‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 27 sur 241 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

montent tous. M. des Plantes, qui les suivait en habit civil, s'y couche à leurs pieds. On part; à peine la voiture eut-elle fait quelques pas, qu'une patrouille l'arrête. Madame de Bellecise s'avance à la portière , se nomme; elle n'a plus d'asile; elle va en chercher un. A ce nom vénéré , celui qui les avait arrêtés s'incline respectueusement. « Mes amis, c'est madame de Bellecise (i). — Qu'elle passe. » Ils arrivèrent sans autre rencontre dans la retraite qu'ils s'étaient ménagée , prévoyant depuis longtemps ce qui venait de se passer. M. des Plantes fut envoyé dans un asile plus sûr, et bientôt s'échappa de Lyon.

Le lendemain, mademoiselle de Bellecise se rendit à l'hôtel de ville, et se plaçant formellement sous la protection de la ville, elle réclama appui et secours pour retrouver les objets appartenant à son père , qui avaient été pillés à Pierre-Cise , et demanda la permission de faire enlever ceux qui y étaient encore. Ses demandes furent trouvées justes; on lui accorda une sauvegarde pour s'y rendre. QuMl dut lui en coûter de traverser cette foule audacieuse qui couvrait encore la place des Terreaux, et qui ne s'était point dispersée pour mieux

(i) Madame de Bellecise était généralement respectée. Elle avait été fort belle dans sa jeunesse ; elle Pétait plus encore dans sa vieillesse y parce que la pureté de son cœur se' réfléchissant sur sa figure, on y lisait toute une vie consacrée à ses devoirs. Une indicible douceur, quelque chose d'angélique répandu sur elle, forçait à Padmiration et au respect. Pendant la scène de carnage dont cette journée fut souillée, elle était restée près de son mari, lui donnant Texemple du courage et se préparant à mourir avec lui.

jouir des forfaits de la veille ! Elle s'ouvrit sur le passage de mademoiselle de Bellecise ; on ne Finsulta point, mais on la força de passer près des corps de ces infortunés, dépouillés, mutilés, épars sur les marches de l'hôtel de ville (i). Elle eut la force de commander à l'horreur qu'elle éprouvait, et rien ne trahit son émotion. Le succès des démarches pénibles qu'elle venait de tenter l'arrachant promptement à ce triste spectacle, elle se rendit sur-le-champ à Pierre-Cise, et put sans opposition en faire enlever les effets dédaignés par la populace. Plus tard, la police parvint à lui faire retrouver plusieurs objets précieux.

Que faisions -nous pendant cette soirée désastreuse du 9 septembre 1792 ? Nos craintes particulières se mêlaient aux inquiétudes générales. La proximité de Moulins nous exposait à être facilement retrouvés par ceux qui regrettaient que mon père leur eût échappé. On était venu plusieurs fois s'informer s*il était chez madame Guichard. Les noms d'aristocrate, d'étranger suspect, s'étaient échappés de la bouche de gens à mauvaise mine; enfin nous fûmes J>révenus que mon père était menacé personnellement. Nous sortîmes donc fort tard de chez nos bons voisins , sans bruit et sans lumière , après nous être assurés que personne ne pouvait nous voir ou nous entendre. Il ne fut pas question

(i) Outre les huit officiers de Royal-Pologne qui périrent alors, trois prêtres réfractaires furent découverts et massacrés comme eux; leurs têtes^ portées sur des piques, furent promenées dans toutes les rues.

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