‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 169 sur 241 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

a des lois pour vous, leur dit-on; nous n'usurperons pas leurs droits » ; et des voix s'écriaient de toutes parts : « Je ne suis qu'un voleur. »

C'est dans un de ces massacres que périrent le citoyen Forêt, sa méchante femme, son fils le municipal, et sa iillâtre(i), qui les valait tous. Deux prêtres et un émigré étaient incarcérés à Roanne : il leur fut dit : Sortez, cette occasion-ci ne se retrouvera plus; et discontinuant le massacre, ils quêtèrent entre eux la somme nécessaire pour leur faire gagner la Suisse. Puis ils retournèrent à leur œuvre.

Lorsque nous arrivâmes à Lyon, cette atroce justice était faite; quelques assassinats isolés en rappelaient seuls rinîquité. Les jacobins revinrent au pouvoir, et peu à peu on se remit à les craindre. L'hydre n'avait point péri dans cette lutte violente; relevant ses têtes abaissées, elle reparut alors pleine de vigueur et de vengeance.

Il existait une loi qui ordonnait aux pères des émigrés de se rendre dans le domicile qu'ils habitaient en 1792, pour y rester en état de surveillance. Mon père, qui avait habité le faubourg de Vaise depuis le commencement du mois d'août de la même année, - espéra satisfaire aux exigences de cette loi, en y restant.

(i) C'est un mot des plus durs de notre langue, et particulièrement en usage à Lyon. Il convenait parfaitement à cette femme dure comme lui. Elle portait habituellement un chapeau, à la prise de Toulon, dont le bouquet avait, en guise de tleurs, des sabres, des canons, des boulets et des bombes. C'était un triste bouquet, mais il allait à cette femme sanguinaire! Il s*y trouvait jusqu'à des guillotines.

De son côté, la ville de Moulins somma mon père de venir se mettre sous sa surveillance. Mon père se fit fort de son domicile de Vaise : Moulins n'entendit pas raison, un procès fut intenté contre lui, et pour prix de sa résistance , il fut condamné à deux ans de réclusion et de fers. Plusieurs mandats d'arrêt décernés contre lui se suivirent bientôt, mais sans succès, mon père ayant su leur échapper toujours. C'est ainsi que pour nous commença une ère nouvelle de souffrances et de persécutions.

M. Guichard, dont Tamitié courageuse ne s'est jamais démentie, nous en donna une preuve bien touchante. Il souffrait depuis plusieurs années d'un asthme très-fort, auquel se joignait une hydropisie dont les progrès assez rapides s'opposaient à toute espèce d'occupation, et rendaient son existence trèsdouloureuse. Cependant, le désir d'être utile à mon père lui fit surmonter la violence de ses maux. Il rechercha et accepta une place de la commune de Vaise, qui le mettait à même de prévenir les surprises; car c'est à lui que l'on s'adressait pour les mesures d'arrestation. C'est ainsi que beaucoup de ces mandats d'amener restèrent sans exécution, et j'ignore quel compte il en rendit. C'est au dévouement généreux de M. Guichard que nous avons dû la sécurité dans laquelle nous vécûmes tranquilles et cachés, à l'abri de sa protection. Mon frère cadet, qui avait repris son domicile à Rive-de-Gier , chez M. Mazuyer, venait souvent nous voir. Son arrivée, douce à nos cœurs, y répandait une joie pure, de sorte qu'au milieu de nos

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