‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 29 sur 241 · CHAPITRE QUATRIEME. 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. 5l

réussi. Heureux d*avoir sauvé un homme, il trouvait du reste la chose si simple qu'il ne comprit point qu'on Ten admirât.

Ma tante passa une nuit terrible; elle avait, comme nous, de vives inquiétudes, elle avait de plus que nous à prendre un parti, chose bien difficile dans un pareil moment. Elle résolut du moins de ne point faire partager à mesdemoiselles de Piolenc les dangers que nous pouvions courir, et dès le jour, elle les fit conduire par sa femme de chambre et par le domestique de mon père chez un M. Coste, connaissance de M. de Piolenc, dont l'existence obscure semblait assurer leur tranquillité. Je quittai mes amies sans espérer les revoir jamais; une séparation de quelques minutes pouvait alors amener celle de toute ma vie.

Mes yeux étaient encore humides de ces nouveaux adieux, lorsque notre hôtesse entra chez ma tante pour lui signifier, en termes clairs et laconiques, qu'elle dût à l'instant même quitter sa maison. « Madame, répondit ma tante un peu surprise, vous ne pouvez me chasser d'ici, j'ai loué cet appartement pour un temps fixé ; il n'est point écoulé, et j'y suis chez moi. — Tout ce que vous direz m'est fort égal, reprit-elle, on ne vous connaît point ici; vous passez pour des aristocrates, cela suffira pour faire piller ma maison. Nonseulement il faut partir sur-le-champ, mais il faut encore qu'il ne reste aucun vestige de votre séjour ici. — Mais, madame, disait ma pauvre tante, oli voulezvous que je me réfugie, ne connaissant personne? — Oîi vous pourrez, cela m'est égal. » Que faire contre

une volonté aussi énergique? En moins d^une demiheure, tout fut serré, les lits défaits et placés sur des chaises comme dans un logement inhabité; il n'y resta pas une épingle, « car, disait Pobligeante madame Seriziot, les Marseillais partent ce soir, ils passent devant ma maison, et je ne veux pas qu'ils y soupçonnent des aristocrates ». Cette résolution, fortement exprimée, nous fit prendre la porte. Une fois dans la rue, nous nous rendîmes chez la bienveillante madame Noailly pour lui demander un asile, croyant pouvoir peut-être aller partager celui de mon père; mais il était parti pour un endroit très-éloigné ; elle ne savait rien de son sort. Ignorant aussi où était son mari, elle avait ses craintes personnelles, et se trouva aussi embarrassée de nous que nous Tétions nous-mêmes, ci Enfin, ditelle, je vous offre la moitié d'une chambre que mon père s'est réservée dans une petite maison de campagne qu'il possède à une demi-lieue d'ici ; nous y allons si souvent qu'on ne vous remarquera pas. Je compte même y passer cette nuit, qu'on annonce devoir être orageuse. Vous y serez mal, mais du moins, je l'espère, en sûreté. »

Ma tante accepta cette offre avec empressement; rimportant était de pourvoir à la nécessité du moment, et après avoir été prendre dans notre logement quelques effets indispensables à ce petit voyage, nous sortîmes pour toujours de chez madame Seriziot.

Ma tante marchait appuyée sur le bras de Saint-Jean, son domestique, portant le petit paquet dont elle l'avait chargé. Chacune de nous avait fait ses arrangements en

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