‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 72 sur 241 · CHAPITRE HUITIÈME. iSy · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. iSy

Félicité trouva le moyen, en dépit du séquestre, de vendre beaucoup de denrées; elle fit argent de tout. Malgré le secret de ses démarches , Fouché , averti , la cita devant son tribunal, l'accusant de voler la République. Elle se défendit avec beaucoup de hardiesse et de présence d'esprit. Fouché, Tadmirant peut-être, la renvoya en lui intimant Tordre de changer de conduite, l'assurant, du reste, qu'il aurait Fœil sur elle. Comprenant que son rôle était fini, Félicité s'évada (i). Sa tête fut aussitôt mise à prix, ce qui ne l'empêcha pas de parvenir heureusement en Suisse, déguisée en charbonnière, allant à pied et couchant sur la paille. C'est ainsi qu'elle échappa aux poursuites de cet homme puissant et irrité. Elle se rendit à Fribourg (chez une sœur que rémigration y avait conduite), où peu après M. Mazuyer, captivé par tant de vertus, vint la rejoindre et l'épouser (2).

On se rappellera que j'ai dit plus haut qu'elle avait eu deux côtes brisées à la journée de Pierre-Cize. Il s'y forma un dépôt, et de grandes souffrances furent son partage. Pendant plusieurs mois, elle ne vécut que d'une seule tasse de lait par jour, et son état

(i) Le désir de revoir encore une fois ses parents la fit revenir à Lyon. J'eus le bonheur de la voir avant son départ chez madame de Gueriot, où elle passait pour être une lingére à la journée. Ses vertus et son héroïsme m'avaient inspiré une admiration illimitée, un attachement sincère, une profonde vénération. Lui ressembler eût été au-dessus de mes forces; l'imiter de loin devint l'objet de mes vœux.

(2) Madame la princesse de Condé, alors à Fribourg, signa son contrat de mariage.

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parut sans remède à un grand nombre de médecins. Elle-même nourrissait peu d'espérance de guérir jamais, lorsque M. Arnoux(i), cet habile chirurgien de Moulins, dont j'ai déjà parlé, vint se réfugier à Lyon. Elle voulut le consulter. On le disait entreprenant et rude. En effet, il lui proposa d'extraire ce dépôt, et, comme elle refusait ce moyen extrême, il lui dit : « Allez à la campagne, buvez six pintes d'eau chaque matin ; baignez-vous tous les jours plutôt deux fois qu'une , et montez souvent à cheval. — Mais comment aller à cheval, quand j'ai à peine la force de végéter? — C'est égal, montez toujours, faitesvous y tenir ; choisissez même un cheval dur : il faut vous secouer rudement. » Ce traitement allait mieux à la réputation d'Arnoux qu'à la débile Félicité; cependant elle eut le courage de l'entreprendre. Elle partit pour la campagne, et, un jour, à la suite d'une de ces promenades à dures secousses, elle se trouva mal et rendit ce dépôt. Beaucoup d'Esculapes se récrièrent et nièrent qu'un pareil traitement pût amener un tel résultat. Elle les laissa dire et guérit.

J'ai anticipé sur les temps pour achever cette courte notice sur la noble et intéressante Félicité, qui mérite

(i) Compris lui-même dans la proscription qui frappait tous ceux qui avaient servi pendant le siège, il fut errant assez longtemps , et vint ensuite chez un maréchal ferrant du faubourg de Vaise où il entra comme ouvrier , et se fit remarquer par son habileté à ferrer les chevaux. Il y resta aussi longtemps que la Terreur dura. Lorsqu'il lui fut permis de reparaître, ce fut au grand regret de son maître, qui appréciait fort ses grands talents.

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