CHAPITRE TROISIEME
OÙ ils furent égorgés dans POrangerie. Ma tante, qui pressentait leur sort, mit tout en œuvre pour obtenir qu'il fût jugé à Moulins, afin de rendre utile Tintérêt que lui conservait encore une partie de ses juges et des habitants. Autant que je puis me le rappeler, les vues de ma tante étaient le plus souvent justes, et sa prévoyance grande; elle se trompa rarement dans le jugement qu'elle porta des événements. C'est alors que dans la femme spirituelle, connue par ses bons mots, ses plaisanteries fines et piquantes, se développa le caractère de la femme forte, et que ce petit mérite de femme aimable jeté là comme une fausse enveloppe laissa paraître à tous les yeux la vraie grandeur de son âme. Déjà nous lui avions beaucoup et de grandes obligations. Son dévouement pour les siens fut sans bornes, ainsi que sa générosité. Dans la suite, c'est absolument de ses bienfaits que nous vécûmes; nonseulement de ses revenus, mais encore du produit d'un domaine qu'elle vendit sans hésiter pour nous soutenir.
Afin de me rendre le séjour de la prison moins long et moins ennuyeux, et pour utiliser le temps que j'y passais, Faure me donnait des leçons de géographie, de sphère et de physique. Il voulut varier les occupations monotones qui remplissaient mes heures dans ce triste séjour, et fit apporter une petite machine électrique pour me montrer différentes expériences. Ces délassements innocents excitèrent les soupçons, ou plutôt ils offrirent un singulier moyen de persécution que l'on se hâta de saisir, et bientôt ils furent défendus.
28 VSE FAMILLE VOBLE SOCS LA TEKKECK.
La chaleur était fort grande: pendant hait jours consécutif il y eut de fréquents orages, le tcmnene tomba plusieurs fois dans la ville: un nommé G..., dénonciateur de mon père, fut mé par la foudre en galopant sur la grande route : c'était un patriote zâé. On lui rendit des honneurs funèbres d autant plus grands qu'il était ennemi de mon père. Mais d^oQ venaient tant d'accidents? qui attirait tant de malheurs sur la ville et sur les citoyens? Cétait mon père, dont les expériences physiques n'avaient d'autre but que de diriger la foudre sur Moulins, et de porter le deuil parmi ses habitants. Ce conte était dans le goût du peuple; il y avait du merveilleux, et pour lui de Tincompréhensible ; dès lors il fut persuadé de son danger, sans réfléchir que mon père, habitant une tour dans la partie la plus élevée de la ville, se trouvait menacé plus que personne ; mais cette idée, offrant un nouveau mode de vexation, fut accueillie avec ardeur. On enleva la machine électrique; toute espèce d'expériences et d'études fut strictement défendue. Des mendiants, assis sous la fenêtre, accusèrent mon père de leur avoir jeté de l'argent à travers ses barreaux pour les engager à se charger de messages secrets. Il fallut donc aussi se refuser de secourir le pauvre, et craindre de s'approcher de la fenêtre pour y respirer un air pur.
Qui ne sait maintenant ce que c'est que le séjour de la prison , et combien y pèse une minute? Plus resserré que jamais, mon père y comptait douloureusement les heures, lorsqu'un événement imprévu vint y répandre une joie inusitée, une joie pure et belle, et je ne puis