‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 129 sur 241 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

m'emmener à Pinstant même. Le vieux Forêt, plein de respect pour son uniforme, s'inclina en signe de consentement et nous ouvrit la porte. Ce qui venait d'arriver me faisait sentir qu'il n'y avait pas de temps à perdre, et je sortis presque hors de moi.

Tout cela s'était passé rapidement, si rapidement, que je suis persuadée que nous traduisîmes faussement la pensée de Cantat, et qu'elle n'eut pas le temps de redresser la nôtre. Je me sens le besoin de dire ici que cette pauvre fille, quoique d'une humeur peu agréable, n'était point méchante, et je n'avais aucune raison de la croire mon ennemie. Je pense encore qu'elle prit M. Alexandre pour ce qu'il paraissait être, et qu'en Toulant obtenir de lui qu'il me laissât libre, son inten-^ tien était sans doute de me soustraire plus tard ellemême à la visite que nous attendions. J'avoue que, ne voulant pas l'en faire rougir, je ne l'ai jamais questionnée sur ce moment de délire ou d'erreur de son esprit alarmé.

Je sortis en donnant des regrets au seul être dont le cœur me fût resté fidèle, et que je n'osais emmener avec moi : c'était ma petite chienne, dont l'œil sincère et les tendres caresses avaient charmé mon retour de chaque soir près de ce foyer veuf pour moi de douces causeries et d'amitié. Je retrouvais avec joie cette amie fidèle, la seule qui sût m'aimer encore. Mon père et nia tante avaient aimé cette petite bête; elle était comme une tradition, un souvenir, et mon dernier regard lui dit en partant : Toi aussi, tu en étais aimée.

Je m^éloignai rapidement avec mon guide dont

Phabit nous servait de laisser -passer. Nous franchîmes la porte de la ville sans la moindre difficulté , et nous nous trouvâmes libres dans la campagne. Il avait été important de hâter notre sortie, parce qu'il était tard et que rheure de notre promenade eût pu paraître indue. Bientôt l'obscurité devint profonde ; il tombait une pluie fine, pénétrante. L'impossibilité de rien distinguer rendit notre marche très-longue et très- fatigante. Il ne fallait pas moins que la grande habitude que M. Alexandre avait de ce chemin pour le reconnaître à travers les épaisses ténèbres qui protégeaient notre fuite. Quant à moi, je m'abandonnai avec la plus grande sécurité aux soins de cet homme généreux, marchant avec précaution , évitant le bruit et les rencontres. Dans le silence de cette course nocturne, je repassais dans mon âme les tristes événements qui m'avaient amenée à errer ainsi au milieu des champs pendant la nuit, jeune et seule avec un jeune étranger. Nous arrivâmes fort tard à Fontaine. Les bonnes gens chez lesquelles j'allais me réfugier me reçurent de bon cœur. M. Alexandre les instruisit de mon malheur, en me recommandante leurs soins. Ils pleurèrent avec moi , et mirent dans l'accueil qu'ils me firent toute la délicatesse naturelle aux belles âmes. La moitié de la nuit se passa en récits; le retour de M. Alexandre répandît la joie dans toute la maison ; un grand feu, un bon souper réparèrent nos fatigues. Après avoir parlé longtemps des tristesses du jour et de celles du lendemain, de cet avenir si redoutable et du passé si funeste, je souhaitai une bonne nuit à mon guide, et.

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