‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 81 sur 241 · CHAPITRE NEUVIEME. I Sy · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME. I Sy

Mes prières réitérées la portèrent enfin à surmonter son effroi; elle se traîne à la porte, ils se précipitent dans ma chambre en criant : « Où est-il? » Le vieux Forêt, indigné que Ton soupçonnât sa fidélité, racontait longuement les scellés dont il était gardien, appelait en témoignage les cachets placés sur quatre portes. Il parlait encore, que Ton m'avait fait dix questions. Au premier bruit, m*étant assise sur mon séant, j'attendais silencieusement ce qui allait advenir. Les rideaux de Ténorme lit que j'occupais étaient fermés ; deux officiers en font le tour, s'approchent, s'étonnent, et me demandent qui je suis. Je leur réponds, et j'entends aussitôt une douzaine d'hommes s'écrier à la fois : (( Quelle petite voix! Mais ce n'est pas un homme, ça! » Et se pressant, en avançant la tête au-dessus des épaules les uns des autres pour me voir mieux, ils répètent encore : « Quelle petite voix! quelle petite fille! comme elle est maigre! qu'elle est chétive! »

Je restai en butte à leurs risées, sans cesser de subir un interrogatoire long et dangereux sur mon père et ses prétendus complots, sur la retraite où il avait cherché du repos à ses longues fatigues. On me questionna aussi sur ma tante ainsi que sur mes frères. Mes réponses furent brèves; je ne savais rien. On retourna les phrases et les questions; je ne savais rien. Ils partirent enfin, au grand contentement du gardien, qui n'aimait guère que l'on troublât son sommeil, et dont l'orgueil était en souffrance. Il se promit pourtant d'être plus prompt à l'avenir.

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Lorsque cette visite fut terminée, je me trouvai saisie du plus violent tremblement que j'aie éprouvé de ma vie. Mes forces me quittèrent dès que je cessai d'entendre leurs pas. Fléchissant sous le poids de mon isolement et de mon malheur, pénétrée du sentiment de ma faiblesse, je passai le reste de la nuit dans un état de soufifrance morale et physique approchant du désespoir. Ce fut la première fois que Tabandon oîi j'étais réduite me parut aussi cruel. On vint souvent encore faire des visites nocturnes pour chercher, disait-on, des armes cachées dans cet appartement. Le vieux Forêt , qui ne devinait point que ce n'était qu'un prétexte, s'épuisait à raconter son histoire des scellés, s'étonnant qu'on ne Fécoutât pas. Moi seule j'attirais ces fastidieuses perquisitions. Pendant que les commissaires se donnaient l'air de chercher partout, ils m'adressaient des questions d'autant plus insidieuses qu'elles paraissaient leur échapper sans intention malveillante, en passant, et comme un à-propos à la vue d'un objet qu'ils trouvaient sous leur main. Heureusement je voyais le piège et je n'y tombai pas.

Du reste, il m'eût été difficile de répondre à leur gré. Depuis que mon père avait quitté Vaise, j'ignorais ce qu'il était devenu. Ce ne fut que dans la suite que j'appris tout ce que nous devions à madame de la Coste, qui voulut bien le recevoir chez elle.

Cette dame habitait une maison de campagne à quelques kilomètres de la ville. Mon père y fut amené la nuit et ne sortit plus de la chambre qui lui fut donnée. La femme de chambre de madame de la Coste

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