‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 68 sur 241 · CHAPITRE HUITIEME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME. I

consolait ou attristait nos cœurs. Elle me combla de caresses, et le temps fut bien rapide. Il fallut repartir. Je sortis chargée de messages que j acceptai avec joie. Il m^était doux de porter des consolations dans plusieurs familles désolées, de les instruire des moyens dont je m^étais servie pour entrer dans la prison , et de leur dire : a Je les ai vues, elles existent, elles vous attendent. » Je retraversai le grand galetas, reconduite en triomphe. « N^oubliez pas! ce soir encore ! je vous en prie ! disaient-elles. — Oui î oui ! ce soir encore », répondais-je. Ma tante me bénit en me quittant. Le bonheur d'être utile, de rendre service à des infortunées, adoucit ce premier adieu. Il m'aida aussi à traverser, sans peur et sans dégoût, ces corridors sombres et cette foule de gens dont Paspect m'avait semblé si repoussant. Je ne voyais que le pouvoir d'être utile, et je devins aussitôt courageuse. Etre utile! que cette espérance donne de force! Moi, si Ëiible, si petite, je pouvais la concevoir! Une minute m'avait fait grandir.

Je fis un chemin prodigieux dans la ville, pour porter les billets dont j'étais chargée, pour raconter ce que j'avais vu, ce que j'avais fait. On me donna quelques réponses par écrit et quelques-unes verbales. Ma mémoire, mon intelligence, à Tinstar de mon zèle, s^étaient accrues tout à coup. Je ne me trompai pas une seule fois d'adresse; je n'oubliai rien. Saint-Jean m'accompagna dans mes courses nocturnes. Je rentrai fort tard, fatiguée, mais pleine de joie, ne sentant ni ma lassitude ni l'ennui de trouver le citoyen Forêt au

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coin de ma cheminée, trop heureuse pour en vouloir à personne. Une seule journée avait doublé mes facultés. Je m'endormis avec Tespoir de porter aux pauvres prisonniers des nouvelles de leurs familles, et mon sommeil fut très-doux.

Le lendemain, je retournai à la prison, chargée d'une corbeille où se trouvait le dîner de ma tante. J'eus le bonheur d'entrer, de rendre compte de mes commissions. Mais quelle nouvelle î les ordres pour les permissions étaient arrivés ; mon petit carré de papier n'était plus valable, le geôlier le déchira devant moi. Une espèce de pitié qui se glissa dans son cœur l'engagea cependant à me laisser passer encore. Cet incident troubla beaucoup le plaisir de dîner avec ma tante, assise près d'elle sur son pauvre matelas, a Informetoi des démarches à faire pour obtenir une permission nouvelle w , me dit cette bonne tante. Je me sentis trèsmalheureuse en la quittant, et je passai une soirée fort triste ; je m'étais fait l'espoir de la voir tous les jours, €t la jeunesse croit ce qu'elle espère.

Je parlai de mon affliction au citoyen Forêt. Il me répondit humblement qu'il n'avait aucun pouvoir sur son fils le municipal. Je ne voyais que trop qu'il avait raison. Il respectait, ou plutôt il craignait singulièrement ce fils puissant, qui n'avait d'autre mérite que -de partager la scélératesse de ses confrères. Il ne s'est point fait de nom parmi eux. C'était un criminel obscur, sans génie, avide et sanguinaire; mais il était municipal, et le père se redressait en disant : Mon fils le municipal! Souvent même un peu d'effroi se mêlait

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