles.

Le lendemain, je me retirai dans une petite salle voisine de ma chambre; fy passai la journée dans une entière solitude. Le gardien, respectant ma douleur, eut la discrétion de ne point y entrer. Plongée dans de profondes pensées que Dieu seul a vues, je gémissais devant lui de Pinutilité de mon existence, un vide a£freux s*était fait dans ma vie, et mon âme se détachait de la terre. Ma tante avait emporté avec elle le but de mes soins, de mes vœux, de mes craintes. Elle était, à mon réveil, ma première pensée, comme elle en était la dernière à la fin du jour. Qu'avais-je à faire ici-bas? privée d'elle, tout était vide autour de moi, et mon cœur s'élançait vers le ciel pour Vy retrouver.

Je n'avais point compté les heures, nul bruit n'avait pu m'arracher à ces profondes et solennelles méditations; appuyée sur cette immense douleur, je m'élevais au-dessus d'elle pour la vaincre et l'oublier, lorsque ma porte s'ouvre. Le vieux Forêt entre, suivi d'un

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garde révolutionnaire devant lequel je reste interdite; il fait un geste impérieux, et, le gardien s'éloignant avec respect, je reste seule avec M. Alexandre, u Quoi! c'est vous, m 'écriai- je ; et mon père? — Je ne sais où il est dans ce moment, reprit-il ; nous avons été arrêtés près de la frontière, parce qu'on a suspecté la vérité de nos papiers. Pendant qu'on allait chercher ceux qui devaient les examiner, votre père a gagné Phomme qui nous gardait en lui offrant sa montre; il nous a laissé échapper par une fenêtre, et nous avons eu le bonheur de regagner Fontaine après une très-courte absence. On ne s*y était pas aperçu de la mienne, et j'y ai repris mes fonctions. Votre père vient d'en repartir seul. Bourdin s'en est allé d'un autre côté , et Charmet reste chez lui. Comme on m'a averti que j'étais dénoncé au district de la ville, je suis venu en toute hâte faire viser mon vrai passe-port au district de la campagne, avant que cette dénonciation y soit connue, et afin de ne plus être exposé aux dangers que je viens de courir. Je pars, j'ai dit adieu aux bons Chozières, mais je leur ai promis de m'informer s'il vous reste du pain (i). Si vous en avez besoin, faites-leleur dire , ils vous en apporteront. — Ah ! je n'ai plus besoin de rien, lui répondis-je; ma tante n'existe plus depuis hier. — Et vous, reprit-il promptement, que faites- vous? que devenez-vous? — J'attends mon sort, il m*est connu ; on doit faire cette nuit des visites domiciliaires, je sais que je serai arrêtée. — Comment?

(i) Ces braves gens m'en avaient souvent envoyé.

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