‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 211 sur 241 · CHAPITRE VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIEME

père m^avaît laissé la disposition ; mais toujours vaincue en générosité par cette excellente femme, elle ne voulut jamais en faire usage, et jusqu^à sa mort, elle ne dut son existence qu'à son travail. Elle fut longtemps à me pardonner d'avoir douté de sa force et de son coeur, et de l'avoir quittée sans lui confier mes projets. Ce ne fut qu'à ma vive douleur de l'avoir offensée, à mes prières réitérées, qu'elle voulut bien m'accorder un pardon si nécessaire au repos de mon âme, et que mes torts envers eflle en avaient banni.

Les affaires de madame Guichard ayant nécessité la vente de sa maison, ma bonne se retira chez un ami de mon père, M. Fellot (i), oîi elle trouva jusqu'à sa mort les soins et la considération dont elle était digne. N'ayant aucun moyen de rendre à cet honnête homme tout ce que je lui dois, je me trouve heureuse de placfer ici l'expression d'une juste reconnaissance. Elle lui était acquise par tout ce qu'il avait fait pour nous, il l'accrut encore en remplissant un devoir, que la noble conduite de madame Duvernai rendait sacré à mes yeux.

Je ne crois point avoir à m'excuser des détails que je donne sur elle, car tout ce qui est noble et grand a des droits à l'admiration publique, et c'est chose louable que de révéler au monde les vertus et la conduite

(i) M. Fellot, avec lequel nous étions restés en relation depuis le siège de Lyon, devint notre ami, et donna de grandes preuves d'attachement à mon père, qu'il ne craignit pas de recevoir et de cacher dans sa maison à une époque bien dangereuse. Il faisait partie de la députation qui vint annoncer à mon père qu'on l'avait choisi pour commander les Lyonnais.

généreuse de ces âmes élues, mais trop humbles pour vouloir paraître.

La renommée insouciante et légère ne porte avec elle que les actions bruyantes qu'elle va rapidement semer dans l'univers. Les hommes, surpris et désireux de récouter, apprennent par elle les faits éclatants, les grands crimes, les erreurs célèbres... mais les vertus modestes échappent à son regard, comme à son vol rapide. Qu'il soit donc permis à une feiible voix de raconter la générosité, le désintéressement, la fidélité, l'élévation des sentiments et la grandeur d*âme d'une pauvre et simple femme.

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