‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 64 sur 241 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

une âme élevée par Tamour de Dieu au-dessus d'ellemême. Nous aimant en lui, tant d^amour la portait vers le ciel.

Le soir était arrivé; nous allions nous mettre à table avec le citoyen Forêt, cet espion approuvé, placé là pour scruter nos pensées et compter nos larmes. Saint- Jean et Cantat préparaient le frugal repas que nous devions partager ensemble, lorsque des gens armés montent rapidement Fescalier, frappent avec bruit à la porte. Le citoyen Forêt leur ouvre. Un officier municipal entre, suivi d^un officier de gendarmerie et de plusieurs soldats, a Oti est Giraud des Écherolles? » demandent-ils. Ma tante garde le silence en montrant le gardien des scellés. Cet homme, qui n^avait pas la vivacité en partage, leur donna le temps de répéter impatiemment la même question, avant d'avoir pu leur expliquer que Giraud des Écherolles n'y est pas ; que Fappartement est séquestré, et que les scellés dont il est le gardien ayant été mis le matin même , il ne pouvait s'y cacher personne. Ils cherchèrent, malgré cela, dans les pièces restées libres, et revinrent bientôt dans la chambre oîi nous étions. « Où est ton frère? demanda l'officier municipal à ma tante. — Je l'ignore», lui dit -elle; 'et rien n'était plus vrai. A toutes ses questions il reçut des réponses aussi peu satisfaisantes. a Eh bien ! puisque nous ne trouvons pas le frère, nous emmenons la sœur. Tu ne veux pas dire où il est, c'est bien, tu iras en prison pour lui, et tu y resteras jusqu'à ce que tu parles. Allons, marche.» Je voulus m'avancer; un regard de ma tante me retint à ma

place. Elle ne demanda que le temps de prendre quelques effets, espérant trouver ainsi l'occasion de me dire quelques mots ; mais on ne lui accorda pas cette faveur. On ne nous laissa pas seules un instant. Je ne pus même chercher à lire dans ses yeux : on épiait nos regards. Cependant, devinant un danger dès leur entrée, elle avait déjà su trouver le temps de m'ordonner de m'éloigner d'elle et de me taire. Pendant le peu d'instants que dura cette scène, elle mit tous ses soins à m'éviter, ou plutôt à me traiter avec indifférence. C'est ainsi que sa prévoyante amjtié voulait écarter les périls qui semblaient me menacer. Si la sœur est arrêtée, pensait-elle, combien n'y a-t-il pas à redouter pour sa fille? pour un enfant dont on peut se flatter de pouvoir facilement arracher le secret ou par la ruse ou par la violence. O tendresse !

Elle partit (en novembre lygS) sans oser me regarder, sans me dire un mot. « Où me conduit-on? — Tu le verras... » Je vis la porte s'ouvrir et se refermer sur elle. Abandonnée, seule au monde, je perdais une seconde fois ma mère, mon appui, mon guide! J'avais à peine quatorze ans.

Saint-Jean suivit de loin ma tante, et la vit conduire à la section du Change. Il revint sur-le-champ me le dire. Nous nous mîmes aussitôt en devoir de faire un paquet de draps, de couvertures, et de tout ce qui pouvait être nécessaire pour faire passer une nuit moins mauvaise à ma tante. Le gardien nous laissa faire ; mais quand le domestique , chargé d'un matelas et de tous ces objets, s'avança pour sortir, il déclara

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