‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 190 sur 241 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. 3yq · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. 3yq

que le terrorisme même n^avait pas imaginée, menaçait la sûreté individuelle des citoyens; nul d'entre eux n'était à Tabri des accusations les plus arbitraires. Ainsi, pendant mon séjour au Battouée, où j'étais retournée à mon départ de Ne vers, M. de Lespinasse fut désigné pour servir d'otage, avec trois personnes des plus considérables du canton , parce qu'on avait assassiné, à quelque distance du Battouée, une femme qu'aucun d'eux ne connaissait et dont ils ignoraient l'existence.

Les trois voisins gagnèrent au large, sachant combien l'innocence comptait pour peu aux yeux des auteurs de pareilles mesures. Ma cousine désirait que son père en fît autant; il s'y refusa. « Je ne fuirai pas devant une absurdité semblable, lui dit-il; et s'il le faut, j'irai en prison; je n'en ai point oublié le chemin. — Du moins , mon père , reprit mademoiselle de Lespinasse, cachez- vous, confiez-moi le soin de veiller sur vos jours; ce n'est plus pour vous que je le demande, c'est pour moi, c'est pour mon frère; conservez-vous à vos enfants, w 11 céda aux instances de sa fille, et elle s'occupa sur-le-champ de cacher ses gens; car il y avait encore de la contrebande dans la maison. Un bon vieux prêtre y était à demeure sous un autre nom que le sien, il est vrai; mais en arrêtant l'un, on pouvait reconnaître l'autre.

Aussitôt qu'il fut question de s'emparer de ces quatre messieurs, un de leurs amis, quittant Nevers sur-lechamp, vint les avertir, afin que leurs mesures fussent prises , en cas que , cette proposition une fois agréée ,

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on passât rapidement à son exécution. Il arriva au Battouée vers le milieu de la nuit; tout fut bientôt sur pied. J'entendis le bruit qui se faisait avec étonnement d'abord ; mais reconnaissant les pas de toutes les personnes de la maison, je compris ainsi qu'aucune d'elles n'était malade. « J'attendrai tranquillement, pensais-je; si l'on a besoin de moi, on viendra me le dire ; en attendant, dormons encore. » Ce petit monologue à peine achevé, ma cousine entra. « Lève-toi, nous avons besoin de ta chambre »; et lorsqu'elle m'eut fait part de son plan, il fut convenu qu'étant malade, je me recoucherais en cas de visite.

La maison fut aussitôt comme en état de siège; on n'y entrait qu'en montrant patte blanche; à la moindre apparence de danger, chacun devait courir à son poste. Nous fûmes ainsi trois jours; on ne vint point. La motion ne passa pas ; peut-être craignait-on qu'elle ne fût prématurée. Après cette petite alerte, tout reprit son cours régulier.

Distraite un instant de mes inquiétudes, je les retrouvai toutes dès que je n'eus plus à craindre pour mes bienfaiteurs. Je n'avais aucune nouvelle de mon père, ni de mon frère aîné. Le cadet, ayant fait partie d'une expédition malencontreuse, languissait prisonnier dans les cachots d'Edimbourg, depuis huit mois. Je languissais aussi , n'espérant pas une fin prochaine à tant de souffrances, lorsque je reçus une lettre de ChamboUe lui-même , qui m'annonçait sa délivrance et son retour à Paris. Quelque temps après, je vis arriver chez M. de Chaligny, où j'étais alors, un jeune militaire le sac au

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