‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 52 sur 241 · chapitre: SIXIEME · texte numérisé non relu

chapitre: SIXIEME

chait à rhôtel de la Charité. Il pensait que Tasile des pauvres et des orphelins serait respecté par les vainqueurs. Nous allâmes visiter les dames de cet hôpital, qui nous promirent des habits de pauvres et une place parmi eux en cas de massacre. La bonté avec laquelle ces pieuses filles nous reçurent avait une grande valeur dans notre malheureuse situation. En nous consolant, elles nous donnaient Pespérance d'échapper à une mort qui nous semblait certaine.

Nous parcourûmes avec elles les salles des malades. Je vis celle des blessés. Quel silence! quel repos! Ils souffraient sans se plaindre; cependant ils manquaient d'un grand nombre de choses nécessaires à leur état. Les religieuses tâchaient d'y suppléer par un redoublement de soins... Infortunés! ils ne devaient jamais guérir. Visités pour reconnaître et juger de leurs maux, tous ceux qui portaient des traces de coups de feu ou d'autres blessures produites par des armes furent arrachés de leurs lits, déclarés rebelles et jugés comme tels.

. La salle des enSsints trouvés en contenait beaucoup qui manquaient de nourrices, le siège ayant empêché les femmes de la campagne de venir les chercher. La seule nourrice qui fût dans l'hôpital s'était dévouée à Fun de ces petits malheureux dont Textréme faiblesse exigeait des soins sans partage. Une seule vache, échappée à la proscription générale, soutenait les autres. Il y avait plusieurs salles où la vieillesse et Tenfence trouvaient un égal secours ,. ceux-ci pour s'acheminer doucement dans la vie, ceux-là pour la

terminer en repos. Le calme de cette maison reposait Pâme de la fatigue et de Tagitation de notre existence. En rentrant à notre hôtel, je faillis périr d'un éclat de bombe : je l'entends siffler, je me baisse; il frappe la muraille à Tendroit oîi j'étais appuyée; tout cela fut rapide comme la pensée. Ce genre de péril se renouvelait à chaque minute, et finissait par inspirer une insouciance du danger qui ne peut s'expliquer que par la faculté donnée à l'homme de s'habituer à tout. Nous sortions malgré ces dangers continuels, et je me rappelle qu'étant un jour chez madame Posuel de Verno, qui demeurait dans une des façades de Bellecour, on vint lui dire qu'une bombe venait de mettre le feu à une maison voisine qui lui appartenait, u Y a-t-il du monde pour l'éteindre? — Oui, madame. — C'est bon... » Et, se retournant vers nous, elle continua la conversation. On apprenait à toute minute la mort de ses connaissances , emportées à droite ou à gauche par les bombes et leurs éclats. On était dans un tourbillon, dans un cercle d'accidents si pressés, si hâtés, qu'on vivait à la minute, sans avoir le temps de réfléchir. La mort ravageait à côté de vous, sous vos yeux; elle planait sur vos têtes, on sentait sa pression, on la voyait venir, et Ton ne cherchait point à l'éviter, se laissant aller au temps tel qu'il était.

La ville avait envoyé une députation aux représentants du peuple, pour traiter avec eux d'une capitulation qui allait être signée, dit-on, lorsque la nouvelle de la sortie de M. de Précy leur fut apportée. Les représentants la déchirèrent ; d'autres disent qu'elle fut

Page 1