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à-Chaux. On ne l'envoya pas loin. On l'installa à Lorette. Une de ses tantes avait voulu prendre la lâche de soigner cette imagination exaltée. Le médecin véritable se trouva là de providence. L'abbé Cardonnet, tout en donnant des leçons de latin à la jeune fille, prit la direction de son âme. Il l'initia doucement et solidement aux pratiques de la perfection.
Irma, en avançant dans cette poursuite, n'en restait pas moins un peu désordonnée. Aux fêtes de sa grand'mère, les travaux à l'aiguille qu'elle avait entrepris pour lui offrir, n'étaient jamais terminés, et l'ordre de sa chambre laissait souvent à désirer. Elle était cependant déjà sur le chemin qui devait la conduire au but, et le jour devait venir oii elle comprendrait le prix des choses ; il lui fallut pour cela aller à Ruillé, et commencer son noviciat : « Cela me va bien mal de parler d'ordre, disait-elle alors, moi qui en ai si peul Mais je désire me corriger. Une chambre que l'on balaye, quelques miettes de pain que l'on ramasse, de vieux bas que l'on raccommode, tout cela plaît plus à Dieu, si on le fait par amour, que si ori allait à Vincennes avec un moindre degré d'amour. Toute notre perfection consiste à bien faire ce que nous faisons, fût-ce d'écosser des pois et des fèves, et de donner à manger aux petits canards. » Lui avait-
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on confié, à Ruillé, le soin de nourrir les petits ca nards et de raccommoder les vieux bas? Pourquo non. On ne l'épargna point. Aux premiers jours du postulat, la sœur Théodore l'avait pénétrée. « Ma fille, lui dit-elle , vous avez trop de considération pour votre esprit. » « Je devins rouge comme un coq, écrit Irma. Du premier coup d'œil, elle avait deviné ma maladie. Elle m'encouragea à ne pas tant faire l'aimable. J'étais consternée, mais je suis résolue à tout, ajoute-t-elle. Comme la sœur Théodore est clairvoyante ! Elle m'a dit des choses étonnantes sur ma vanité. Mes bons parents que vous me voyiez en aveugle, que vous m'avez gâtée I »
Le souffle du monde, avons-nous dit, se faisait sentir aux Fours-à-Chaux et à Lorette. Si la jeunesse y prisait la littérature contemporaine, ses mélancolies et son vague, elle y voyait aussi vivre et se perpétuer la tradition de l'ancienne bonne société française. La conversation était un des agréments de ces maisons chrétiennes. L'esprit y était de mise. La conversation, qui pour être agréable doit se composer en grande partie de raison et de déférence, ne doit pas être dépourvue de sel. Irma le répandait à pleines mains; elle connaissait et elle goûtait fort bien ses succès dans les maisons paternelles et dans tout le voisinage. Il fallait, à Ruillé, fermer