‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 23 sur 241 · CHAPITRE QUATRIEME. Sq · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. Sq

conduisit à la comédie, pn donnait Paul et Virginie. Madame Chevalier, qui depuis fit parler d'elle en Russie, jouait le rôle de Virginie avec grâce et talent. Je n'avais jamais vu un spectacle aussi beau; et, pour Padmirer, j'oubliais tout le reste, lorsque tout à coup des voix de stentor firent retentir la salle de Thymne des Marseillais. Le parterre était plein de ces hommes trop fameux. Arrivés la veille, ils se rendaient à Paris, sans savoir peut-être à quelle œuvre de sang ils devaient coopérer. Qui ne connaît la beauté de cet hymne marseillais, sa mâle vigueur, sa puissance sur les courages? Nous rentrâmes frissonnant de terreur.

J'ai déjà dit que nous logions à Tbôtel de Milan , sur la place des Terreaux. Le lendemain de cette scène, nous aperçûmes un attroupement près de Thôtel de ville, et bientôt nous vîmes passer sous nos fenêtres les officiers du régiment de Royal-Pologne (i), qui venaient d'être arrêtés par leurs propres soldats réunis à ceux du régiment de Vexih, déjà connus par leurs excès. On les conduisait au château de Pierre-Cize, prison d*État. Une foule innombrable, à la fois joyeuse et cruelle, accompagnait ces infortunés. Ce torrent furieux s'écoula nous restâmes muets et glacés de terreur. Chaque jour, chaque minute révélait un danger nouveau; on se sentait en quelque sorte gêné de vivre, parce qu'on n'avait pas un moment l'assurance de vivre l'instant d'après.

(i) Ils étaient accusés d'avoir voulu porter leurs soldats à émigrer.

MM. de Nétancourt et de Bosque, dont le régiment quittait la garnison de Roanne, où nous les avions connus, se trouvaient chez mon père lorsque leurs malheureux camarades passèrent ainsi escortés par une soldatesque effrénée; ils gémirent sur les amis qu'ils comptaient parmi les officiers de Royal-Pologne. Par un retour sur eux-mêmes, prévoyant le sort qui leur était préparé, ils résolurent de ne pas l'attendre, et nous quittèrent pour émigrer.

Cependant, il fallait décider ce que nous deviendrions, et il le fallait promptement. Mon père, ne sachant que faire, prit le parti d'aller chez le iils de M. Noailly, pour lui demander ses conseils et s'en remenre à sa prudence, espérant trouver en lui quelque souvenir de ce qu'il avait fait pour son père. 11 ne se trompa point; M. Noailly l'accueillit avec amour et mit tous ses soins à lui prouver qu'il en était reconnaissant. Il demeurait dans le faubourg de Vaise, et proposa sur-le-champ à mon père de s^y établir. Chaque faubourg avait alors une municipalité particulière ; celle de Vaise était composée de très-braves gens. Sur la demande de M. Noailly, qui répondit de nous, elle permit à mon père d'y prendre son domicile , et nous éludâmes ainsi l'ordre de quitter Lyon. Notre voyage se borna au faubourg de Vaise oti nous trouvâmes un assez joli appartement, chez un M. Serîziot, riche marchand de blé. On le meubla à la hâte , et nous nous empressâmes de nous y rendre pour échapper à l'attention malveillante qui épiait les moindres démarches d'un étranger. M. Noailly et sa femme, jolie et aimable personne, devinrent une

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