CHAPITRE SIXIÈME
signée, mais ne fut pas tenue. L'alternative est peu importante; les conditions ne sont essentielles que lorsqu'on veut les tenir. Dubois-Crancé , Châteauneuf- Randon, Laporte, Couthon et tous les autres étaient bien capables de tout promettre, sans se croire obligés à rien.
Je n^ai point encore nommé le commandant de l'artillerie ennemie : c'était notre ami, notre bon ami Gueriot, qui nous expédiait de si belles bombes avec toute la conscience de son métier. Après la journée du 29 septembre, il avait* reçu Tordre de se rendre à Grenoble. Je crois même que le départ du parc d'artillerie priva la ville de munitions précieuses. La femme du garde de PArsenal y était restée, quoique son mari eût suivi son chef. Mon père eut Tidée d'aller la voir pour s'informer si elle en avait des nouvelles. La maison qu'elle occupait à l'Arsenal était un des trois petits pavillons échappés à Tincendie. Elle conseilla à mon père de venir tout bonnement loger chez elle. « Dès qu'on pourra entrer dans la ville, dit-elle, mon mari sera un des premiers à y accourir. Ce lieu-ci sera nécessairement respecté; vous y aurez plus de moyens qu'ailleurs de vous sauver ou de faire avertir votre ami du danger oîi vous êtes. » Mon père, trouvant ce raisonnement juste, abandonna le projet de se mêler aux pauvres de la Charité. Dès le soir même nous étions chez elle, établis dans le petit logement de M. Gueriot.
Le lendemain matin (9 octobre 1793), je regarde par la fenêtre ; un objet nouveau frappe ma vue : c'était
lOO UNE FAMILLE NOBLE SOUS LA TERREUR.
un homme poussant une brouette chargée de beurre et de volailles, a La ville est donc prise? » mMcriai-je. En effet, les ennemis en étaient maîtres. L'ordre n'avait été troublé que dans les quartiers voisins des portes de Lyon. Le centre ne s'en était point encore aperçu. Peu à peu nous vîmes s'accroître le nombre des figures nouvelles, et bientôt il ne resta plus de doute sur la fin de cette noble lutte. La force l'emportait sur la justice.