‹ Une femme apôtreChapitre 16 sur 69 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

saisie par l'imagination : cette imagination dont l'abbé Cardonnet avait eu tant de peine et tant de souci à combattre les effervescences, et dont la mère Marie, à Ruillé, condamnait impitoyablement au feu « les enfants », ainsi qu'Irma nommait ses petits écrits de jeune fille qui lui tenaient assez fort au cœur : « Les pauvres petits ! » s'exclamait plaisamment la novice, déjà ferme et résolue à tout.

La vocation religieuse n'était jamais entrée dans les premiers desseins d'Irma. Pleine de zèle et d'ardeur, nous le savons, mais curieuse de son indépendance, elle voulait courir au loin pour travailler de tout son cœur au salut des âmes fermées à la lumière ; et elle ne souhaitait point de règle. Son plan était de se donner aux missions, de faire l'école, de se vouer aux malades, de faire enfin d'une façon plus absolue et plus entière, au fond des forêts de l'Amérique, ce qu'elle faisait déjà à Saint-Servan, mais de le faire librement, plus librement encore qu'au sein de la maison paternelle.

De bonne heure, elle avait eu le souci des âme^ ; petite fille, elle soutenait des controverses avec les jeunes protestantes anglaises habitant Saint-Servan; et elle s'efforçait de les amener à la religion cathoiique. Son imagination avait toujours aimé à broder ce thème de la conversion des protestants; et en

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même temps que ses mains actives et laborieuses s'occupaient de toutes les œuvres de charité, celle de l'instruction avait ses prédilections. Autour des maisons des Fours-à-Chaux et de Lorette, il y avait toujours eu un travail de véritable apostolat. Irma y était entrée tout enfant; et elle l'avait admirablement soutenu et développé. On faisait le catéchisme, on avait organisé des sortes de confréries, on inaugurait avec les pauvres la dévotion toute nouvelle encore du mois

de Marie.

Au milieu de ces œuvres, les Nouvelles reçues des Missions, comme s'appelaient dans l'origine les Anna/es de la propagation de la Foi, ouvraient d'étranges perspectives sur le nouveau monde. Les diocèses s'y fondaient, et un certain nombre des ouailles des nouveaux évêques étaient anthropophages. Vincennes qui devait devenir le point de mire d'Irma et le lieu de ses rêves, Vincennes dans l'Indiana n'était qu'un poste américain au sein de populations sauvages qui avaient gardé une grande impression des anciens imissionnaires catholiques et refusaient de recevoir au milieu d'elles les ministres protestants. « Nos a\icêtres, disaient ces pauvres gens, nous ont appris que les ministres du Grand-Esprit ont des robes noires et qu'ils ne se marient point. » Les Annales racontaient les émigrations de ces tribus indiennes, — dont

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