CHAPITRE CINQUIÈME
comme Challier le désirait, le jour de Texécution du complot fut fixé; les serments les plus affreux furent exigés de tous les membres de cette assemblée, qui bientôt se sépara pour se préparer à cette œuvre d'iniquité, nommée par eux d'un si beau nom. Atroce dérision du crime qui fit tomber toutes ses victimes au nom de la vertu.
Cependant, un de ces frères et amis, saisi d'horreur à la vue des malheurs qui se préparaient, courut faire la révélation de leur tentative. Aussitôt les sections s'assemblent, s'établissent en permanence, se nomment des chefs provisoires, et marchent contre l'hôtel de ville (29 mai 1793).
La municipalité, toute composée de jacobins, s'y était retirée avec les principaux chefs de ce parti ; des batteries de canons avaient été placées aux rues qui débouchaient sur la place des Terreaux, pour en défendre l'approche. Les sections s'avancèrent en colonnes serrées par ces rues étroites et tortueuses qui mènent à l'hôtel de ville. Elles perdirent beaucoup de monde par le canon qui les prenait en tête , et par les coups de feu qui, partant des caves et des greniers, ne manquaient pas leurs hommes. Les femmes de ces monstres suivaient les colonnes, comme des loups dévorants, avides de cadavres, qui se montrent après une bataille ; ces femmes , monstres elles-mêmes dignes de leurs époux , achevaient les blessés avec une cruauté inouïe (i). La colonne qui s'avançait sur le quai du
(i) Un jeune homme, voyant tomber son ami à côté de lui, le
64 t'NK FAMILLE NOBLE SOUS LA TERREUR.
Rhône souffrit beaucoup du canon qui le balayait dans toute sa longueur. On se battit toute la journée avec acharnement; la résistance était égale, chacun défendait sa vie et sa liberté. Enfin, vers six heures du soir, la section du Temple, composée d'hommes robustes et braves , enleva une batterie à la course avant qu'on ait pu la recharger; ce mouvement décida Fa&ire en faveur des honnêtes gens. L'hôtel de ville fut pris. M. Madinier (i), commandant des Lyonnais, monta les marches de Thôtel de ville à cheval, les rênes entre ses dents, un pistolet à chaque main. On y trouva les corps des prisonniers faits par les jacobins. Ils avaient été massacrés et outrageusement mutilés. Bertrand, maire de Lyon, Challier, Carteron, Rouleau et beaucoup d'autres furent arrêtés, conduits à l'Arsenal, et confiés à la garde de M. de Gueriot, qui en était le commandant; le lendemain, ce dangereux dépôt lui fut redemandé pour être conduit à Roanne, prison de la ville.
Les Lvonnais se nommèrent d'autres autorités. La tranquillité se rétablit. Une liberté inconnue au reste de la France fut le fruit de cette victoire. De toutes parts on accourut à Lyon pour y chercher un asile
prit sur ses épaules, pour ne pas le laisser exposé aux outrages de cette populace cruelle. 11 fut aperçu par uAe de ces femmes. Furieuse qu'un blessé lui échappe, d'un coup de poignard elle fend le ventre de celui qui le porte, et les achève tous deux.
(i) M. Madinier, négociant, fut nommé commandant provisoire; il se montra digne de la confiance des Lyonnais par sa bravoure et sa présence d'esprit. Il eut, dit-on, le malheur de perdre ce jour-là son père et son fils.