‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 174 sur 241 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

provisoirement, d'autres aspiraient à Tétre. Plusieurs, mêlés dans la foule, pressés par Timpérieux désir de respirer Pair de la patrie, bravaient tous les dangers pour cela, et n'avaient fait aucune démarche pour se mettre à Pabri des rigueurs de la loi; ils étaient là, avec les autres, tous remplis d'espoir et de sécurité, rêvant les douces réunions de famille et les causeries du foyer domestique. Ils racontaient, trop haut peutêtre, les vicissitudes et les aventures de leur pénible vie. On avait beaucoup vu, beaucoup souffert, beaucoup à dire ; on tenait ensemble par ses malheurs et par les espérances dont l'avenir de chacun semblait riche, enfin tous se croyaient assurés de la félicité, objet de leurs vœux. Les esprits les plus mesurés , entraînés par cette multitude joyeuse, subissaient son pouvoir, et comme elle se laissaient entraîner par ce doux rêve.

Mon frère cadet, replacé dans Tartillerie par la constante bonté de M. de Gueriot, était en garnison à Grenoble, ce qui lui permettait de venir nous voir quelquefois. Nous nous retrouvions en famille, et l'espoir de rentrer dans la jouissance de sa fortune s'ajoutait au bonheur que mon père éprouvait de voir ses enfants réunis près de lui. Nous vivions presque sans soucis, tant nous avions d'*espérances ! Nous vivions vite. J'aspirais avec bonheur à ce bien-être inconnu; je savourais cette existence si neuve et si belle , sans me croire si près de la perdre. Trois mois à peine suffirent pour l'épuiser ; une nouvelle réaction brisa tant d'illusions chéries, détruisit nos espérances et compléta notre ruine.

C'était le 18 fructidor. Je ne connus de l'histoire de cette tipoque funeste que la triste nécessité de fuir encore, de m^arracher des bras d'un père que je chérissais tant, et de recotnmencer cette vie isolée, errante et décousue, le plus insupportable de mes malheurs.

Les émigrés qui n'étaient pas rayés définitivement reçurent l'ordre de quitter le territoire français, où Ton avait toléré leur présence. Des passe-ports leur furent, délivrés pour la frontière la plus proche du lieu où il», se trouvaient, au moment de cette nouvelle mesure révolutionnaire. Mon père et mon frère aîné en demandèrent pour la Suisse. Quant à moi, malgré mon inscription sur la liste des émigrés , il était notoire que je n'avais point quitté la France, et mon père se flatta que ce décret ne m'atteindrait point. Il fut donc décidé que je regagnerais ma province, dans le vain espoir de sauver par ma présence quelques parcelles d'une fortune destinée à être perdue sans retour. Nos préparatife furent prompts, car on ne nous accorda qu'un trèscourt délai. Aussitôt que l'on put trouver des places à la diligence, mon père m'y conduisit lui-même, et suivie de ma fidèle Babet, je quittai Lyon peu d'heures avant lui. Mon frère cadet échappa, je croîs, à cette nouvelle proscription, à l'abri du nom d'emprunt qu'il avait longtemps porté dans le corps oii il servait, et il dut plus encore son salut à la généreuse affection de M. de Gueriot.

Ce changement d'existence avait toute la rapidité d'un songe qui s'évanouit ù l'aspect de la plCis di

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