‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 85 sur 241 · CHAPITRE NEUVIEME. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME. l

pouvais parvenir jusqu'à ma tante; je revenais tristement accablée de fatigue, n*ayant pu goûter la seule consolation qui me la faisait supporter. Elles étaient longues les heures d'attente passées à cette porte dont une rigueur nouvelle nous interdisait de franchir le seuil; et comme on retournait péniblement chez soi, quand on voyait s'évanouir cette espérance ! Le lendemain, on revenait de même pour la voir encore déçue. Un jour, après une longue privation, je me trouvais à la porte de la prison, attendant comme toutes les autres, et la première en tête, qu'il nous fût permis d'entrer. Les sentinelles avaient croisé leurs fusils pour nous barrer le passage, lorsque l'impatience et l'agitation d'une foule désireuse d'obtenir ce qu'elle attend, produisirent un mouvement qui força la barrière. Le flot me pressa violemment contre les fusils et me poussa par delà. Bien avant que les soldats eussent pris des mesures plus efficaces pour nous repousser, je recueillis dans cette affaire quelques coups de poing et beaucoup d'injures. Pauvre balle lancée en avant, sans force et sans volonté, j'étais la plus innocente de toutes et je fus la plus maltraitée. Cependant, profitant de l'aventure et de la confusion qui en fut la suite, je courus au second guichet, puis à la grille. O bonheur! ma tante était dans la cour où les prisonniers avaient eu la permission (i) de des-

(i) Ces permissions se donnaient et se reprenaient d'un moment à l'autre, et le lendemain n'était jamais comme la veille. Quelquefois nous trouvions les prisonniers dans la cour, res-

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cendre. Je la vis, j'allais lui parler et oublier toutes les infortunes de cette journée, lorsque le geôlier, attiré par le bruit, mécontent du désordre, vint au secours de ses guichetiers. Je fus rudement renvoyée. Jamais encore je n'avais échoué si près du port. La douleur se peignit dans les yeux de ma tante; elle put la voir dans les miens comme elle était dans mon cœur. Je repassai cette funeste porte,* et tous les coups que j'y avais reçus me semblèrent tomber de nouveau sur moi.

La boue que Ton accumulait à dessein devant la prison y produisait une humidité très-malsaine. Souvent nous passions quatre ou cinq heures les pieds dans ce cloaque. Bien des femmes en tombèrent malades. Tenant beaucoup à conserver ma santé pour ne pas manquer à un service si cher, je me procurais des sabots fourrés , dont Tépaisse semelle de bois tenait mes pieds secs, mais rendait la marche très-pénible. Un soir que je revenais plus tard qu'à l'ordinaire, le gardien me dit d'un air empressé, en m'ouvrant la porte : k Votre nourrice vient de venir; elle vous a longtemps attendue. — Ma nourrice! mais elle est... J'allais dire morte; je m'arrête... — Ici, reprend-il; une citoyenne va dans le pays oîi est votre sœur malade, et demande vos commissions pour elle. — Et oïl est-elle? demandai- je bien vite, reconnaissant qu'il y avait un mystère dans cette visite. — Mais si vous

pirant l'air avec les forçats, liberté qui coûta un jour à ma tante son portefeuille, qui lui fut enlevé par l'un d'eux.

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