‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 59 sur 241 · CHAPITRE SEPTIÈME. III · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. III

ce qu'il savait et ce qu'on désirait apprendre, cédant à sa démangeaison habituelle de causer, avait le même jour donné son adresse.

Cette nuit terrible ne sortira plus de ma mémoire. Le peu de temps qui s'écoula entre ces mots : « Sauvezvous », et rentrée des commissaires, ne laissa pas le moindre espace à la réflexion. J'étais couchée dans un lit énorme que ma tante partageait avec moi. Celui de mon père était placé à l'autre bout de la chambre ; il eût été sage de m'y jeter aussitôt; nous aurions évité par là mille choses contradictoires et bien dangereuses. Aucune de nous n'y songea. Nous cachâmes au plus vite les effets de mon père entre nous deux ; à peine même en eûmes-nous le temps. Ils étaient devant nous. « Oîi est-il? oti est-il? s'écrient à la fois plusieurs voix impatientes. — Qui? — Giraud des EcheroUes. — Il est parti. — Oîi est sa chambre ? — Ici. — Où couchet-il? — Dans ce lit. — Pourquoi est-îl défait? — En son absence, ma femme de chambre y couche, dit ma tante; je crains d'être seule. — C'est bien dit, mais nous n'en croyons rien, d Et, plaçant des sentinelles à notre porte, ils poursuivent leurs recherches dans les autres pièces.

Ils arrivent dans le cabinet où logeait Cantat ; le lit n'en était pas défait, mais il était découvert comme au moment de s'y mettre, a Qui loge ici ? — Moi , dit-elle. — Pourquoi ce lit est-il découvert ce soir? » Elle en donna une raison qu'ils n'agréèrent pas, et revinrent furieux en répétant : a Nous le trouverons. » Ils nous laissèrent sous la garde des sentinelles, placées non-

■iplement à notre chambre, mais dans chaque pièce ■ de l'appartement, et sortirent pour contiouer leurs recherches dans toute la maison. Dieu seul sait l'état de mon âme, quand nous les entendîmes frapper chez madame de Souligné; nous n'y connaissions pas un seul endroit où l'on pût se cacher. Nous les voyions déjà revenir, traînant mon përe à leur suite. Une angoisse que rien ne saurait décrire arrêtait le sang dans nos veines et suspendait notre vie. Oh ! que cette attente fut longue et cruelle! Ils revinrent sans lui; ô mon Dieu ! vous vîtes notre reconnaissance !

Outrés de cette déception , leur courroux tomba sur Cantat er sur le triste Saint-Jean , très-repentant d'avoir trop causé. Ils décidèrent que tous les deux iraient coucher en prison. Ces deux pauvres gens prirent tristement leurs bonnets de nuit et se mirent en marche, lorsque tout à coup les commissaires, se rappelant les .^•jX^j deux soldats qu'ils avaient vus paisiblement couchés,

-À-f'^ suspendirent leur départ pwur prendre la déposition de J

ces braves défenseurs de la patrie. Celui qui n'avait pas vu mon père jura, foi de bon républicain, que, depuis qu'il était dans la maison, il n'avait pas. vu d'autre homme que le citoyen Marigni [Saint-Jean, nom que l'on n'osait plus prononcer). Son camarade garda le silence et signa la déposition. Un mot de lui nous eût perdus, n Rendez grâces à ces braves républicains, dirent les commissaires; vous pouvez rester jusqu'à nouvel ordre, » Ils s'en allèrent, laissant nos deux domestiques charmés de cette nouvelle décision. Nous restâmes sans mouvement jusqu'au jour, crai-

Page 1