‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 37 sur 241 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

périls de ce genre qu'il parvint à Paris, ayant sa grande jeunesse pour sauvegarde, et trente sous pour toute fortune.

Il alla se loger dans un méchant cabaret dont le maître travaillait aux carrières ; le mauvais état de ses finances le contraignit à y travailler aussi pour pouvoir payer sa dépense, en attendant la réponse à la lettre qu'il avait écrite à mon père. Cette réponse n'arrivait pas ; étonné d'un silence aussi inquiétant que pénible dans sa position, il écrivit à une ancienne amie de la famille, pour savoir de nos nouvelles et nous faire connaître son triste sort. Cette lettre , ainsi que la première, étant restée sans réponse, il crut que nous avions tous péri. Une grande affliction s'empara de son âme ; sa situation devenait de jour en jour plus épineuse ; on lui trouvait la peau trop fine pour avoir toujours travaillé à de gros ouvrages. La petite fille de la maison lui trouvait aussi Tair d'un aristocrate ; le moindre mot, le plus léger doute, attirant l'attention sur lui, pouvaient le perdre : ne sachant que devenir, il prit la résolution de regagner la frontière, et vendit tout ce qu'il était possible de prélever sur le très-mince paquet qu'il avait apporté, afin d'achever de payer son hôte. En revenant de la friperie où il avait vendu ses effets , il passa devant une petite chapelle dédiée à la Vierge. Elle était abandonnée, en partie détruite; il pénétra dans ses ruines désertes. Le sentiment profond de son isolement lui fit éprouver le besoin de l'appui céleste. Il pria ; son cœur s'éleva jusqu'au père des malheureux, et ses peines s'échappant de son sein dans celui de Dieu,

son âme allégée recouvra Pespérance ; il se releva fort et consolé.

De retour chez son hôte, il régla ses comptes avec lui, et parlait tristement de son départ, lorsque la petite fille s'écria : a Mais, maman, tu oublies de lui donner la lettre qui est arrivée pour lui ! » A ces mots, mon frère, qdi n'avait devant les yeux qu'un avenir vide d'amis et de parents, crut recevoir une vie nouvelle. Cette lettre était de madame Lavenier, l'amie à laquelle il avait écrit. Cette dame lui mandait, à mots couverts, nos malheurs et notre absence, et lui donnait Padresse d'un notaire chargé de sa part de lui remettre de l'argent en attendant qu'il reçût des nouvelles de mon père, auquel elle avait donné la même adresse. Elle-même s'était vue forcée de quitter Moulins; c'est ce qui avait causé la lenteur de sa réponse.

En apprenant que nous vivions encore , mon frère sentit renaître son courage. Bientôt après, il reçut de mon père Tordre de faire tous ses efforts pour nous rejoindre à Lyon par la Bourgogne > afin d'éviter de passer par le Bourbonnais. Le désir de revoir son pays lui fit choisir cette dernière route, malgré tous les dangers qu'il y avait pour lui à traverser cette province. Il dit adieu à son tailleur de pierre, et quitta Paris le jour même de la mort du roi. Poursuivi par cette cruelle image et par la terreur qu'inspirait un tel attentat, il entreprit son dangereux voyage, cheminant en partie à pied, pour entrer en voisin dans les différentes villes qu'il devait traverser.' Il arriva fort tard à Moulins, alla voir secrètement quelques amis et baiser pieuse-

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