‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 13 sur 241 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Mon père en prison. — Il y est mis au secret, — Son interrogatoire. — Sa vie menacée. — Persécution. — Paysan arrêté. — L'innocence d'un condamné reconnue. — Belle conduite de M. Conny de la Paie, président du tribunal. — Mon père lui doit la liberté et la vie.

Mon père nous embrassa et se rendit en prison, seul, vers le soir. Son domestique, ne pouvant le servir et rester libre, se constitua prisonnier. Cet honnête homme, ce fidèle serviteur, se nommait Brugnon. L'affliction de ma tante fut d'autant plus grande • qu'elle comprit tous les dangers qui menaçaient mon père. Il fut cinq Jours au secret, pendant lesquels il eut une fluxion de poitrine; on refusa l'entrée d'un médecin et de toute espèce de secours nécessaires à son état. Les nommés Robin et Faure, impliqués dans cette affaire, étaient dans la même prison. Faure avait " servi dans le régiment de Royal-Guyenne. D'abord soldat, il avait atteint le plus haut des grades subalternes; puis, s'étant retiré du service, il avait tiré parti d'une éducation assez soignée pour se faire maître de pension, son instruction lui permettant d'en rem* plir les devoirs. J'ignore comment il se trouva com* promis dans l'accusation intentée contre mon père.

A peine la nouvelle de son emprisonnement fut-elle connue , que toute la société vint chez ma tante pour lui témoigner la part qu'elle prenait à ce triste événe-

meni. Les femmes surtout, dont la compassion est plus démonstrative, et qui sont moins susceptibles que les hommes de fléchir sous une crainte servile, les femmes laissèrent éclater toutes les marques de leur intérêt. Ma tante, touchée comme elle devait Têtre de tant de marques d'afifection, en tirait parti pour rallier des défenseurs autour de son frère et prendre des mesures actives afin de balancer le pouvoir de ses ennemis. Ceux-ci étaient fort nombreux. Le caractère vif et impétueux de mon père lui en avait fait beaucoup. Ils voulaient le perdre, et le voulaient puissamment. Il fallut une bien grande prudence pour prévenir ou détourner leurs coups.

Au bout de quelques jours de secret, on déclara que mon père devait être conduit dans l'église des Minimes pour y être interrogé, et qu'il y marcherait enchaîné entre Faure et Robin. Cette église étant trèséloignée de la prison , il fallait traverser une grande partie de la ville pour s'y rendre.

Ma tante, au désespoir, représenta que son frère, depuis cinq jours attaqué d'une maladie très-grave, n'avait pas quitté son lit; qu'il lui serait peut-être impossible de se tenir debout, et encore moins de faire à pied un aussi long trajet. Après beaucoup de sollicitations, elle obtint qu'il fût porté à la suite de ses malheureux compagnons d'infortune. Mon père se leva alors pour la première fois depuis son entrée en prison ; il n'avait jusque-là pris aucune nourriture; il ne put ni faire un pas ni se soutenir, il s'assit. Le geôlier, lui ayant donné du vin chaud, le traîna jusqu'à la chaise

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