INTRODUCTION XXI
désobliger, tu veux porter ton petit jugement sur l'ouvrage. 0 faiblesse de notre esprit I Voilà ce que j'étais autrefois, et ce que je serais encore, si Dieu ne m'avait pas éclairée. »
De la lecture, elle passe à la musique, à « toutes ces romances, écrit-elle, qui te passent par les mains et par le gosier. Tout cela, si c'est comme de mon temps, est bien fade, bien passionné. Il y a des mélanges de sainte Vierge et d'amour, d'anges et de volupté. Marie qui est si pure ! Il me semble qu'elle est là comme la statue de Fénelon au Panthéon, près de celle de Voltaire. Elle doit bien s'y déplaire. » Ce dernier trait n'est-il pas heureux?
Tout cela, dirons-nous à notre tour, adressé évidemment à une famille fortement chrétienne, fait toucher les claires-voies qui de ces saintes maisons des Fours-à- Chaux et de Lorette, communiquaient arec le monde.
La révolution de 1 830, en enlevant une grande partie des ressources pécuniaires de la famille, imposa des sacrifices à chacun de ses membres ; il fallut aviser à se rendre utile ; les aînées des enfants durent suppléer en bien des choses aux serviteurs, désormais congédiés, ainsi qu'aux maîtres, qu'on ne pouvait plus convoquer. Irma reçut et prit avec joie la charge de l'instruction de ses jeunes frères et sœurs. Elle y ré-
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véla une singulière aptitude, dont l'instruction des pauvres avait déjà eu les prémices. Pour garder plus longtemps ses frères à la maison et leur faire commencer leurs classes, elle apprit le latin ; elle réussit et prit goût singulièrement à cette étude; elle y apporta même une ardeur qu'il fallut modérer.
Elle se donnait d'ailleurs avec une telle générosité, qu'elle ne voyait plus ce qui se passait autour d'elle, et il lui était souvent pénible d'y être ramenée. Elle s'oubliait dans ses classes, comme dans ses œuvres de charité; la régularité de la maison lui semblait alors quelque peu pénible. Elle avait, et elle soutenait une thèse à ce propos. L'assujettissement des repas, du coucher et du lever était, disait-elle, fâcheux. Elle eût voulu suivre sans frein ses fantaisies et ses entraînements, espacer les repas, prolonger les jours, réduire le sommeil.
Les études sérieuses, les exercices de piété, les œuvres et les devoirs de charité, ne bridaient pas cette imagination. Dans ses effervescences, elle courait partout, souvent dans le vague, sans se prendre à rien, sans s'arrêter nulle part et suscitant un tel dégoût de la réalité et des exigences même de la nature, que la santé d'Irma parut s'altérer. Comme Dieu conduit toutes choses, cet état de la santé d'Irma engagea M°« le Fer à éloigner sa fille des Fours-