‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 204 sur 241 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

reste de la maison, je n'aurais de relations qu'avec la mère. J'étais décidée à tout, mais mon pauvre père ne Tétait pas. Ce fut une journée bien triste que celle-là, où , nous fuyant et nous cherchant, nous n'osions nous regarder, dans la crainte de lire un arrêt dans nos yeux.

« Ma fille, une simple bonne! — Pour vous-même, mon père, ne le faut-il pas... » Qu'il avait l'air malheureux ! ... Je refusai. Sa joie fut grande, et je reconnus à celle que j'éprouvai moi-même tout ce que cette cruelle résolution me coûtait.

Combien les gens riches et heureux ignorent de choses! Ils ne savent ni ne pressentent ces combats entre la nécessité et les sentiments les plus doux au cœur; ces brisements de l'âme qu'il faut cacher comme un crime; ces délicatesses que l'on ne vous pardonne plus, parce qu'elles sont l'apanage de la richesse. Oh! ces nuances de douleurs, que chaque jour rend plus sombres, auxquelles un mot ajoute une ombre; ces nuances qui parcourent toutes les gradations depuis la teinte la plus légère jusqu'au noir le plus noir, qui les connaît bien? qui pourra les décrire? Les heureux du jour s'ennuient de vos malheurs; s'ils croient vous devoir un mot complaisant^ il tombe du haut de leur dédain, et celte froide consolation va se graver en pointe de feu dans le cœur qu'elle déchire; c'est une glace qu'ils y jettent, et pourtant elle vous brûle.

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