‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 171 sur 241 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

père, il accourait lui oflFrir son secours. Bientôt instruit de nos inquiétudes, il engagea mon père à partir surle-champ. « Venez avec moi, lui dit-il, quittez une maison oîi Ton soupçonne toujours votre présence. — Comment, en plein jour? — Dieu nous protégera; ce n'est pas vivre que d'exister comme vous le faites. » Cette résolution, une fois prise, devait être exécutée promptement. Jeanne-Marie court s'assurer d'une batelière sûre, qui vient attendre avec son bateau au bout d'une petite ruelle qui donnait vis-à-vis de la porte de la maison. On guette le moment où personne ne passe, mon père saisit cet instant favorable ; enveloppé d'un manteau comme son ami, il franchit rapidement la rue avec lui, monte dans la petite barque, et les voilà voguant. Ils passèrent la Saône, et furent en peu de temps à l'abri. Nous restâmes livrées à de grandes inquiétudes, mais espérant son salut de la justice de sa cause. Le commissaire vint à l'heure qu'il avait fixée, levant à peine les yeux dans la crainte de voir ; nous aurions pu lui dire de les lever, mais il était bon maintenant que l'on crût mon père près de nous.

Sans le procès intenté contre mon père par les autorités de la ville de Moulins, nous aurions joui de la liberté rendue à tous les Lyonnais, qui avaient été rayés en masse. Mais loin de là, poursuivi avec un acharnement infatigable, chassé de toutes les retraites qui l'abritaient, mon pauvre père se voyait seul, dans une situation intolérable; et l'amertume dont son cœur était inondé lui donnait ce dégoût de la vie qui lui fit commettre tant d'imprudences. Il n'en supportait plus

les inquiétudes, a Mieux vaut mourir », disait-il toujours, et je répétais tristement : « Et moi, mon père, et moi ! »

M. de Rostaing le conduisit tout bonnement chez lui. Il y resta quelque temps, et trouva par ses soins un asile nouveau et sûr. Jouissant souvent de la société de son ami, vieux militaire comme lui, il trouva dans sa conversation d'anciens souvenirs qui leur étaient communs, et les angoisses du présent perdaient de leur àpreté devant les récits vifs et animés de leurs vieilles batailles*

Le procès de mon père traînait en longueur. Ne pouvant m'a voir près de lui, il crut sage de me renvoyer aux EcheroUes pour ses affaires. D'ailleurs, l'économie exigeait notre séparation. J'y revins donc accompagnée d'une femme qui repartit ensuite. Tout y était dans le même état ; mais cette fois-ci je me logeai dans l'appartement de ma mère, et j*y restai, bien décidée à ne le céder à personne.

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