‹ Une femme apôtreChapitre 24 sur 69 · JEUNESSE D IRMA · texte numérisé non relu

JEUNESSE D IRMA

La Révolution de juillet 1830 fut un temps d'épreuves pour la famille d'Irma. Le nouveau gouvernement supprima bientôt les pensions que sa mère et sa grand'mère (Madame de Ginguené) avaient obtenues, l'une comme fille et l'autre comme veuve d'émigré massacré à Quiberon. M. le Fer de la Motte, ayant refusé de prêter un serment qu'il regardait comme contraire à sa conscience, perdit sa place. Il fallut faire une réforme dans les dépenses; les filles aînées suppléèrent les domestiques que l'on ne pouvait conserver. Irma, qui n'avait aucune aptitude pour les travaux à l'aiguille ou ceux du ménage, fut chargée du soin de sa petite filleule et de l'instruction de ses plus jeunes frères. C'était bien la partie qui pouvait le mieux lui convenir. Son attrait pour l'étude lui fit trouver facile la tâche de donner des leçons ; elle s'y dévoua tout entière. Elle eut le courage de sacrifier à ses jeunes élèves son goût ou plutôt sa passion d'écrire

et d'étudier pour elle-même. Excellent professeur, détestable maître d'étude, tout à l'élève auquel elle donnait la leçon, dévorée du désir de la lui faire goûter, elle ne s'apercevait même pas que ses autres écoliers avaient pris la fuite et employaient le temps du travail à jouer dans le jardin. Afin de comprendre les ■offices'de l'Église et de se rendre plus utile à ses frères, elle étudia la langue latine avec tant de zèle que son maître fut souvent obligé de modérer son ardeur.

Irma écrivait à Mademoiselle Marie le M..., une jeune personne de ses amies, qui habitait Rennes, en lui parlant de la vie qu'elle menait dans sa famille :

« Vous n'avez pas osé venir chez nous parce que vous redoutiez les séductions du monde? Je remercie Dieu de ce qu'il vous a inspiré une grande crainte de ses dangers et de ce que vous êtes prête à lui sacrifier le plaisir de me revoir ; c'est ainsi que nous devons agir. Dieu ne peut être mis en balance même avec l'univers entier, et pour lui nous devons êtes prêts à quitter patrie, famille, tout et nous-même ! Mais, en approuvant vos sentiments, je suis heureuse de vous dire que vous pouvez venir sans crainte. Vous vous êtes trompée en croyant que nous menions une vie mondaine ; notre maison reçoit le nom modeste de communauté, et nulle nouvelle du dehors n'arrive jusqu'à nous. Les procès en séparation sont terminés depuis six mois que nous croyoas encore les époux

unis comme Philémon et Baucis, et souvent on se moque de notre ignorance. Il est vrai que nous sommes nombreux, et pendant les vacances il se fait beaucoup de tapage. Des écoliers qui jouent, qui rient, qui crient, qui s'amusent, tout cela est bien bruyant, tout cela peut faire mal à la tête, mais ne trouble pas le cœur. Nos amies sont très pieuses; la famille de mon père est exemplaire. Chez nous, le matin, père, mère et enfants vont à la messe ; l'après-midi, nous chantons des cantiques et récitons le chapelet. Quand la nuit tombe, souvent nous allons à l'église prier pendant une demi-heure- Avant le souper, nous faisons une lecture de piété et récitons en commun la prière du soir. Voilà l'intérieur d'une maison que vous croyez dangereuse !

« Quand je vous verrai l'année prochaine, je crains que vous ne vous plaisiez trop avec nous. Vous riez de ma naïveté. Eh bien, oui, je crains que vous ne trouviez trop de charme dans cette union intime de personnes qui pensent comme vous et qui parlent leurs pensées . Moi, je me trouve si heureuse, qu'il me semble qu'on doit éprouver des regrets en quittant ma famille. »

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