INTRODUCTION XX XI
aimait, mais qu'elle redoutait et à qui elle s'était livrée pour être broyée, disait-elle. Ce fut la Providence qui se chargea de la besogne.
La supérieure de la congrégation de Ruillé, en effet, avait senti dans son âme quelque chose de ces attendrissements de la maternité naturelle dont avait triomphé M""^ le Fer ; et quand elle vit la sœur François-Xavier si frêle et de santé si délicate, elle ne put se décider à l'envoyer aux Missions. La mère Théodore partit seule. Irma désolée gardait l'espérance d'aller peut-être terminer son noviciat à Vincennes. Il fallut attendre, et bientôt il fallut désespérer de Vincennes, mais non de la sainte volonté de
Dieu. « Ma douleur pour Vincennes s'efface au grand soleil de la volonté divine,» écrivait Irma. C'était à la volonté de Dieu qu'elle voulait rester attachée et soumise désormais. Elle n'était qu'au début de la vie religieuse : elle en voyait, elle en voulait la fin sublime. « La gloire d'une créature est bien d'accomplir la volonté de son Créateur, écrivait-elle, et d'attirer sur elle son amour... Ma nature résiste quelquefois en songeant à Vincennes, dit-elle encore, mais mon cœur jouit d'une paix profonde. » Au sein de cette paix et de cette joie, elle reçut l'habit, puis on l'envoya faire la classe à Brest. Ce n'était pas tout à fait donner à manger aux petits canards ; c'était toujours faire la
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volonté de Dieu et assurément marcher dans ce chemin du ciel qu'Irma n'avait pas besoin de connaître ni de prévoir, puisque Dieu la conduisait, elle en était assurée.
Cet abandon n'était pas sans luttes ; et tout en étant appliquée aux petits labeurs de sa classe, la pauvre soeur François-Xavier sentait renaître et comprimait avec effort de violentes aspirations vers les Missions. Les nouvelles d'Amérique la bouleversaient et l'enchantaient. La mère Théodore avait été horriblement malade, et les nouvelles, à cette époque, étaient si longues à parvenir en France, qu'on avait tout le temps de faire et de refaire son sacrifice avant d'être ramené à l'espérance. On verra comment dans cette nuit, pour ainsi dire, et ce combat, le but de l'Amérique fut de nouveau proposé à la sœur François-Xavier; comment la famille de Saint-Servan, jalouse de s'immoler elle-même, s'éleva contre les apitoiements et les tendresses de la famille religieuse; et comment l'abbé Çardonnet et l'évêque de Vincennes intervinrent pour leur part; comment enfin la question fut soumise à la détermination de la sœur François-Xavier. Vouée désormais à l'obéissance bien qu'encore novice, elle s'effraya d'avoir un parti à prendre et se garda de prononcer selon son désir. Puisque la supérieure n'osait arrêter une dé-