‹ Une famille noble sous la TerreurChapitre 96 sur 241 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

engage M. Alexandre à en faire un plan, et le porte à Morel; il plaît, on Tadopte. Elle retourne aussitôt chez son ancien adorateur, lui vante les talents de l'étranger, u Aucun de vous, dit-elle, n'a une belle écriture ; votre secrétaire est parti , prenez-le à sa place, vous aurez sa plume et son habileté à vos ordres, et les affaires de la commune en iront plus vite. » Le bon Morel, enchanté de cette idée, la donne comme venant de lui; on Fagrée, et voilà le soldat vendéen secrétaire de la commune républicaine de Fontaine. Le grand avantage de cette place était de lui donner un domicile, et qu'au bout de trois mois on ne pouvait lui refuser un passe-port.

Cette affaire arrangée, Madeleine se rendit à Lyon pour y découvrir la famille de M. Alexandre; ses sœurs travaillaient pour vivre, son père gémissait en prison. Grâce aux soins de cette généreuse paysanne, quelques secours pénétrèrent jusqu'à lui, et en lui apprenant que son fils existait encore, elle fit luire à ses yeux le dernier rayon de bonheur qui devait l'éclairer sur la terre (i). Des consolations de toute espèce émanaient de Pâme élevée de cette noble fille, qui semblait ne pouvoir vivre que du bien qu'elle répandait autour d'elle. Ce fut alors que je connus M. Alexandre. C'est lui, c'est le soldat courageux, qui, après avoir bravé tant de périls et vu la mort de si près , tremblait devant le paisible trépas d'une femme.

Dans des réunions nocturnes, on discutait sur le

(i) Il fut exécuté peu de jours après.

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moyen de se sauver. On en prit un dangereux. S^ils s'en étaient tenus à de simples passe-ports, ils eussent couru moins de risques; mais ils voulurent mieux et se perdirent. On imagina de faire une délibération de la commune qui nommait quatre commissaires pour aller dans un château situé sur la frontière du département de l'Ain et de la Suisse, avec Tordre d'en visiter les archives qui devaient contenir des papiers importants à la commune de Fontaine. On espérait que cette effronterie passerait pour la vérité. Il en fut autrement. Du reste , les passe-ports étaient plus vrais que beaucoup d'autres. M. Alexandre, le secrétaire , les écrivait; le brave Morel, procureur de la commune, y apposait le cachet. Tous les deux y mettaient leurs signatures; on imitait les autres. Dieu sait de quel cœur J'ai mis mes soins àatteindre la parfaite imitation de celles qui m'étaient confiées. Nombre de passe-ports furent ainsi fabriqués par nos mains. Madeleine allait au loin les porter elle-même, s'exposant à tout pour être utile. Elle ne s'en tint pas à ce seul moyen. Ayant aperçu un jeune paysan dont les traits avaient du rapport avec un de nos proscrits qui n'osait trop se fier aux passe-ports de fabrique, elle alla le trouver, le gagna, et bientôt des affaires pressantes l'appelèrent dans le. département voisin oîi il avait des parents. Il prit un passe-port pour s'y rendre. Deux jours après, le tambour du lieu annonce qu'il l'a perdu avec son portefeuille qui contenait en outre une forte somme en assignats. Une récompense est promise à qui le trouvera. Notre homme, affligé de cette double perte.

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