CHAPITRE QUINZIÈME. 3o
moi, persuadée qu^un mauvais ecclésiastique est bien dangereux. II s^en dédommageait pendant les visites qu'il faisait à ma tante, profitant de sa surdité pour me dire mille choses que je n'eusse pas écoutées ailleurs, sûr qu'il était que si j'osais m'en plaindre, mademoiselle Melon ne me croirait pas. Je n'en étais que trop persuadée moi-même, connaissant sa profonde estime pour lui. Il m'offrît des livres ; une sagesse au-dessus de mon âge, que les circonstances m'avaient donnée, me les fit refuser, tandis que j'en acceptais de M. Bonvent. a Mademoiselle, me dit franchement ce dernier, j"ai beaucoup de livres, mais je ne puis vous en prêter que deux ; la Vie de Turenne et celle du Prince Eugène. » J'acceptai sans scrupule et n'eus point à m'en repentir.
Ce fut pendant ce premier séjour à l'Ombre, que je reçus une petite somme d'argent d'une personne inconnue; un billet sans signature attestait que cet argent m'appartenait. J'ignorai pendant longtemps l'auteur de ce bienfait; enfin j'appris que c'était ma bonne, mon excellente bonne, qui, pensant que n'ayant rien, je devais être dans le besoin, fit violence à son caractère craintif et sollicita la faveur d'être gardienne des scellés nouvellement remis aux Écherolles, afin de m'en Mre passer le salaire. N'était-ce pas une femme bien fidèle et bien rare?